Dans son activité principale, Kévin Bichard porte un maillot blanc ou bleu, des chaussures de sport et manie un ballon orange. Dans une autre vie, il enfile un uniforme noir et un casque de couleur métallisée sur la tête.
Joueur depuis l’été 2022 dans l’équipe du Pays de Fougères basket, le Martégale d’origine a intégré le centre de secours de Fougères depuis l’été 2023 en tant que pompier volontaire.
Cela faisait déjà un moment que cela me trottait dans la tête. J’avais fait les démarches quand j’étais à Challans, juste avant le Covid. Cela a coupé et tout repoussé. Quand je suis arrivé à Fougères, comme on était en Nationale 2, on avait quand même un peu moins de matches et un peu plus de temps. J’avais envie de mettre un pied là-dedans parce que c’est un truc qui m’attirait depuis longtemps.
« Le jour de match, je ne me mets pas de bip »
Pourquoi l’ailier de 38 ans était-il attiré par le métier de pompier ?
J’ai toujours été basketteur donc j’ai travaillé en équipe toute ma vie. Chez les pompiers, c’est aussi une équipe, une famille. C’est d’abord la vie de groupe qui me plait et ensuite donner un peu de temps pour les autres, faire ce qu’on peut à notre échelle.
Le centre de secours de Fougères se compose de 35 sapeurs-pompiers professionnels et d’une soixantaine de volontaires.
Kévin Bichard a passé plusieurs formations et vient de valider la dernière, avec un stage concernant les incendies, il y a quelques jours.
Cela va être la découverte sur ma prochaine garde si j’ai la chance de partir sur un incendie, lance le volontaire. Je vais pouvoir monter dans quasiment tous les engins. Alors que là, je ne pouvais monter dans le véhicule de secours à personne (VSAV) et le véhicule tout usage (VTU).
Comment s’organise son agenda entre le basket et le centre de secours ? « Quand on est pompier volontaire à Fougères, on leur »doit » une semaine d’astreinte par mois, du lundi 7h au lundi d’après 7h en dehors de ses heures de travail, décrit Kévin Bichard. Mon métier fait que j’ai un peu plus de temps. J’arrête mon bip deux heures avant mon entraînement et je le ré-enclenche dès que je sors et jusqu’à l’entraînement d’après et pendant sept jours. Le jour de match, je ne me mets pas de bip. Je le remets dès que le match est fini ».
« Il y a des interventions plus chaudes que d’autres »
Pour les trois autres semaines, les volontaires donnent chaque mois leurs disponibilités pour faire des gardes postées à la caserne.
Jusqu’à présent, je ne pouvais faire que des gardes de jour. Depuis que j’ai fini ma formation, je peux maintenant faire des gardes de nuit (19h-7h), des gardes de douze heures maximum pour un volontaire. En fonction de leurs besoins, ils vont prendre tel ou tel volontaire parce qu’il a telle ou telle formation. A l’année, cela fait 36 ou 38 gardes à faire.
Lorsqu’arrive la fin du championnat, l’ancien joueur de Challans et de Chartres a plus de disponibilités en mai, juin et juillet.
J’essaie de faire au moins une garde par mois, voire deux certains mois. Il y a des mois où, quand on enchaîne les matches, c’est compliqué. Je fais un petit peu en fonction de mon état de forme. Quand arrivent les périodes où j’ai des longues coupures, je mets beaucoup de dispos comme ça, s’ils ont besoin, je rattraperai un peu les petits moments où j’ai été moins là.
Kévin Bichard apprécie surtout la « richesse » au sein de l’équipe de la caserne mais aussi la « diversité » dans les interventions.
Ce n’est jamais la même chose. Dans le secours à personne, c’est se rendre compte de la réalité de la vie et de ce qui se passe en dehors du cocon d’une équipe de basket et de la vie classique. Il y a beaucoup de gens dans le besoin. Cela me rend plus triste de voir certaines choses et je trouve ça intéressant d’essayer d’apporter un petit peu de trucs et d’aider comme on peut. Ce qui me plait, c’est d’essayer de faire le job au bon moment. Il y a des interventions plus chaudes que d’autres. Quand tu pars sur un arrêt cardiaque, ce n’est pas la même chose que quand tu pars sur quelqu’un qui a juste fait une petite chute et qui n’a pas grand chose.
Fort de cette expérience, le Blues Brothers envisage de passer le concours de sapeur-pompier professionnel. Il s’est inscrit pour la prochaine session qui commencera en novembre 2025 pour une durée d’un an.
L’oeil du coach
Il y a quelques semaines, Mathieu Lemercier avait donné son sentiment sur le n°10 de sa formation : « Kévin est certes le joueur le plus âgé de notre équipe et pas loin d’être le plus âgé de la division. Mais je pense, et j’espère que cela va continuer, qu’il fait une de ses meilleures saisons en Nationale 1 de sa carrière ».
L’entraîneur du PFB apporte son regard sur le joueur et l’homme qu’il entraîne depuis 2022 : « Ce n’est pas pour rien que c’est mon capitaine. C’est un vrai soldat, un soldat du feu mais aussi sur le terrain. C’est quelqu’un que j’apprécie énormément et avec qui je partage beaucoup de valeurs. On a développé une complicité au-delà même du terrain. C’est quelqu’un d’entier mais avec de vraies valeurs. Il gagne à être connu. Quand on le voit comme ça, il ne laisse pas indifférent. Soit ça passe, soit ça casse parce qu’il vit les choses à fond quand il s’engage. C’est quelqu’un sur qui je sais pouvoir compter. Je pense qu’il finira sa carrière à Fougères. Ce n’est pas seulement un bon mec, c’est aussi un très bon basketteur avec des qualités individuelles et dans la cohésion et la vie de groupe ».
« Il n’y pas plus d’âge limite dans le concours, glisse Kévin Bichard. Je sais que ça sera forcément difficile parce que je suis âgé. Il faut travailler dur pour essayer de l’avoir. Si tu arrives à aller jusqu’à l’oral, il faut défendre son dossier ».
Source link