Home Sports voici Amalia Argudo et Isis Espuga

voici Amalia Argudo et Isis Espuga

44
0


Comptant dans ses rangs de nombreuses joueuses françaises internationales, l’équipe de rugby féminin Élite 1 de Toulouse s’appuie aussi sur sa jeunesse montante. Incarnée par la capitaine Lou Roboam, mais aussi par l’Espagnole Amalia Argudo et l’Andorrane Isis Espuga, désormais éléments majeurs du Stade Toulousain Féminin. Zoom sur deux joueuses atypiques qu’Actu Rugby est allé rencontrer.

Rugby féminin : une Espagnole et une Andorrane à Toulouse

Contrairement à ce que le théologien Alain de Lille voulait nous faire penser, tous les chemins ne mènent pas à Rome. Ce ne serait d’ailleurs pas très pratique pour qui veut se rendre à Vesoul, par exemple. Soit dit en passant, tous les chemins ne mènent pas à Toulouse non plus, ce qui n’a pas empêché Amalia Argudo et Isis Espuga d’y atterrir.

Forcément, la question qui vient à l’esprit, c’est comment une Espagnole et une Andorrane se retrouvent dans les rangs du Stade Toulousain Féminin. Alors oui, Amalia Argudo (25 ans) est catalane, du village de Montgat à côté de Barcelone. Mais renseignement pris, espagnole lui convient très bien. Isis Espuga, elle, ne transige pas : « Attention hein, je suis d’Andorre, ce n’est pas l’Espagne ! »

Maintenant que le point de départ est établi pour chacune, reste à découvrir les chemins empruntés pour arriver à leur destination commune. Et l’un d’entre eux passe par le partenariat du Stade Toulousain avec le club catalan de Sant Cugat, dont est issue Amalia… tout comme Joël Merkler.

A-t-elle suivi la voie du colosse ? Non, elle l’a ouverte : « Je suis arrivée en 2016, lui l’année d’après. Mais on a longtemps joué ensemble dans la même équipe, jusqu’à mes 16 ans. On en rigole beaucoup parce que j’étais sa capitaine ! Joël, c’est un grand soutien de l’avoir ici, nous sommes très proches, on a habité ensemble de nombreuses années. Joël, c’est mon frère, c’est la famille ! »

Pour Isis (20 ans), dont le prénom peu commun provient de son grand-père maternel égyptien, pas de partenariat. Mais un stage avec son équipe andorrane : « Nous avions une sorte d’entente avec l’Ariège, j’ai été repérée lors d’un tournoi là-bas et j’ai été prise au Pôle Espoirs de Toulouse. Il y a avait aussi Amalia Bazola, Lou Roboam, toutes les filles de ma génération. On s’est toutes retrouvées au Pôle Espoirs et on y a tissé des liens. »

La puriste et la touche-à-tout

Notre enquête a donc permis d’établir les chaînes d’événements qui ont permis à le demie d’ouverture ou arrière Amalia Argudo et à la flanker Isis Espuga de rejoindre la ville rose. Mais remontons plus loin. Ni l’une ni l’autre n’étant issue d’un bastion historique du ballon ovale, comment sont-elles arrivées sur les terrain de rugby ?

« Mon père jouait quand il était jeune, à l’université puis au Barça, mes frères jouaient aussi. Un jour, je suis allée voir un match de mon frère Matteo, où il y avait les petits qui jouaient derrière les poteaux… bref, j’avais 4 ans, j’y suis allée. Mon père, mes frères, alors je me suis dit « moi aussi », et voilà », nous raconte Amalia.

Le rugby comme premier amour donc, à l’opposé du parcours de sa coéquipière Isis, qui a touché à plusieurs disciplines avant de faire un choix plus définitif pendant son adolescence.

« Depuis toute petite, j’ai fait beaucoup de sports, de la natation, du ski, de la danse… Puis au collège en UNSS, j’ai vu qu’il y avait du rugby et je me suis dit « oh il faut tester ça » ! Une chose menant à une autre, j’ai pris une licence à la fédération andorrane », sourit-elle.

Un choix qui n’a pas emporté l’adhésion immédiate de ses parents : « Pour mon père, c’était « si ça te plait, c’est ok ». Mais ma mère m’a dit « non, tu vas te faire mal, tu vas te faire défigurer ! » »

Force est d’admettre que la joueuse a bien fait d’insister.

Le rêve du professionnalisme

Rejoindre le Stade Toulousain à 16 ans quand on est un garçon, c’est se trouver sur des rails censés mener à une carrière de joueur professionnel. Quand on est une fille en revanche, cet espoir est beaucoup plus ténu, le voyage du rugby féminin vers le professionnalisme étant encore loin d’avoir abouti.

Soit dit en passant, c’est un rêve qu’Amalia Argudo poursuit depuis longtemps, même si Toulouse n’a pas toujours été une étape incontournable de son projet.

« J’ai toujours voulu arriver le plus loin possible, jouer au plus haut niveau possible. Je ne me disais pas le Stade ou partir en Angleterre ou en Nouvelle-Zélande, vraiment je n’avais pas fait ce choix-là. Je savais juste qu’il fallait que je prenne toutes les opportunités qui me passaient devant, le Stade en était une et j’ai bien fait de prendre le train et venir », se félicite-t-elle.

Douée au pied et rapide, Amalia Argudo peut évoluer aussi bien à l’ouverture qu’à l’arrière sous le maillot de Toulouse. (©Stade Toulousain Rugby)

En tant qu’internationale espagnole à XV et à 7, son statut est d’ailleurs un peu particulier : « J’ai la chance en ce moment de pouvoir vivre de ça. Avec l’Espagne nous avons des contrats donc je m’entraîne, tous les jours, toute la journée. Mais j’ai toujours été consciente qu’il fallait que je travaille aussi le côté scolaire ou professionnel, j’ai fait des études en STAPS, en coaching sportif. J’ai une micro-entreprise à moi, je fais des coachings personnalisés, de la prépa physique, des skills rugby et je travaille aussi dans une salle de sport à côté. Aujourd’hui je peux vivre du rugby, mais ça ne va pas durer toute la vie et il faut bien que je prépare le futur. »

Un peu plus jeune, Isis Espuga n’avait pas non plus ciblé le Stade Toulousain comme un marchepied vers une carrière professionnelle. Loin, loin de là, surtout à en croire l’anecdote parfaitement innocente de ses premiers pas à Ernest-Wallon.

Je vous avoue que nous, en Andorre, on est un peu dans notre bulle. Ma famille n’était pas particulièrement fan de rugby, en 2019, quand je suis arrivée à Toulouse, c’est Émile Ntamack qui nous a fait visiter le club à mon père et moi… mais on ne savait pas qui c’était ! Il nous a expliqué que son fils jouait ici, je ne savais même pas de qui il parlait… Je me suis renseignée après, je me suis dit « mais, on est cons » !

Isis Espuga
3e ligne du Stade Toulousain Féminin

Et si désormais elle « rêve de vivre du rugby », l’Andorrane sait aussi qu’elle doit préparer l’avenir. Ce qu’elle fait en poursuivant une licence économie et droit, pour éventuellement enchaîner sur un master en finance ou une grande école. 

L’équipe de France, dans un coin de la tête ou dans les rétroviseurs

Ambitions similaires mais destins contrastés : Isis Espuga et Amalia Argudo ont toutes les deux eu, à un moment où un autre, l’espoir de porter un jour le maillot du XV de France féminin.

Du haut de ses 20 ans, Isis Espuga s'installe petit à petit sur le flanc de la mêlée du Stade Toulousain Féminin.
Du haut de ses 20 ans, Isis Espuga s’installe petit à petit sur le flanc de la mêlée du Stade Toulousain Féminin. (©Stade Toulousain Rugby)

Pour l’Espagnole, malheureusement, le rêve est passé : « J’ai bien essayé mais je n’ai pas eu de chance. La première année quand je suis arrivée, je ne me posais même pas la question parce qu’à la limite j’étais très jeune, je ne savais même pas que cette opportunité-là pouvait exister. Puis j’ai fait des sélections avec Midi Pyrénées à l’époque, des sélections top 100, top 50. »

« En 2017 j’ai intégré le Pôle Espoirs à Toulouse, on a essayé de déposer le dossier mais j’ai eu des blessures, j’ai dû me faire opérer, donc ça a été un peu difficile. Finalement je me suis dit qu’il fallait que je fasse un choix, c’était un peu compliqué par rapport aux papiers, la nationalité. J’avais envie de jouer au niveau international et l’Espagne c’est mon pays aussi, et de retrouver les copines de toute la vie, un bon projet, je me suis lancée dedans et j’ai pris cette voie-là », raconte Amalia.

Pour l’Andorrane, en revanche, tous les espoirs sont encore permis puisqu’elle sera éligible pour les Bleues à l’automne prochain. « L’objectif c’est d’intégrer l’équipe de France. Je ne sais pas si le staff parle de moi, mais ils savent que j’existe », s’esclaffe la 3e ligne.

Et pour cause, elle relègue de temps en temps la grande Gaëlle Hermet sur le banc de touche, excusez du peu ! Mais plutôt que penser à l’aspect concurrentiel, Isis Espuga se concentre surtout sur le cadre dont elle peut profiter pour progresser.

« J’ai commencé le rugby, je voyais ces joueuses à la télé. Quand on est arrivées en Seniors et on a commencé à s’entraîner avec elles, je me suis dit waouh. On ne s’en rend pas compte de cette chance. Parce que ce sont des joueuses qui passent une fois dans une génération, elles ont beaucoup d’expérience. Elles transmettent énormément de confiance au groupe, aux jeunes surtout. Et on apprend énormément », confie-t-elle. 

Gastronomie et inclusion

Quelques instants passés avec le groupe Élite 1 du Stade Toulousain Féminin suffisent à remarquer la bonne ambiance qui y règne. Pourtant, un sujet fâche, divise et assombrit l’horizon. La gastronomie !

Une bonne ambiance, des grands sourires... mais attendez que le sujet de la gastronomie arrive sur la table !
Une bonne ambiance, des grands sourires… mais attendez que le sujet de la gastronomie arrive sur la table ! (©Stade Toulousain Rugby)

Et là, comptez sur Amalia Argudo pour lancer les hostilités : « Tous les Français vont te dire que c’est la cuisine française la meilleure. Après, ils vont en Espagne, ils kiffent, donc je ne comprends pas ! Pour moi, c’est la gastronomie espagnole, c’est clair. »

Évidemment, sur des sujets aussi clivants, il n’y a plus d’équipe, c’est chacun pour soi, quitte à déclencher une guerre triangulaire.

« Nous on a le arroz de montaña (riz de montagne, proche de la paella, ndlr), l’escudella (une potée de légumes et de viandes, ndlr) et le trinxat (une purée de choux et de pommes de terre, ndlr). C’est mieux que l’Espagne, c’est mieux que la France », surenchérit Isis.

Mais pour revenir à plus de sérieux, ce n’est pas le sujet le plus important qui soit évoqué au moment de donner carte blanche aux deux jeunes joueuses toulousaines. Ce qui tient notamment à cœur à Amalia, ce sont les questions d’inclusion autour de la sexualité, et par extension de santé mentale.

« Chez les filles, je sais que c’est très ouvert d’esprit, je ne me suis jamais retrouvée dans des situations problématiques vis-à-vis de ça. Mais je pense que chez les hommes, il y a un tabou. Je ne sais pas et j’ai besoin de comprendre pourquoi chez les hommes, ça peut être plus compliqué de dire ça, d’assumer, d’être soi-même et peut-être avoir peur de ne pas être accepté », souffle l’Espagnole. 

« Parce que moi, je trouve qu’il faut être courageux dans la vie et en fait, pleurer ou assumer ce qu’on ressent, c’est très courageux. Et donc, voilà, c’est ça le vrai sujet. Ce n’est pas la gastronomie », termine-t-elle dans un sourire.

Un coup de pied de recentrage en guise de conclusion et de rappel à l’unité. Qui, s’il n’a pas l’air bien nécessaire dans ce groupe où semble régner une belle osmose, n’est probablement pas de trop à plus grande échelle.



Source link

LEAVE A REPLY

Please enter your comment!
Please enter your name here