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un homme décrit comme ayant une « haute opinion » de lui-même



Mardi 4 février 2025, à l’heure à laquelle devait s’ouvrir la deuxième journée du procès de l’entraîneur de tir à l’arc accusé de viols sur une mineure de moins de 15 ans qu’il coachait à Urville-Nacqueville puis à Cherbourg-en-Cotentin (Manche), la présidente de la cour criminelle s’est présentée seule dans la salle d’audience pour annoncer que l’accusé avait fait une tentative de suicide et qu’il avait été hospitalisé à Cherbourg.

Le procès était alors suspendu en attente du certificat médical qui statuerait sur la compatibilité ou non de l’état de l’accusé avec la poursuite des débats.

Pas en état de comparaître

L’accusation de viols et agressions sexuelles était aggravée de deux circonstances : le fait que la plaignante était mineure de moins de 15 ans (12-13 ans) au moment des actes qu’elle dénonçait et le fait que l’accusé avait autorité sur la plaignante, étant son entraîneur sportif et son coach pour les compétitions auxquelles elle participait. Ce qui portait à 20 ans de réclusion criminelle la peine maximale qu’il encourrait s’il était reconnu coupable.

À 10 h 30, la présidente a rouvert l’audience avec ses assesseurs pour faire connaître la réponse médicale de la Fondation Bon Sauveur : l’état de l’accusé nécessitant un séjour hospitalier, il n’est donc pas en état de comparaître. Ainsi, dans la mesure où la présence de l’accusé est impossible pour la suite des débats, le procès a été renvoyé à une prochaine session, sans qu’une date puisse être définie.

Jusque-là, le procès était bien avancé, la personnalité de l’accusé ayant été bien cernée, et l’issue assez prévisible. Tout repart donc à zéro.

Une haute opinion de lui-même

Le choc est rude pour la plaignante, qui s’est effondrée, en proie à une crise et des pleurs.

Vidéos :

Elle est à nouveau victime de la perversion de l’accusé.

Me Morin, avocate de la jeune femme

Lundi, au premier jour de son procès, le moniteur de tir à l’arc cherbourgeois accusé de viols sur une mineure de 12-14 ans qu’il coachait dans les années 2015-2016 était apparu tiré à quatre épingles : la quarantaine stricte, costume noir, cravate gris-bleu, semi-calvitie.

Invité à parler de lui-même, de son enfance, de ses liaisons et des événements de sa vie, il l’a fait abondamment, avec un vocabulaire riche, choisi, accompagné de gestes à la fois mesurés et expressifs. De quoi donner raison à l’opinion qu’en ont eu ceux qui l’ont côtoyé dans les salles de tir à l’arc : intelligent et ayant une haute opinion de lui-même.

Sur le plan sportif, il était reconnu comme compétent, exigeant pour lui-même, excellent entraîneur, mais vu comme trop sûr de lui, n’acceptant pas les critiques des autres et n’hésitant pas à leur en faire.

Des responsables de clubs de tir à l’arc le décrivaient en retrait avec les autres archers, arrogant envers les archers de loisir, ne prenant pas de débutants, ne voulant s’occuper que des esprits compétiteurs, foncièrement élitiste. Bref, difficilement gérable pour un club.

« Sûr de lui », il l’était, se bâtissant auprès des archers comme de l’encadrement une réputation d’intellectuel de niveau supérieur. Les témoins appelés à la barre lors de cette première journée se sont rappelés qu’il évoquait avoir une maîtrise d’anglais, voire un doctorat, comme il l’avait dit au président de la section tir à l’arc de l’Asam, le club de tir sportif de Cherbourg.

Quand le vernis se craquelle

Ça a fonctionné, puisque tout le monde vous a cru, lui a souligné. Vos dires vous ont donné un certain prestige.

Présidente de la cour

L’anglais, il l’enseignait certes en cours particuliers, mais lors du procès, il a bien été obligé de reconnaître qu’il l’avait étudié en année de licence et qu’il n’était pas allé jusqu’au bout.

Avait-il un diplôme d’État lui permettant de travailler à la base de loisirs de Clécy, dans le Calvados, comme le responsable lui demandait de fournir ? Il avait déclaré l’avoir perdu, et Clécy n’a plus eu de nouvelles de lui.

Des propos qui laissent son père sans voix

Quand son père a été appelé à la barre pour évoquer l’enfance de son fils, l’homme de 70 ans a reconnu l’avoir élevé de façon sévère, « pour qu’il réussisse dans sa carrière ». Violent ? Une claque, peut-être, sous le coup de la colère, des mots forts, des engueulades, oui.

Mais quand la présidente lui a énuméré les coups dont son fils l’avait accusé, l’homme est resté sans voix : coups de poing, menaces de ciseaux, coups de tisonnier, de manche à balai…

Je ne sais pas ce qu’il est allé chercher. C’est inacceptable, c’est détestable !

Le père de l’accusé

« Pourquoi il mentirait ? », a alors demandé la présidente. « Je ne sais pas. Pourtant, il fait toujours appel à moi. », a-t-il répondu, en proie au désarroi. Et, pathétique, il s’est tourné vers son fils : « Si c’est vraiment ce que tu ressens, mon fils, je t’en demande pardon. »

Nous n’aurons pas l’éclairage des experts, psychiatre et psychologue, qui l’ont rencontré lors de l’instruction. Ce besoin de paraître restera sans explication jusqu’au prochain procès, car, en tentant de se suicider, l’accusé a rompu le fil de son procès. Il faudra donc recommencer.



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