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À Cherbourg, un conjoint violent prend de la prison ferme

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Il ne s’attendait pas à ça. Un homme de 26 ans, convoqué hier devant les juges cherbourgeois pour des violences exercées contre sa jeune compagne entre juin et septembre 2023, avait bien entendu amené la magistrate à requérir contre lui 12 mois de prison ferme, mais avec mandat de dépôt « différé », c’est-à-dire qu’il aurait un délai au cours duquel il serait informé de la date de son incarcération.

Or, le tribunal s’est retiré pour délibérer. Au retour des magistrats, c’est un mandat de dépôt à l’audience qui lui a été signifié, c’est-à-dire qu’il allait partir en cellule avec escorte dès le prononcé du jugement.

Une jeune femme sous emprise

La prison, il l’avait déjà connue. Avant cet épisode de sa vie, il était en couple avec celle qui, à l’audience de ce mardi 28 janvier 2025, était désignée comme sa victime. À en croire la jeune femme, « avant, tout était beau, il était tout gentil ». Mais, à sa sortie de prison, Alan s’était soudain révélé violent, invivable. Il s’adonnait au cannabis et à l’alcool.

Je lui ai demandé d’arrêter, mais il ne voulait pas. J’étais tout le temps à découvert à cause de ça.

La femme du prévenu

Elle était devenue sa cible, celle de ses insultes, des objets qu’il lui envoyait à la figure, des gifles, des coups qui laissaient des bleus. « Il cherchait la petite bête, pour des broutilles, avait-elle expliqué aux policiers quand elle n’avait plus supporté ces traitements. C’étaient des insultes, des coups. Il l’avait même menacée avec un pistolet. »

« J’ai voulu partir, dit-elle, mais il m’en empêchait. À chaque fois, il me menaçait. »

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Les voisins ont été témoins de plusieurs scènes où, se précipitant dehors pour échapper aux violences de son compagnon, il courait la récupérer en lui crochetant le bras ou en la traînant par les cheveux. La fois de trop, c’est quand il lui a claqué la porte d’entrée sur le bras pour l’empêcher de partir.

Elle a fini par quitter son domicile. C’était en septembre 2023, elle s’est réfugiée chez sa mère. Alan, d’une jalousie extrême, était venu plusieurs fois frapper à sa porte, menacer, lancer insultes et crachats contre sa fille.

Elle baisse les yeux devant les juges

« Elle avait peur », a témoigné la mère, qui avait compris qu’elle était sous emprise.

Mais elle n’a pas connu que des coups et des violences verbales.

Je n’avais pas le droit de sortir sans lui. Je n’avais pas le droit de voir des copines ; Je n’avais pas le droit de me mettre en robe. Il me harcelait par SMS quand j’étais au travail, m’accusant de m’intéresser aux hommes. Il ne m’avait pas confisqué mon téléphone, mais il était toujours là quand je l’utilisais.

La femme du prévenu

C’est ce que le substitut du procureur a qualifié de « contrôle coercitif », « une forme insidieuse et continue de violence », souvent dans un contexte conjugal et principalement constitué de « micro-agressions » répétées au quotidien. Il peut inclure des incidents de violence et des stratégies de contrôle moins visibles, des menaces, de l’isolement et des restrictions arbitraires. Un délit reconnu comme tel dans d’autres pays européens.

À la barre, devant les juges, la jeune femme baissait les yeux. Elle était en proie à la gêne lorsque les juges lui rappelaient ses propos aux policiers. « Avez-vous menti à l’époque ? » Bien sûr que non, mais Alan était là, tout proche. Elle était retournée vivre avec lui. Or, c’était son « ras-le-bol » d’un moment qui l’avait conduit là.

Elle avait retiré sa plainte, mais la justice ne s’est pas arrêtée. La magistrate du parquet lui a expliqué que le retrait de sa plainte n’effaçait pas les violences qu’elle avait subies et que justice sera faite. Impossible de revenir en arrière.

Psychorigide

Le prévenu a peu parlé à l’audience. Il a reconnu qu’il s’énervait pour un rien, et n’a pas nié les insultes dont il abreuvait sa compagne. Mais, de violences physiques, il n’y a jamais rien eu. « Je n’ai jamais donné de coups de poing ».

Comment expliquez-vous les témoignages des voisins qui ont rapporté deux scènes de violences sous leurs yeux ? – Ils voulaient me nuire, se débarrasser de moi, me renvoyer en prison.

La femme du prévenu

Pas la moindre remise en cause de sa part. Ils sont à nouveau ensemble, depuis plus d’un an. Il a un traitement psychologique. Ils ont quitté les lieux à cause de l’hostilité de leurs voisins.

« Depuis, il n’y a plus de difficultés dans le couple », a assuré l’avocate de la jeune femme. Dubitative, la magistrate du parquet a exprimé sa difficulté « à comprendre sur quelles bases ces deux-là vont pouvoir reconstruire leur couple. » Pour elle, « le danger est toujours là. Il est hors de question, dit-elle, d’aménager pour lui une peine de prison avec bracelet au domicile conjugal : le huis clos serait encore plus grave. »

Elle avait requis une peine de 12 mois de prison ferme, sans aménagement, plus 3 mois supplémentaires d’une révocation d’un sursis antérieur. Réquisitions suivies par le tribunal et aggravées d’un mandat de dépôt à l’audience.

Quant à la compagne, le tribunal lui a accordé l’euro symbolique et bienveillant qu’elle avait demandé en réparation de son préjudice.



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