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Sabri El Bechir, un soldat pour la Tunisie


Le rugby tend à se faire une place en Afrique du Nord. À l’ombre du mastodonte sud-africain, certaines nations émergent aux yeux de la planète rugby. C’est le cas de la Tunisie, l’une des plus anciennes fédérations de rugby en Afrique. Sabri El Bechir fait partie de ces binationaux qui choisissent de représenter leur pays d’origine. L’opportunité pour lui de conter à Actu Rugby ses premières capes avec les Aigles de Carthage. 

Sabri El Bechir et la Tunisie : le hasard fait bien les choses

Alors qu’il se rend à l’entraînement dans le Tarn-et-Garonne, Sabri discute avec ses coéquipiers de l’Avenir Valencien, Reda Benlabad et Salem Khanfous. « Au fait Salem, tu sais que Sabri est Tunisien ? Tu n’aimerais pas le brancher avec la sélection ? » Sans le savoir, Reda vient de changer la vie de Sabri. Salem Khanfous, 32 ans, alors international avec la Tunisie met en relation Sabri et le sélectionneur.

« Mes premières fois avec la sélection, on fait deux matchs amicaux face à l’Ouganda qui est en groupe A. Même si on perd, j’ai senti qu’il y avait quelque chose à faire avec ce groupe. Avant ces matchs, cela faisait cinq ans que la sélection ne s’était pas rassemblée. C’est encourageant, car on sait qu’il y a encore beaucoup de joueurs éligibles, ne serait-ce qu’en France, qui pourraient nous renforcer à des postes importants », explique Sabri.

Bilel Taïeb, Erwan Dridi, ou encore Ryan Chapuis, des figures bien connues de l’élite française, pourraient en effet venir garnir les rangs des Aigles de Carthage.

« Quand tu joues pour une sélection, ça transcende les mecs »

Si Sabri est un habitué des joutes disputées du championnat de Nationale 2 avec son club de Valence d’Agen, il affirme qu’aucune ressemblance n’est possible avec les matchs internationaux.

« Jouer pour son pays, c’est une grande fierté. Pour moi, ça signifie énormément de choses, je joue en la mémoire de mon père et de mon grand-père. De façon générale, on a tous une attache importante avec la sélection, dès que ton hymne résonne cela te transcende. Et cela se sent dans le jeu, quand tu joues pour une sélection, c’est la guerre, les joueurs donnent tout pour leurs pays. Pour la sélection, je suis prêt à tout. Ce n’est pas vraiment comparable avec notre championnat », déclare-t-il.

Auteur d’un doublé en demi-finale d’ascension du groupe B, Sabri se remémore ce jour comme si c’était le plus beau de sa vie. « Marquer un essai pour la sélection, c’est fou, d’autant plus quand c’est un match important. On vit des moments forts avec la sélection, sur le terrain, mais aussi en dehors », se remémore-t-il comme s’il y était. 

Habitué au confort que le niveau semi-pro lui offre, Sabri déclare ne pas sentir le gouffre qu’il pourrait y avoir avec cette sélection de la Tunisie.

« C’est l’une des plus vielles sélections d’Afrique. Quand on se déplace, tous les frais sont pris en charge et on est plutôt bien accueillis. Même si un jour, on s’est retrouvés à dormir sur des lits d’internat. On devait aller se doucher au stade, ce n’était pas le top, mais franchement cela fait partie de l’aventure. Quand tu passes 10 jours dans des conditions un peu compliquées, un peu à l’arrache, et qu’au final, tu vas jouer avec ces mecs qui n’ont pas lâché pour autant, c’est un surplus de motivation, cela soude l’équipe », sourit Sabri.

La Tunisie, un prétendant sérieux du rugby africain

La Tunisie possède son propre championnat de rugby. Créé en 1971, il compte 6 équipes. Et même si elle n’est pas tout à fait établie et structurée, cette compétition regorge de jeunes talents d’après Sabri.

« Les joueurs de ce championnat sont très impliqués. Quand tu parles aux jeunes qui y jouent, ils veulent tous venir en France pour jouer au rugby. Il y en a beaucoup en sélection, sur le paquet d’avant lors du dernier rassemblement, seul Salem (Khanfous) et moi sommes nés en France », nous dit-il.

« La majeure partie des joueurs sont recrutés dans les clubs français. Il y a même des mecs qui ont joué pro. Sabri Gmir par exemple, a débuté le rugby en Tunisie et a participé à la remontée de Béziers en Pro D2, il a même terminé meilleur marqueur du championnat », s’enthousiasme-t-il.

Remise de maillot pour la première de Sabri El Bechir avec la Tunisie. (©Actu Rugby)

Un lointain rêve de Mondial

Mais la Tunisie peine, encore, à attirer des joueurs professionnels dans son effectif. Peut-être par manque de moyens, même si Sabri avoue ne pas sentir un manque d’investissement des instances vis-à-vis de la sélection.

« On n’est pas les plus mal lotis, même si c’est sûr qu’il y a des choses à améliorer. On reste une sélection en plein développement, mais nos stages se passent très bien et toutes les dépenses sont prises en charge par la fédération. Nous avons des moyens à la hauteur de nos objectifs, réinstaller la Tunisie dans le groupe A et aller chercher des qualifications en Coupe du monde. Sur le long terme, tout le monde rêve de faire une Coupe du monde. Il faut y croire et tout mettre en œuvre pour réaliser cet objectif, c’est comme cela qu’on va progresser », conclut Sabri. 

D’ici quelques semaines, la Tunisie se rendra en Ouganda pour deux matchs amicaux, dans la capitale du pays. Et Sabri sera fidèle au rendez-vous.



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