Le jeune homme dans le box des détenus du tribunal d’Évreux est à peine sorti de l’enfance. Il a le visage doux surmonté d’une abondante chevelure qui foisonne en épaisses boucles brunes. La veste trois-quarts tigrée de bandes orange qui dissimule un corps qui a grandi trop vite, fait penser au personnage de Maurice, le manchot tigre, héros positif du dessin animé Les As de la jungle. Peut-être est-ce la protection d’un enfant qui a passé la période de ses 12 à 18 ans en familles d’accueil pour fuir un foyer instable où un père alcoolique et violent fait régner la terreur ? Une protection bien fragile à contenir les émotions d’un garçon à fleur de peau plusieurs fois condamné pour des faits de violence qui, aujourd’hui encore, le mènent devant les tribunaux.
Un couple toxique
Courant 2023, alors qu’il purge une peine de prison, il noue une relation avec une jeune fille d’à peu près son âge. À sa sortie, ils se mettent en couple et tout semble aller pour le mieux jusqu’à une fête du mois de mai 2024 où le jeune homme apprend que sa compagne entretenait une relation croisée pendant son incarcération avec un de ses amis présents à la soirée. S’ensuit une altercation au cours de laquelle il crache au visage de la jeune fille avant de rentrer chez lui. Une deuxième scène se produit quelque temps plus tard dans une voiture. Cette fois, il la gifle, ce qui projette sa tête contre un des montants de l’auto. Le dernier épisode intervient le 19 décembre 2024, à Aviron.
Une énième dispute éclate dans la caravane du prévenu. Selon la plaignante, il lui aurait jeté une bougie au visage, puis l’aurait jetée dehors avec ses affaires qu’il aurait dispersées tout en donnant l’ordre à son chien de « la bouffer », dixit la victime. Trois jours d’interruption totale de travail sont prescrits. De rage, la jeune femme aurait menacé par SMS de cramer la caravane de son ex. En retour, il aurait menacé de brûler la voiture de sa mère.
Depuis le box, le jeune homme reconnaît une dizaine d’altercations au moins. Puis il précise : « Elle faisait des scènes tout le temps pour n’importe quoi. Il fallait que je lui paye sa drogue. Alors pour la calmer, je lui payais ses bédos, ses joints si vous préférez. Après, elle menace de se tuer si je la quitte. Elle s’est déjà tailladé les veines et a avalé des cachets. Ça fait peur, vous savez. Dans la caravane, elle était hystérique, elle cassait tout. J’ai lancé une bougie pour me défendre et pour qu’elle arrête. C’est vrai je l’ai jetée dehors avec ses affaires, mais j’ai jamais dit au chien de la bouffer. Aujourd’hui c’est fini, je ne la revois plus et ne veux plus la revoir. On était un couple toxique. »
« Vous aussi vous fumez des pétards », observe le président Wladis Blacque-Belair. « C’est vrai, monsieur le président, mais j’ai commencé les démarches pour m’en sortir », admet le prévenu qui, par ailleurs, semble déterminé à trouver du travail et à s’inscrire dans une démarche positive auprès de la Mission locale.
« En pleine démarche de réinsertion »
Les réquisitions du substitut du procureur, Anaël Bonton, sont très sévères et s’appuient sur la réitération des violences tant à l’extérieur qu’en prison. Dix mois de prison avec mandat de dépôt et trois mois de sursis probatoire révoqués : la peine est lourde.
Beaucoup trop lourde pour la défense qui invoque le très jeune âge du prévenu, son parcours chaotique depuis l’enfance et son implication dans une démarche d’insertion auprès de la Mission locale. « En prison, il ne faisait rien de sa vie. Il n’en fera pas plus s’il y retourne, alors qu’il est en pleine démarche de réinsertion. Il a travaillé trois mois et s’en est trouvé transformé. Pour la première fois de sa vie, il était fier de lui », plaide l’avocate.
Malheureusement, cette dernière comparution s’ajoute à de précédentes condamnations en suspens, ce qui entraîne la révocation de trois mois de probation. Jugé coupable, le prévenu se voit infliger douze mois de prison, dont six mois assortis d’un sursis probatoire (avec obligation de soins psychologiques et addictologiques, obligation de travail). Ce qui porte la peine à quinze mois avec le cumul des peines antérieures. Lueur d’espoir, il pourra demander un aménagement de peine sous bracelet après trois mois de prison effectués. Il retourne en prison. Souhaitons-lui que ce soit la dernière fois. Il est toujours terrible de voir ces enfances cabossées passer trop souvent par la case prison. Quel échec.
Source link