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son deuil dégénère en menaces contre le maire de Sotteville-lès-Rouen



Il y a des audiences plus légères que d’autres au tribunal judiciaire. C’était un peu le cas ce lundi 24 février 2025 à Rouen (Seine-Maritime) pour une histoire qui mêle pourtant alcool, chat et menaces de mort contre un élu. Mais, celle-ci s’est « bien » terminée pour tout le monde. En témoigne ce remerciement rare et sincère de la défense à la partie opposée à la fin des débats. Mais, ce n’était pas gagné. Récit.

« Un membre de ma famille est mort »

L’histoire au final assez triste commence dans la nuit du 2 au 3 janvier 2025 quand Adrien*, 32 ans, boit beaucoup trop. Il est accablé par le chagrin. Alors, il envoie une multitude des messages d’insulte et des menaces de mort, via Facebook, à l’encontre du maire de sa commune, Sotteville-lès-Rouen, Alexis Ragache. Pêle-mêle : « un membre de ma famille est mort, tu en paieras le prix » ; « prépare ton service de sécurité » ; « des dizaines de fois qu’on vous a prévenu que des guignols roulaient trop vite ». La présidente évoque une très longue liste de menaces.

En réalité, Adrien reproche à son maire un supposé laxisme par rapport à la vitesse de certains automobilistes dans cette ville de la rive gauche rouennaise. Et pour cause, un être cher est mort, écrasé, récemment. Son chat.

« Pour moi, les animaux, c’est le plus important. J’ai grandi dans une ferme. […] Ce chat, je l’ai accouché », lance Adrien devant le tribunal, en larmes. Il a du mal à reprendre son souffle tant il est emporté par l’émotion. « Ça fait trois ans que je suis dans une affaire au Conseil de Prud’hommes, ça a été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase », rembobine-t-il devant la présidente, pour expliquer sa sensibilité.

« Mon petit chat est mort ce soir-là »

Il raconte : « Ça faisait des mois qu’on appelait la mairie de Sotteville [à cause de la vitesse des automobilistes]. Mon petit chat est mort ce soir-là. Dans la colère, comme un idiot, je me suis mis sous alcool. Mais ça n’excuse en rien mes propos envers le maire de Sotteville. »

La mairie était représentée à l’audience. « Le maire ne souhaite pas se constituer partie civile et ne demande pas de dommages et intérêts. Il demande que vous puissiez faire preuve de clémence », indique la représentante en direction de la présidente. Les larmes redoublent sur les joues d’Adrien, manifestement touché par cette intervention de la collectivité.

Mais il faut dire aussi que le dossier va dans le sens de la rédemption pour le Sottevillais. Après sa garde à vue le weekend, il est parti directement, de lui-même, le lundi matin à l’hôpital Saint-Julien pour soigner son addiction à l’alcool. Il a aussi présenté ses excuses à Alexis Ragache.

« Facebook ça ne rend pas intelligent »

Le procureur recentre tout de même le débat. « Ce type d’atteinte à l’encontre d’un élu, c’est quelque chose d’inacceptable. Les poursuites doivent être incontournables. D’autant que les menaces envers les maires tendent à se multiplier, ils sont les exutoires de tous les maux de notre société et de toute la faiblesse de nos concitoyens. » Et de rappeler que « quand une pauvre bête se fait écraser, il n’y a pas de menace de mort envers un élu ».

« Facebook, ça ne rend pas intelligent tout le monde », conclut finalement le procureur qui demande une centaine d’heures de TIG (travaux d’intérêts généraux) pour ce jeune homme qui comparaissait pour la première fois devant la justice.

« Sa meilleure avocate, c’est sa conjointe »

Du côté de la défense, on insiste sur la sensibilité d’Adrien et tout son parcours de soins entrepris pour calmer son addiction à l’alcool. « Il s’effondre devant vous pour évoquer son chat, il est très fragile », note-t-elle. Avant de rajouter pour insister sur sa bonne foi que « sa meilleure avocate, c’est sa conjointe qui a fait une attestation pour lui. Sans elle, tout s’effondre. […] Il se noie dans sa dépression, mais il a des bouées. Sa famille, ses parents se tiennent prêts ». Les larmes d’Adrien retombent en torrent. « Je crois que ça va lui mettre un coup de pied aux fesses », rajoute l’avocate qui estime que les réquisitions du parquet sont « justes ».

« Des travaux d’intérêt général, ça a du sens, il pourrait aider une collectivité. » Et pourquoi pas celle de Sotteville d’ailleurs ? « Je suis paysagiste, je veux fonder ma pépinière », ajoute Adrien qui se tient déjà prêt à mettre des coups de pelle dans les jardins municipaux. Et ça tombe bien, car le tribunal a suivi les réquisitions du procureur et a condamné le jeune Sottevillais à 105 heures de TIG, à effectuer dans l’année.

*prénom modifié

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