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une famille alerte sur sa situation alarmante


Ronchin, sa piscine, et ses hautes tours. Le quartier s’est dressé dans la fin des années 1960. Et depuis, n’a pas fort bougé. Des résidences montrent plus ou moins des signes manifestes de décrépitude depuis l’extérieur, comme de nombreuses bâtisses vieillissantes de type HLM. Début 2025, une famille alerte sur la vétusté des locaux. L’occasion de se pencher sur une problématique « courante » chez les bailleurs sociaux, et de comprendre comment les situations de crise sont gérées.

« C’est inadmissible ! »

C’est une grand-mère très inquiète qui a donné l’alerte. Qui sonne depuis des semaines à toutes les portes pour aider sa petite-fille et ses enfants. Cette dernière, résidant dans un logement provisoire depuis un moment dans la métropole lilloise, a obtenu une place dans la cité HLM Condé gérée par Habitat du Nord. Le bail a été signé fin novembre. Mais de nombreuses anomalies ont entaché l’arrivée dans le logement.

Ce qui alarme particulièrement notre lanceuse d’alerte : qu’il n’y ait « pas des équipements rudimentaires assurant la sécurité des résidents ». Et notamment des enfants en bas âge. « On les appelle, on les rappelle, on nous dit ‘c’est en cours‘. Ça fait des semaines que la baignoire n’est pas utilisable parce qu’ils n’ont pas fourni le bouchon, qu’une prise sort du mur, qu’il n’y a pas de chauffage dans une des chambres, qu’il y a une fuite à l’évier de la cuisine parce qu’un joint n’a pas été mis, c’est inadmissible ! » a dénoncé la représentante de la famille mi-janvier.

« J’ai peur pour mes enfants »

Sur place, c’est dans une bâtisse marquée par des traces de vandalisme qu’on entre. Dans les parties communes, ça sent fort l’urine. En bas, on ne voit pas les noms des locataires : l’écran a été brûlé. Il n’y a plus de tonalité à l’interphone de l’étage pour savoir qui est en bas. Dans l’alerte on nous décrit « des espaces communs très mal entretenus, un ascenseur qui tombe souvent en panne ». Malheureusement de « classiques » aléas de bâtisses vieillissantes et collectives, pour lesquelles le temps de la vie quotidienne n’est pas le temps administratif. Et c’est cette réalité qui crée des situations tendues comme celle-ci.

Dans cet appartement situé à un des étages de la résidence gérée par Habitat du Nord depuis 1987, on arrive dans un logement bien tenu. Les murs sont blancs, la décoration joliment faite, le lino récemment changé. Des jouets jonchent le sol du salon, une des enfants joue. En apparence, tout va bien. Mais si la locataire fait bonne figure, elle n’en est pas moins inquiète. « Il fait bon, ici, à cette heure [en milieu d’après-midi, N.D.L.R.]. Mais il faut voir le matin, il fait très froid. La PMI est passée la dernière fois et a relevé 16°C », nous a confié la mère de famille. Ceci en raison du fait qu’une chambre n’est pas équipée de chauffage, et que le logement est mal isolé. « Le chauffage, ils sont censés l’avoir commandé il y a plus d’un mois [à savoir fin novembre, ce que confirme le bailleur, N.D.L.R.]. »

« J’ai peur pour mes enfants ! Qu’ils s’électrocutent, qu’ils attrapent froid ou qu’ils se prennent la fenêtre de la salle de bains quand ils vont se laver », confie la locataire. Au-dessus de la baignoire à l’ouverture de la fenêtre, on constate que cette dernière menace de tomber. « C’est pas normal, ça ! On se demande s’ils attendent l’accident ! Et s’il arrive un truc, ce sera qui la responsable ? Moi. Et je perdrai la garde de mes enfants. »

« Je ne sais plus quoi faire. Ne plus payer de loyer ? Aller voir un avocat ? Me rendre dans les bureaux pour qu’ils ne me reçoivent pas ? »

Locataire d’Habitat du Nord.
Dans la résidence Condé, il n’est pas possible pour un des accès, d’appeler un appartement, l’écran n’étant plus visible. Depuis un logement visité, l’interphone ne fonctionne plus non plus. Un élément « anecdotique » qui peut malgré tout causer un sentiment d’insécurité chez les résidents. ©Amandine Vachez

« On a l’impression qu’ils s’en foutent »

Depuis notre passage le 20 janvier, diverses réparations ont été faites, dont celle de la prise (un boîtier TNT), refixée au mur. Le chauffage manquant a aussi été remplacé. Soit près de deux mois après l’entrée dans le logement. « Nous sommes malheureusement dépendants des délais de réception des commandes, en attendant nous avons fourni une solution d’appoint », relate Habitat du Nord. Élément confirmé par la locataire, qui craignait de chauffer une chambre d’enfant avec : « C’est dangereux, un chauffage comme ça. Sans parler de la facture ! »

Nouveau rebondissement début février : un autre chauffage ne fonctionne plus. « J’ai dit à celle qui gère la situation chez Habitat du Nord que les enfants avaient froid. Elle m’a dit de plus les couvrir, vous vous rendez compte ? Sachant que j’ai un nouveau-né… » La mère de famille bouillonne de ne « pas être prise au sérieux ». Et à côté de ça, de voir les coûts augmenter. « J’ai regardé mon compte EDF. Normalement je paie 50 euros par mois. Pour janvier, j’en arrive à 190. C’est pas possible ! Maintenant, quand j’envoie des demandes, je menace de porter plainte. Il n’y a que ça qui marche, et encore ! »

On a l’impression qu’ils s’en foutent. Eux quand ils rentrent chez eux ils ont le chauffage et pas de fuite. Et nous, on subit ! Et on paie notre loyer et des charges. Ça se fait pas de traiter les gens comme ça.

Locataire de la résidence Condé à Ronchin.

Des dossiers gérés en urgence, dans la mesure du possible

Si la locataire avait, lors de notre visite, peu d’espoir que les choses s’arrangent, la grand-mère avait à cœur qu’un article de presse sorte pour accélérer les choses. Du moins sensibiliser.

Le bailleur social a rapidement réagir à nos sollicitations, expliquant que, dans son processus de gestion d’incidents, il fait appel à des prestataires, qui interviennent au plus vite, dans la mesure du possible. « Nous avons à cœur d’être présents, au contact des locataires », est-il assuré par le bailleur. « D’ailleurs, notre agence locale, fermée suite à des dégradations lors des émeutes, va rouvrir sur le secteur fin février. »

Pour la locataire, les situations urgentes ne sont pas gérées à leur mesure. Elle prend pour preuve son récent dégât des eaux (le 24 janvier), dû à une fuite de l’évier. « Mes enfants ont eu très peur ! C’était de l’eau bouillante, et impossible de fermer le robinet », relate-t-elle. Un prestataire est intervenu en urgence, puis un autre pour la réparation de la fuite. « Mais il est arrivé sans le matériel adéquat. Et aujourd’hui mon robinet pour couper l’eau n’est toujours pas fonctionnel. Comment je fais si ça se reproduit ? »

Habitat du Nord est un des bailleurs sociaux ayant des résidences à Ronchin, qui datent de plusieurs décennies. Comme ses homologues, le gestionnaire fait face à des problématiques liées au vieillissement des bâtisses. ©Amandine Vachez

Des problématiques « courantes » dans les logements sociaux

Parmi les démarches effectuées pour venir en aide à sa famille, la résidente de Ronchin s’est approchée de l’antenne locale du CLCV, Consommation Logement Cadre de Vie. L’association, qui ne peut évoquer un dossier en cours, dresse un constat général : « Ce sont malheureusement des problématiques qui se retrouvent chez différents bailleurs sociaux, pas que chez Habitat du Nord. C’est lié au fait que les résidences datent des années 1960-1970. » L’association accompagne les locataires qui font appel à elle dans leurs démarches. « Souvent, les gens ne savent pas ce à quoi ils ont droit ou non, ils ne se posent pas la question. Mais quand cela touche à la loi, on se doit d’agir. Pour cela, il est important qu’on soit alerté. »

Chez Habitat du Nord, on a bien conscience des problématiques rencontrées par les locataires. « Nous gérons trois bâtiments sur ce secteur, qui fait l’objet d’une réflexion pour réhabilitation. En attendant, on continue d’investir. » Par exemple, une campagne de remplacement des ascenseurs est en cours, à raison de 2 à 3 par an.

La représentante du CLCV assure que le dialogue est ouvert : « On travaille avec Habitat du Nord, comme avec Partenord ou Vilogia, pour résoudre les problèmes qui nous sont signalés. Certains dossiers prennent plus ou moins de temps ». Jusqu’à plusieurs années, parfois.



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