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« Un acte de courage politique »

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Un conseil municipal sans vote. La chose n’est pas commune mais c’est bien ce qui s’est passé pour cette première séance de l’année, à La Roche-sur-Yon, mardi 28 janvier 2025.

Chose rare, les élus examinaient un seul et unique dossier : le rapport d’orientation budgétaire (qui ne requiert pas de vote). Avec un retard de trois mois par rapport à la normale.

Pour l’occasion, la majorité avait préparé une mise en scène aux allures de meeting, avec une heure de prises de paroles successives des adjoints avant l’ouverture du débat avec l’opposition.

Stéphane Ibarra (conseiller municipal de gauche) y a vu le « besoin impérial de se justifier » et de faire le « service après-vente » de la politique menée.

+ 3 points sur le foncier bâti

Car lors de cette soirée, le maire a annoncé une augmentation « de trois points » des taux de la taxe foncière (sur le foncier bâti et sur les résidences secondaires).

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Des taux d’imposition locaux qui n’avaient pas bougé depuis 24 ans.

« Une décision difficile mais essentielle pour garantir l’avenir de notre ville », a-t-il souligné.

Revenant ainsi sur sa promesse de campagne de ne pas toucher aux impôts locaux, Luc Bouard a expliqué son choix par le contexte « d’incertitudes législatives » dans lequel « les moyens aux collectivités ne sont pas garantis » et par l’inflation « qui continue de peser » sur les dépenses.

L’ajustement des taux de la taxe foncière s’est imposé comme une nécessité pour pallier l’absence des marges de manœuvre supplémentaires. 

Luc Bouard, maire de La Roche-sur-Yon

Récupérer 2,7 M€

Luc Bouard a aussi évoqué « le manque de dynamisme national » sur les bases.

« Nos recettes fiscales progressent à un rythme insuffisant par rapport à nos dépenses », a martelé le premier édile, qui voit dans cette hausse des impôts « le seul levier » pour continuer de mener « une politique volontariste et ambitieuse ».

Avec cette hausse qui s’appliquera dès 2026, si le budget est adopté, la municipalité espère récupérer 2,7 millions d’euros de recettes.

« Il s’agit d’un acte de courage politique », a martelé le maire de La Roche-sur-Yon, qui a rappelé au passage le montant de 129 millions d’euros d’investissements réalisés sur ce mandat.

« C’est la folie des grandeurs ! »

Dans l’opposition, c’est Martine Chantecaille qui a ouvert le feu, pointant la promesse non-tenue.

« Cette remise en cause de la parole publique nuit à la crédibilité » des élus, a regretté l’opposante.

La situation actuelle est liée à vos propres choix, ceux d’investissements dans des opérations fastueuses, inutiles, souvent mal gérées. En résumé : c’est la folie des grandeurs ! 

Martine Chantecaille, élue de l’opposition à La Roche-sur-Yon

L’élue de gauche (Engageons-nous) a surtout insisté sur ce choix « qui pèsera sur le pouvoir d’achat des ménages ».

« Non, ce n’est pas courageux ! »

« Quand on a recours au levier fiscal, c’est une forme d’échec de notre capacité à gérer », a pointé Stéphane Ibarra.

Pour devoir augmenter les impôts la dernière année du mandat, « c’est-à-dire juste avant l’élection municipale, c’est que vous devez y être bien contraint », a-t-il commenté.

Les leviers de la dette et de l’impôt, c’est la facilité. Non, ce n’est pas courageux.

Stéphane Ibarra, conseiller municipal d’opposition

« Les choses courageuses, c’est de limiter la dépense ! »

Et de s’inquiéter du manque de précision du rapport d’orientations budgétaires.

Pour l’opposition, c’est « le palais municipal » – l’hôtel de Ville et d’agglomération – qui accapare toutes les ressources de la Ville.

Ce projet est devenu le symbole d’un gouffre financier et d’une gestion hasardeuse des derniers publics.

Romain Bossis (Engageons-nous), conseiller municipal d’opposition

« Quand on consacre 30 M€ sur un projet de prestige, on réduit forcément les autres », citant les infrastructures scolaires, les équipements sportifs, la transition écologique ou encore les services publics et le monde associatif.

« Nous vous demandons de réorienter vos investissements vers des projets réellement utiles aux habitants », a conclu Romain Bossis.

« Investir, c’est préparer l’avenir »

« J’ai rarement entendu un tel tissu de mensonges ! » s’est emporté Luc Bouard avant de laisser répondre ses adjoints.

Malik Abdallah a précisé que « les 30 millions d’euros, c’est la ligne qui concerne tous les bâtiments administratifs » et pas seulement l’Hôtel de ville et d’agglomération. « Nous avons rénové le patrimoine. »

Ajoutant que cette hausse d’impôt, « on s’en serait bien tous passé » et que la Ville doit faire face à des dépenses de fonctionnement amplifiées, sans en être responsable (inflation ou masse salariale).

Sylvie Durand a défendu « l’investissement sans précédent » de la Ville, malgré les crises successives.

« Investir c’est préparer l’avenir, renforcer l’attractivité et la qualité de vie des habitants », a martelé l’adjointe aux finances.

Pour le projet de l’ex-mairie, s’il avait fallu assurer les réparations nécessaires, le coût aurait été beaucoup plus élevé.

Sylvie Durand, adjointe aux finances

Anne-Aubin Sicard, première adjointe, a cité les villes dirigées par la gauche, qui ont fait ce même choix d’augmenter les impôts ces dernières années (Nantes, Paris, Nancy, Orveau, Rezé).

« Le choix que l’on fait ce soir n’est pas un choix que l’on fait de gaieté de cœur » a-t-elle glissé.

Quant à Malik Abdallah, il a rappelé « la situation exceptionnelle » dans laquelle se trouve le pays politiquement et budgétairement. Ce qui est rassurant a-t-il dit, c’est que « ce débat, toutes les collectivités l’ont en ce moment et que l’opposition soit la gauche ou de droite, à chaque fois, les arguments sont les mêmes ».

« Oui, c’est vrai je ne tiens pas ma promesse… »

Pas de quoi convaincre Nicolas Hélary qui a critiqué de nouveau les choix budgétaires de la majorité :

Vous pouvez tourner le problème dans tous les sens, quand en 2025, 50 % de l’investissement va sur le palais municipal, […] c’est de l’argent qui manque pour ce qui serait nécessaire pour l’ensemble des Yonnais.

Nicolas Hélary, conseiller municipal d’opposition

Et de rappeler que, selon la Cour régionale des comptes, la collectivité n’est pas au niveau en termes de stratégie bas carbone.

Le maire s’est gardé le mot de la fin.

« Oui, c’est vrai, je ne tiens pas ma promesse et je le regrette […] a reconnu Luc Bouard, expliquant qu’il ne pouvait pas prévoir l’imprévisible.

J’ai fait cette promesse avec mon cœur, avec les éléments que j’avais à ce moment-là, et en toute sincérité.

Luc Bouard, maire de La Roche-sur-Yon

Si le budget est voté le mois prochain, la taxe d’habitation sur les résidences secondaires (THRS) passera de 23,85 % à 25,52 % et la taxe foncière sur le bâti (TFPB) de 42,69 % à 45,69 %, à La Roche-sur-Yon.



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