
Diagnostic : fournisseur d’EPO. Prescription : condamnation. Un médecin à la retraite de Maisons-Alfort (Val-de-Marne) a été condamné jeudi 30 janvier 2025 par le tribunal correctionnel de Nantes pour avoir pris part au dopage d’un athlète nantais en lui fournissant des ordonnances « fictives » ou « de complaisance ».
Seringue dans le frigo
Le Dr Jean-Luc X. – qui exerçait à l’époque à Créteil – avait en fait prescrit cette « substance interdite aux sportifs » à Hamza X., un coureur de demi-fond spécialiste du 800 mètres et du 1 500 mètres, alors licencié au Nantes Métropole Athlétisme : le praticien était réputé « laxiste », selon le procureur de la République.
L’athlète, né à Rabat (Maroc) et âgé aujourd’hui de 30 ans, avait finalement été démasqué en 2022 lors d’un contrôle antidopage au meeting d’athlétisme de Troyes (Aube) où il jouait le rôle de « lièvre » pour un autre coureur : de l’érythropoïétine (EPO) avait retrouvée « dans ses urines », a-t-il été expliqué au procès, alors que cette hormone de croissance qui stimule la production de globules rouges est « connue pour améliorer les performances sportives ».
Une « solution injectable par seringue » avait par la suite été retrouvée « dans son frigo » au cours de la perquisition, et « l’exploitation » de son téléphone portable avait permis aux enquêteurs de prendre connaissance d’une « ordonnance » délivrée par le médecin de Créteil au nom d’une certaine « Fatima ». Cette dernière n’était à vrai dire « pas venue consulter » le Dr Jean-Luc X. et « elle pourrait d’ailleurs ne pas exister », a d’emblée recontextualisé la présidente du tribunal correctionnel de Nantes.
« Certains sont protégés, moi, j’étais seul »
Le praticien cristolien avait ainsi été renvoyé en justice aux côtés du jeune athlète, tout comme les deux pharmaciens nantais qui lui avaient délivré le médicament. Le Dr Jean-Luc X. a reconnu au cours de l’enquête que la délivrance d’un certificat médical sans voir le patient était « une pratique courante » dans sa profession.
« La plupart des athlètes savent que le dopage est un fléau, sauf que certains sont protégés et d’autres non : moi, j’étais un peu seul dans ma carrière », s’est défendu Hamza X. « Je ne touchais pas de subvention de la mairie de Nantes, même si, quand je gagnais, c’était au nom de la ville… Je n’avais pas le droit non plus aux stages, car j’étais considéré comme étranger. » Surtout, il était dans « une situation psychologique et financière très compliquée » qui l’obligeait à s’entraîner « le matin et le soir » en marge d’un emploi alimentaire.
« J’étais obligé d’aider ma famille, car mon père était malade d’un cancer », a expliqué l’ancien sportif, qui touchait alors « de 200 à 600 euros» quand il remportait une course à pied. Il a finalement testé l’EPO « en Espagne », alors qu’il se trouvait « dans une chambre » d’hôtel avec un athlète « kenyan », a-t-il précisé à la barre du tribunal.
Le procureur de la République a toutefois relevé que les performances du prévenu ont « explosé » de façon « impressionnante » précisément à ce moment : Hamza X. a d’ailleurs reconnu avoir été « qualifié pour les Mondiaux avec son pays d’origine » et être parti disputer des courses « en République tchèque ».
Le jeune homme, suspendu quatre ans par les autorités sportives à la suite de son contrôle antidopage, est désormais éducateur spécialisé pour enfants à Pornic et cumule avec « une microentreprise dans le nettoyage ». Tous ses résultats sportifs ont été « annulés » et il a été frappé d’une « interdiction d’encadrement » de jeunes athlètes, a souligné son avocate lors de sa plaidoirie.
« Un médecin pour 20 000 habitants »
Invité à la barre, le médecin a dit n’avoir « pas le souvenir » d’avoir croisé le jeune Marocain : dans le quartier « cosmopolite » de « banlieue » où il travaillait, il y a « un médecin pour peut-être 20 000 habitants ».
Quatre mille malades m’ont déclaré comme leur médecin traitant, mais je faisais au moins 10 000 consultations par an pour des patients différents. J’en faisais au minimum 50 par jour, et j’en ai même eu 80 un jour où j’enchaînais avec une garde. C’est beaucoup, mais assez courant actuellement pour un médecin.
Le praticien s’était distingué au commissariat de police par son « comportement inadapté » et son « attitude renfrognée », a aussi noté la présidente : il s’est « emporté » contre la policière qui l’a fait « attendre vingt minutes » alors qu’elle est « passée deux fois dans le couloir » en « prenant un air de gens qui ont de l’importance ». « Je regrette de m’être emporté, a soufflé le médecin. Mais ceux qui ne s’emportent pas, je les félicite ! Moi je n’ai jamais fait attendre de patient : je prenais mes pauses quand je n’avais personne en salle d’attente. »
« Est-ce que vous vous considérez comme un médecin des pauvres, au détriment du respect de la réglementation ? », lui a donc demandé le procureur de la République. « Il m’arrivait de faire des consultations gratuites », a simplement concédé sur ce point le Dr Jean-Luc X.
De leur côté, les deux pharmaciens nantais jugés dans cette affaire ont imputé la délivrance des médicaments litigieux à leurs salariées : ils étaient « en sous-effectifs » avec « une charge de travail très intense » au moment de la pandémie de Covid-19. Les salariées ont donc été « victimes d’un escroc qui les a bernées ». « On galérait au comptoir, donc on ne faisait plus le contrôle le soir, qui était très chronophage, a expliqué Meriadec X. Mais, dès que la pandémie s’est calmée, on l’a réinstauré. »
« On est dans un quartier très difficile, très pauvre », a aussi rappelé ce père de quatre enfants. Quand quelqu’un nous dit : ‘Je pars au pays pour quelques jours, ma mère a besoin de son médicament pour le cœur’, évidemment qu’on le fait ! »
Le pharmacien a finalement été condamné à une amende de 3 000 euros, tout comme l’ancienne titulaire de son officine.
L’ancien médecin de Créteil, lui, a écopé de douze mois de prison avec sursis et d’une amende de 3 000 euros, assortis d’une interdiction « symbolique » d’exercer la médecine pendant trois ans.
Enfin, l’athlète a été condamné à douze mois de prison avec sursis et d’une interdiction d’exercer toute activité « en lien avec le sport » pendant dix-huit mois. Sa condamnation ne sera pas inscrite sur la partie du casier judiciaire accessible aux employeurs, pour lui permettre de continuer à être éducateur spécialisé.
/GF (PressPepper)
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