« Le sentiment d’insécurité gagne. » La déclaration est de Luc Bouard. Le maire de La Roche-sur-Yon l’a prononcée lors de ses vœux dans une vidéo publiée sur YouTube.
Apostrophé régulièrement par les Yonnais sur cette problématique, l’édile a décidé d’en faire une priorité pour 2025. « Parce qu’il n’y a pas de sentiment d’insécurité sans insécurité. »
Pourtant, les chiffres de la délinquance sont stables (3 475 faits en 2024, 3 460 faits en 2023), voire en recul pour la délinquance sur la voie publique.
« Il faut prendre ces données avec des pincettes. On peut avoir des variations importantes d’une année à l’autre », nuance Lionel Vançon, directeur départemental de la police nationale. « La Roche-sur-Yon se situe dans la moyenne des villes de même taille, avec une délinquance classique. Ça ne veut pas dire que c’est acceptable. »
Sentiment d’insécurité réel ou fictif
La crainte des jeunes femmes qui traversent la place Napoléon à la nuit tombée est bien réelle. Tout comme l’angoisse du chef d’entreprise qui redoute le cambriolage dans les zones d’activités. Idem pour la personne âgée qui craint de passer devant un point de deal pour aller faire ses courses.
« Que le sentiment d’insécurité soit réel ou fictif importe peu, ce qu’il faut prendre en compte, c’est la perception que la population s’en fait », tranche le commissaire. « La lutte contre ce sentiment d’insécurité doit être notre boussole. »
Sur ce point, « il n’y a pas l’épaisseur d’une feuille de papier à cigarette » entre le maire et le patron du commissariat de la rue Delille. « Ça fonctionne très bien entre nous. On travaille en étroite collaboration avec les élus. » Avec l’idée « de rendre la vie des malfaiteurs la plus impossible possible », comme l’a formulé le maire lors de ses vœux.
« Harcèlement des points de deal »
Cette nouvelle donne s’est concrétisée lors de l’opération place nette en février 2024, avec l’éradication du point de deal du centre commercial de la Garenne. Suivi peu de temps après, par la suppression du point de vente du quartier Jean-Yole. Des opérations qui ont mis un coup de frein au trafic de stupéfiants (en hausse de 8 % en 2024) dans la ville préfecture.
Les policiers ne comptent pas s’arrêter là. « On va mener une politique de harcèlement des points de deal », promet le commissaire. « On ne laissera personne s’installer sur des chaises de camping pour vendre des stupéfiants sur la voie publique. Dès qu’on identifiera un point de deal, on s’y attaquera. »
Même traitement pour les consommateurs dont les amendes forfaitaires délictuelles ont progressé de 13 %.
« Le stup, c’est l’infraction du ruissellement »
Pour étoffer son arsenal répressif, la police a créé une brigade anti-stupéfiants en septembre 2024, avec trois officiers de police judiciaire affecté à plein temps à la lutte contre le trafic de drogue. Les enquêteurs travaillent sous l’autorité du parquet.
« L’entente avec la procureure est excellente », assure le policier. « On veille à sortir des procédures de qualité pour pouvoir présenter les interpellés devant les juges. » En espérant que cela débouche par la suite sur la case prison.
« Le stup, c’est l’infraction type du ruissellement. Du trafic installé découle des vols avec violence, des vols à la roulotte, des cambriolages, des règlements de compte, des infractions routières… Le stup est d’abord un problème de santé publique qui entraîne une multitude d’autres problèmes. »
Deux nouvelles brigades et des caméras
Dans sa lutte, la police nationale sait pouvoir compter sur la mairie. 20 policiers municipaux et huit agents de surveillance de la voie publique sillonnent la ville. Sans oublier les neuf médiateurs sociaux, les sept éducateurs et l’assistante juridique d’aide aux victimes installée au commissariat qui participent au « continuum de sécurité ».
Les effectifs vont être renforcés prochainement par deux brigades cynophiles. « Le recrutement est lancé », a indiqué Luc Bouard. « Les chiens sont extrêmement efficaces pour calmer les ardeurs de ceux qui veulent en découdre. »
Un temps envisagée, la création d’une brigade à cheval a finalement été abandonnée. La Ville a préféré concentrer ses efforts sur la brigade nocturne, avec un équipage en patrouille jusqu’à 22 h, voire 23 h, en fonction des évènements en semaine ou durant le week-end.
Ces rondes seront complétées par l’installation de quatorze nouvelles caméras de vidéosurveillance en 2025, qui viendront s’ajouter aux 142 objectifs déjà braqués sur la ville. « Un outil performant qui nous aide à élucider des affaires », assure le commissaire Vançon. Comme lors du cambriolage d’un magasin de la rue Clemenceau, « résolu en deux jours grâce à la vidéoprotection », relate Luc Bouard.
Analyser la délinquance
La technologie sera couplée au renforcement des patrouilles. « Pour optimiser notre présence sur la voie publique, il faut identifier tout ce qui nous retient dans les bureaux », insiste Lionel Vançon. « Pour être efficace sur le terrain, nous devons avoir une connaissance fine de la délinquance pour identifier les bons endroits et les bons moments », précise le patron du commissariat, obligé aussi de composer avec les moyens alloués par l’État.
« C’est important que la population voit leur police faire respecter la loi. » Notamment aux abords de la gare ou dans les quartiers prioritaires de la politique de la ville (Jean-Yole, Pyramides, Liberté, Zola, Vigne-aux-Roses). « Des quartiers intégrés à la vie de la cité, où il y a encore des commerces et des gens heureux d’y vivre. Nous ne devons pas les abandonner. On veillera à y être encore plus présent. »
Les deux polices bientôt sous le même toit
Symbole de la bonne entente entre la police municipale et la police nationale, la Ville, la préfecture et le ministère de l’Intérieur sont en train d’étudier la possibilité de créer un nouveau commissariat qui réunirait les deux polices sous le même toit. Le futur bâtiment devrait être construit sur le parking entre la préfecture et l’actuel commissariat de la rue Delille. « On est en train de s’accorder sur la portabilité de l’opération, les analyses financières et budgétaires, avec l’aval du ministère de l’Intérieur », a confirmé le préfet Gérard Gavory.
Reste à savoir qui de l’État ou de la mairie paiera la plus grosse part. « J’espère qu’on trouvera un accord très vite. » Comme aux Sables-d’Olonne où va être érigé un nouveau commissariat à côté du siège de la police municipale. Avec la mairie, maître d’ouvrage de l’opération.
L’annonce d’un nouveau commissariat yonnais réjouit le commissaire Vançon, « à l’étroit » dans des locaux jugés « vétustes » par la préfecture. Même enthousiasme du côté de Luc Bouard qui se voit déjà créer un centre de supervision urbain, avec une salle équipée d’écrans affichant en direct les images filmées par les caméras de vidéosurveillance de la ville. « Mais attention, si le bâtiment sera commun, les deux polices seront bien séparées », insiste le préfet.
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