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un député menacé avec un Taser et une élue placée en garde à vue après un contrôle de police houleux

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« S’il n’y avait eu personne, ça ne se serait pas passé comme ça. Le plus grand d’entre eux, il voulait vraiment nous faire quelque chose. Il voulait nous taper, il nous l’a dit : ‘on va vous laver’. » 24 heures après les faits, Léo* est encore sous le choc. Mercredi 26 février 2025, il sort acheter à manger avec un ami dans la cité Karl-Marx à Bobigny (Seine-Saint-Denis). Mais la porte franchie, les deux jeunes hommes sont soumis à un contrôle de police mouvementé.

Coups dans les jambes, propos acerbes, attouchements déplacés… Durant une vingtaine de minutes, les fonctionnaires procèdent à une intervention « disproportionnée ». « C’est un contrôle pour rien… De l’abus de pouvoir », regrette-t-il.

« Pourquoi tu souris ? »

Les faits se sont déroulés aux alentours de 13h20, se souvient Léo, 19 ans. « Je parlais avec mon pote, on rigolait. Il y en a un [policier, ndlr] qui est venu il m’a dit ‘pourquoi tu souris ?’» remet le Balbynien. « Il m’a attrapé par l’épaule, m’a plaqué contre la grille. Son collègue a attrapé mon pote et l’a plaqué contre la grille aussi. Il n’a même pas demandé mon identité, il a directement commencé par la palpation », explique le jeune homme détaillant des coups de genoux reçus dans les jambes, des fouilles dans ses poches de pantalon et des palpations au niveau des testicules notamment.

Dans le même temps, deux autres fonctionnaires procèdent, eux, à une fouille des téléphones et de l’ordinateur portable de son ami. Ils vérifient « les numéros de série » afin de détecter s’il s’agit d’appareils volés avant de demander les factures d’achat.

Contactée, la préfecture de police déclare que les deux jeunes hommes étaient « suspectés d’avoir consommés des stupéfiants ».

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Un député pour témoin

Derrière la vitre du restaurant situé de l’autre côté de la rue, le député de Seine-Saint-Denis, Aly Diouara (LFI), est attablé avec des collègues. Tous observent la scène, l’élu sort de l’établissement. Il veut s’en approcher pour « exercer [son] mandat de parlementaire qui contrôle l’action de l’exécutif », et observer « la réalité du terrain », justifie-t-il.

« Les policiers, après avoir décliné mon identité, sont plus véhéments et vindicatifs et me demandent de reculer. Chose que j’opère », affirme-t-il, précisant avoir été menacé avec un Taser par l’un des fonctionnaires. « Aly met la main dans son manteau pour sortir sa carte d’élu. En réponse, le policier sort le Taser. Mais dès qu’on arrive, il range le Taser », explique Jihane El Messaoudi, collaboratrice parlementaire du député. Elle aussi était au restaurant avant que l’intervention la pousse à sortir de table.

« J’étais absolument choqué de l’attitude du policier », se souvient Aly Diouara qui demande à voir le numéro d’identification de ce dernier et de ses collègues. En vain. « L’ensemble des policiers n’avaient pas de matricule sur eux, alors que c’est obligatoire, ni de caméra-piéton ». Pour rappel, chaque compagnie de la police nationale est obligée d’embarquer une caméra-piéton lorsqu’ils sont sur le terrain. Celle-ci peut être allumée ou éteinte.

Selon la préfecture de police, le pistolet à impulsion électrique (PIE) a effectivement été sorti par l’un des fonctionnaires « ne sachant pas à quoi s’attendre » en voyant le député mettre la main dans sa poche. Le PIE a « immédiatement » été rangé lorsqu’Aly Diouara « a ressorti sa main et présenté une carte qui s’est avérée être une carte de député de La France insoumise », affirme la préfecture.

« Ça va gazer »

Alors que l’ambiance s’échauffe, des passants s’arrêtent et certains commencent à enregistrer des vidéos. « Quand ils ont vu que les gens venaient avec leurs téléphones, le policier qui était en face de moi a dit à son collègue ‘calme toi, calme-toi, ça filme’. »

« Il y avait énormément de tensions », se souvient Jihane El Messaoudi. Selon Léo, une dizaine de personnes sont agglutinées autour de lui et son ami. Pour calmer les choses, l’un des fonctionnaires évoque l’utilisation d’une gazeuse de dispersion, rangée dans la portière du véhicule de police. « Il a dit à son collègue ‘appelle Sacha, ça va gazer’. Sacha, c’est celui qui pilotait la voiture. Et après, il a fait un appel radio pour dire à son collègue de venir. Mais son collègue il est venu, il voulait juste calmer les tensions. Lui, il voulait gazer tout le monde et partir », ajoute Léo.

L’adjointe au maire de La Courneuve, Betty Saint-Ubert, assiste aussi à la scène. Elle nie avoir injurié les forces de l’ordre, mais ces derniers affirment le contraire. Elle est alors interpellée pour outrage à personne dépositaire de l’autorité publique. L’élue est placée en garde à vue au commissariat de Bobigny peu avant 14h avant d’être transférée aux Lilas puis finalement libérée à 20h. « C’est une interpellation arbitraire, une garde à vue sans fondement », dénonce-t-elle.

Le préfet soutien les fonctionnaires

« Ces dérives ne sont pas isolées », s’est affligé le député insoumis dans un communiqué. Il y qualifie la situation « d’une gravité extrême illustrant des pratiques policières manifestement contraires aux principes fondamentaux de l’État de droit et aux exigences légales qui encadrent l’action des forces de l’ordre ». Si aucune plainte n’a encore été déposée, il entend engager par la voix de son avocat « toutes les actions nécessaires afin que toute la lumière soit faite sur ces événements et que les responsabilités soient établies ».

À son tour, le préfet de police de Paris, Laurent Nunez, a apporté son soutien aux fonctionnaires « qui n’ont fait qu’accomplir leur mission, dans le cadre des lois de la République », s’est-il fendu sur X.

Léo de son côté ne compte pas déposer de plainte. Le jeune homme espère laisser cette histoire derrière lui. « Nous, on devait juste aller chercher à manger et rentrer chez moi. Au final ça nous a pris une heure pour une chose qu’on devait faire en 15 minutes », résume-t-il.

*Le prénom a été changé.



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