Jean-Pierre Rocton est calme et souriant. Depuis trente ans qu’il travaille à la municipalité comme conseiller, puis adjoint au maire et enfin maire de Mauves-sur-Huisne (Orne), il connaît son bourg comme sa poche et les citoyens du cru depuis longtemps.
Les méandres de l’Huisne
De son village rue, il dit qu’il est « atypique, avec pour particularité l’inscription à l’inventaire des Monuments historiques de deux bâtiments, le pont Catinat et l’église Saint-Pierre ».
Sans compter « la chance d’avoir les méandres de l’Huisne pour ceinture, ce qui apporte au bourg un aspect si particulier avec deux parties très distinctes et des zones inondables ».
S’il lui a été reproché de ne pas savoir communiquer sur les travaux passés, en cours et à venir, le maire se défend et soupire.
Nous avons consulté la population à plusieurs reprises, celle de Mauves et des lieux-dits alentour.
Il rappelle qu’il a envoyé en 2021 un questionnaire à tous les propriétaires et locataires de logements principaux et secondaires.
Nous souhaitions connaître en amont les priorités des citoyens. Il s’avère que c’est la sécurité qui a été plébiscitée, même si l’on a comptabilisé 19 % seulement de réponses et par ailleurs souvent issues de propriétaires de maisons secondaires.
Plus tard, « Mathilde Siramy a organisé des réunions publiques pour expliquer le projet de réaménagement du centre-bourg dans sa globalité ». Les reproches que l’on fait à la municipalité, le maire les encaisse très bien : « je sais que certains se plaignent des travaux, mais il faut comprendre que les intérêts particuliers se heurtent à l’intérêt général et nous voulons avant tout la revitalisation du centre-bourg ».
Des critiques de particuliers
Jean-Pierre Rocton et son adjoint aux travaux Claude Aveline déplorent les critiques de nouveaux arrivants qui refusent, par exemple, le passage de camions sur la départementale qui traverse le bourg ou exigent un enrobé anti-vibrations ou demandent encore de retirer les pavés sur la bande de roulement au pied de leur maison.
Les poids lourds et les tracteurs ne représentent que 3 % de la circulation journalière et il faut bien qu’ils empruntent la desserte locale.
En revanche, le maire appuie et explicite la réduction de la chaussée pour permettre une circulation alternée, fluide et plus lente.
«Les deux écluses de rétrécissement en haut et en bas du village vont permettre de sécuriser la circulation ».
« Nous avons aussi opté pour un trottoir franchissable pour les passages des matériels agricoles. Nous espérons un feu tricolore de chantier pour pénaliser le moins possible la vie des petits commerces pendant les travaux ».
Des écluses noires et un plateau en grenaillage
Les zones des deux écluses en noir et le plateau en grenaillage « des billes d’acier projetés sur l’enrobé gris comme sur le pont Catinat » devraient aussi enjoliver Mauves en plus de participer à sa sécurité.
L’étude fournie par l’agence départementale d’ingénierie de l’Orne, maître d’œuvre des travaux, comprend donc des travaux de réfection de route et de trottoirs « de la place du Volant à la boulangerie Hélaine.
D’un coût de 542 000 euros, les travaux devraient débuter entre mars et avril et durer quatre mois.
Un gros chantier qui a été précédé d’essais techniques avec des balises, « comme les plateaux sur autoroute et qui permettent de vérifier la faisabilité, le bien-fondé et l’exactitude des réalisations à venir ».
Les lampadaires font aussi peau neuve : « on change l’intégralité des lampes en sodium et mercure pour passer au LED grâce à des subventions à hauteur de 80%. Après un tiers de lampadaires changé, on voit déjà les économies importantes que l’on peut faire » .
Les travaux de la toiture
La toiture de l’église, en fort mauvais état, exige aussi de grosses réparations. Mais les travaux coûtent très cher, « d’autant qu’elle reste ouverte aux offices religieux » .
L’association Mauves-sur-Huisne Notre Village dit avoir proposé à la mairie l’implantation d’une antenne relais Orange pour alléger la facture sans avoir obtenu de réponse satisfaisante.
Ce à quoi le maire rétorque qu’il n’est pas certain qu’un opérateur soit intéressé par investir dans un si petit village, c’est-à-dire par un nombre très restreint de clients potentiels, contrairement à la ville de Mortagne-au-Perche bien plus peuplée, que par ailleurs l’antenne favoriserait les utilisateurs proches de son installation mais défavoriserait les zones non couvertes.
Des travaux pour l’église en 2026
En revanche, il le répète : « nous sommes en train de réunir les fonds pour financer des travaux qui ont de bonnes chances de se réaliser en 2026″.
Très sérieusement, je pense que les travaux devraient voir le jour l’an prochain.
« Il ne manque qu’un peu de fonds pour arriver à la somme requise mais l’association Mauves Patrimoine qui fait un travail remarquable s’occupe activement de la partie mécénat » explicite le maire.
L’exemple du pont Catinat
Concernant l’autre bâtiment remarquable du village, le pont Catinat, en très mauvais état après des travaux récents, le maire rappelle l’historique de l’étude et des travaux. « L’allée piétonne qui borde le pont a appliqué les normes PMR (personne à mobilité réduite), à savoir un trottoir de 1m40 de large ».
Alerter l’architecte des bâtiments de France
« Pendant l’étude et en cours de chantier, j’ai alerté l’architecte des Bâtiments de France pour lui expliquer que l’allée serait bien trop large pour les poids lourds qui immanquablement rouleraient sur la bande piétonne et l’abîmeraient. J’ai demandé une allée piétonne réduite à 1m20 mais je me suis heurté à une fin de non-recevoir ».
Si Claude Aveline critique ce manque de concertation et la difficulté à envisager une solution pérenne pour un pont magnifique et malmené, les deux hommes ne baissent pas les bras. Pour autant, la possibilité d’un nouveau chantier réparateur sur le pont Catinat est en suspens.
La caserne en attente
Le dernier gros dossier de la mairie concerne la réfection de la caserne des pompiers. Les deux hommes sont dubitatifs, très dubitatifs.
Bien sûr, les travaux de réfection sont actés, mais comme le dit débonnaire et un rien circonspect Jean-Pierre Rocton : « j’attends le permis de construire acté par la Cdc de Mortagne-au-Perche pour y croire vraiment ».
Du reste, le capitaine Clément Suzanne, chef du centre de Mauves est aussi chef du SDIS de Mortagne-au-Perche…
Ouvert au dialogue
Les autres projets de la mairie ? « On a toujours des projets mais les financements, il faut qu’ils suivent ». Forcément.
En attendant, le maire reçoit tous les vendredis matin ses concitoyens de 9 h à 12 h, histoire de dire que oui, décidément oui, il est pour le dialogue.
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