Jeudi 6 mars 2025, Karim et Farad, deux hommes de 20 et 47 ans, ont été jugés devant le tribunal correctionnel de Caen (Calvados) pour « extorsion par violence » et « violence aggravée », en août 2022 à Caen. À la suite des faits, tous deux ont été placés sous mandat de dépôt puis sous contrôle judiciaire. Seul le plus jeune s’est présenté à l’audience.
Coup de couteau dans l’artère fémorale
Vers 19h ce soir d’août 2022, les sapeurs-pompiers de Caen reçoivent un appel anonyme. Une personne serait blessée dans un appartement de la rue Louis-Lechatellier dans le quartier de la Grâce-de-Dieu. Ils trouvent un homme baignant dans son sang.
En plus de marques de coups, à l’abdomen, au crâne, sur le visage, le blessé porte une plaie à l’artère fémorale. Son pronostic vital est engagé.
La porte d’entrée ne présente aucune trace d’effraction. Il règne un grand désordre dans l’appartement qui semble avoir été fouillé et qui porte des traces de lutte évidentes. Le sol et les murs de la chambre sont couverts de sang. Des morceaux de porcelaine provenant d’un vase cassé jonchent le plancher. Un cutter dont la lame est retrouvée plus loin et un couteau ensanglanté traînent également.
Il avait trouvé drogue et argent dans sa cave
Hubert*, la victime, va s’en sortir par miracle avec 15 jours d’ITT, plaie artérielle suturée. Il porte de nombreux hématomes et ecchymoses, son nez est fracturé. Il met en cause « des gars de la Grâce de Dieu ».
Il raconte que la veille, avec un copain à lui, ils auraient trouvé de la résine de cannabis, de la cocaïne, de l’héroïne ainsi que 1 000 euros en liquide dans une cave de son immeuble. Le lendemain, trois individus se seraient présentés à son appartement pour le fouiller. Hubert aurait alors rendu la marchandise, mais comme il n’y avait pas la totalité du butin, il aurait été contraint de donner sa carte bancaire et son code. L’un des individus serait parti au distributeur, ne parvenant à tirer que 150 euros. Ils l’auraient ensuite obligé à se déshabiller.
C’est sans doute cette humiliation qui aurait déclenché sa réaction, alors qu’il était resté passif jusque-là. Il se serait saisi d’un cutter en faisant des grands moulinets avec son bras. L’un des hommes lui aurait alors cassé un vase sur la tête tandis que l’autre serait allé chercher un couteau dans la cuisine avec lequel il l’aurait frappé à la cuisse. Puis, ils se seraient enfuis.
« Dans ce que j’ai fait, rien n’est justifiable »
Karim est reconnu sur photo. À la barre, le jeune homme de 20 ans explique que, connaissant Hubert comme consommateur, il a tout de suite « pensé que c’était lui le voleur ». Il s’est d’abord présenté chez lui seul, puis accompagné de Farad « comme médiateur » et d’un autre qui ne sera jamais retrouvé.
Quand il a pris le cutter, Farad lui a cassé le vase sur la tête pour le désarmer. Après, j’ai eu peur pour Farad alors, je suis allé chercher un couteau. Quand la lame est entrée dans la cuisse, moi aussi, j’ai été choqué.
Même s’il déclare « dans ce que j’ai fait rien n’est justifié parce que rien n’est justifiable », Karim invoque la légitime défense et insiste sur le fait que c’est lui qui a appelé les secours.
« Dans légitime défense, il y a légitime »
Le procureur reconnaît que c’est le seul élément positif du dossier, tout en rappelant que les agresseurs avaient pris la fuite et que, si Karim est revenu, c’est parce qu’il avait oublié son téléphone. « À la vue de la quantité de sang, il a bien réagi, avec tout de même la présence d’esprit d’appeler de l’appareil de Hubert », observe le représentant du parquet. Quant à invoquer la légitime défense, le magistrat ironise sur le mot « légitime ».
Cet homme frappé et déshabillé, on va lui reprocher de ne pas se laisser faire ?
Karim était jusque-là inconnu de la justice tandis que Farad a déjà été incarcéré pour des faits de violences, vols en réunion, trafic de stups… Son avocat estime son rôle secondaire. « On ne peut pas l’associer au coup de couteau puisqu’il avait quitté les lieux ». L’avocate de Karim met en cause les mauvaises rencontres d’un jeune jusque-là « bon élève et prometteur ».
Trois et quatre ans de prison
Farad écope d’une peine de trois ans de prison dont 18 mois de sursis probatoire.
Pour Karim, la légitime défense n’est pas reconnue, il écope de quatre ans de prison dont un an avec sursis assorti de 24 mois de sursis probatoire et injonction de soins en addictologie. Pour tous deux, interdiction de port d’arme et de contact avec la victime et entre eux. Ils devront s’acquitter, solidairement, de 6 640 euros de dommages et intérêts et de 1 200 euros de frais de justice.
*Prénoms d’emprunt.
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