Une affaire de violences sexuelles au cœur du monde carcéral. Ce mercredi 19 mars 2025 s’ouvre devant la cour criminelle de Paris le procès d’un ancien agent pénitentiaire de la prison de la Santé. Jean-Philippe N., 53 ans, est accusé d’avoir violé à de multiples reprises un détenu de la maison d’arrêt. Il encourt 20 ans de réclusion criminelle.
Des fellations imposées
Les faits dénoncés remontent à l’été 2022. Simon*, condamné pour violences conjugales, est incarcéré à la Santé pour 30 mois. Dans le bâtiment où il est détenu, Jean-Philippe N. le prend sous son aile. « Il me touchait les cheveux et m’a fait très vite la bise », déclare la victime aux enquêteurs.
Quelque temps après, un pas aurait été franchi par l’accusé. Ce dernier aurait proposé à la victime de lui pratiquer des fellations dans son bureau, situé près des cellules. Le détenu, tétanisé, se serait laissé faire. Ces actes sexuels contraints auraient duré quasi quotidiennement pendant des semaines. En guise de « dédommagement », la victime recevait du tabac.
Le détenu, dont l’état psychiatrique se dégrade, ne dit rien et continue à se rendre dans le bureau, « par peur d’être transféré en cellule disciplinaire » indique-t-il. Ce n’est qu’après la mutation de l’accusé que le jeune homme décide d’en parler au personnel médical de la prison. Selon l’un des praticiens, la victime était « en état de choc et de sidération » au moment de relater les faits.
Un « prédateur » déjà signalé par d’anciens collègues
Via un signalement au procureur de la République, une enquête est ouverte. Les enquêteurs vont interroger de nombreux anciens collègues du gardien de prison, et plusieurs déclarations vont se révéler glaçantes. L’un raconte que Jean-Philippe N. lui aurait montré son sexe lors d’une soirée à son domicile. Un autre parle d’un harcèlement sexuel constant. Un agent pénitentiaire va aller jusqu’à parler de prédation, où l’accusé ciblait les détenus incarcérés loin de leurs familles, car plus vulnérables. En parallèle, il jouerait l’employé modèle : « il va adopter un bon comportement pour cacher son côté prédateur », déclare le témoin.
Une vengeance selon l’accusé
En décembre 2022, l’agent pénitentiaire est interpellé. Aux enquêteurs, il se dit stupéfait des accusations portées à son encontre. Dans sa version, il s’agirait d’une vengeance. Le détenu aurait monté ces accusations à son encontre, car le gardien aurait saisi de la drogue dans sa cellule. Concernant les déclarations de ses anciens collègues, il évoque de la lourdeur et de la drague, mais pas du harcèlement.
L’enjeu du procès va donc être de déterminer, qui du prisonnier ou de son gardien, dit la vérité. « Ça sera parole de l’un contre la parole de l’autre malheureusement. Il y aura aussi une question juridique sur la contrainte de ces relations sexuelles, étant donné que nous sommes dans le milieu carcéral », déclare Me Jean-Christophe Tymoczko, avocat du détenu. « Mon client conteste tout acte de nature sexuelle et tout manquement à sa déontologie », affirme à l’inverse Me Léa Dordilly, conseil de l’accusé.
L’audience est prévue pour durer jusqu’au 21 mars.
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