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« tout le monde savait mais personne n’est responsable »

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Le procès de l’intoxication au plomb des ouvriers du château de Versailles, c’est un peu comme un pull en laine neuf. À même la peau, il gratte. Il en est de même des déclarations des différents prévenus qui tentent depuis deux jours de se justifier face aux juges. Les interrogatoires du mardi 11 février 2025 n’ont pas dérogé à cette constante. En résumé : tout le monde savait qu’il y avait du plomb, mais personne n’est responsable.
Ce procès, c’est aussi celui d’un certain manque d’humanité. On l’annonçait très technique. La promesse est tenue. Le déroulé des débats ravirait les amateurs d’acronymes et autres rouages administratifs pour mettre en route la machine des travaux. Machine d’autant plus complexe à lancer qu’on parle ici de l’Opéra royal, un monument historique classé et ultra-protégé.
Presque immobiles, si ce n’est sidérés, les ouvriers pour certains intoxiqués à 7 fois le taux maximal ont patiemment écouté les responsables du tout tenter pour se dédouaner. À commencer par le représentant de l’Opic, l’Opérateur du patrimoine et projets immobiliers de la culture. Comme ceux qui vont succéder à la barre, il commence son propos par « un profond respect pour les victimes de cet accident. » L’architecte en chef des monuments historiques ira jusqu’à cette phrase : « Un chantier est une aventure humaine, pas un endroit où mettre en jeu la vie d’autrui. Aucun monument ne mérite la vie d’un homme. » Mais après ?

« Le reste, ce n’était pas mon métier »

Après, il y a cette forme de fuite qui insupporte les victimes. « J’ai toujours déclaré qu’il y avait du plomb au château. Il est omniprésent. Pas besoin d’être un grand devin pour le savoir », soutient l’un des six prévenus. « Les informations techniques ont été données », assure un autre. « Le plan général de coordination était suffisamment complet pour permettre aux entreprises de prendre les mesures. L’Opic a rempli ses obligations d’information. Et on ne nous a demandé aucun élément complémentaire. » Et le suivant d’embrayer :

« Moi, je n’ai pas eu l’occasion de voir les ouvriers en activité. On avait une réunion de chantier le vendredi après-midi, dans une salle. Mon travail était de répondre à des questions techniques. Vérifier si le travail était bien fait ou mal fait. Le reste, ce n’était pas mon métier. Et j’avais déjà une journée bien chargée… »

« C’était secondaire »

Questionné sur le manque de professionnalisme du chantier, l’architecte en chef va botter en touche. « Vous n’avez pas vu qu’il n’y avait aucune protection collective ? Pas de douche. Pas de lieu pour se changer. Pas de benne pour évacuer les déchets au plomb. Pas de masque spécifique », énumère la présidente de l’audience.

Réponse de l’intéressé : « J’ai délégué à un collaborateur libéral. Je ne suis pas venu sur le chantier, sauf au démarrage et à la fin. Vous savez, j’ai 25 chantiers ouverts en même temps… Et vraiment, je n’ai découvert l’affaire que lorsqu’elle a éclaté. » L’homme poursuit dans sa logique.

« Aujourd’hui, le problème du plomb est un réflexe. Mais à l’époque, on n’avait juste conscience qu’il existait un risque. Compte tenu de l’importance du chantier, le plomb, c’était secondaire. Bon, le mot est mal choisi. Mais je veux dire qu’il y avait beaucoup à faire. Et puis, le souci est né de leur folie du ponçage ! »

L’architecte en chef des monuments historiques
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A l’écouter les ouvriers auraient donc trop joué de la ponceuse à bande.

« Qui vérifiait ? »

Un des assesseurs interrompt les débats, visiblement agacé. « Depuis hier, on parle de gratter, poncer, raboter. À l’initiative de chacun. Bon… On entend aussi des professionnels qui ne vont pas sur le terrain. Qui délèguent. Tout le monde connaît le problème, mais personne n’est responsable. Personne ne vérifie que le prestataire ultime fait ce pour quoi il est payé. Ma question est simple : qui vérifiait ? » Réponse de l’architecte délégué : « Je n’étais pas là. »

Le prestataire ultime justement. L’entreprise qui a employé les ouvriers, spécialisée dans les monuments historiques, a aussi trouvé le moyen de refiler la patate chaude. « Je ne savais pas s’il y avait du plomb ou pas sur ce chantier. Et où. Le chantier avait déjà commencé quand je suis arrivé. II n’y avait pas d’installations collectives évoluées… », soutient son patron. En d’autres termes, ce sont les autres corps de métier qui n’auraient pas fait leur travail.

Si le procès a pris un peu de retard, la procureure de la République devrait tout de même prendre ses réquisitions ce mercredi 12 février. La défense prendra ensuite la parole pour des plaidoiries qui s’annoncent très longues.



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