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Roubaix. Deux septuagénaires logeaient des réfugiés dans des logements insalubres

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Âgés de 77 et 78 ans, ils ont hébergé pendant quatre ans des familles étrangères et dans le besoin, dans des logements insalubres à Roubaix (Nord). Ils encourent dix ans de prison. Ils ont été jugés au début du mois de mars devant le tribunal de Lille. Détails.

Cafards, rats et moisissures : des réfugiés logés dans l’insalubrité pendant quatre ans

Au tribunal de Lille, un couple de septuagénaires a été jugé le 6 mars pour mise en danger d’autrui avec risque immédiat de mort ou d’infirmité et soumission de plusieurs personnes vulnérables ou dépendantes à des conditions d’hébergement indignes. Entre 2018 et 2022, ils ont hébergé des familles étrangères et dans le besoin, dans des logements déclarés insalubres par la préfecture, à Roubaix. Cafards, rats ou encore câbles électriques apparents : c’est ce que dénoncent les nombreuses victimes, composées d’une dizaine d’enfants mineurs.

Le 11 mai 2022, le service communal d’hygiène de la ville de Roubaix signale au procureur de la République, l’état insalubre de deux immeubles collectifs. “Des câbles électriques qui courent partout, des dégâts des eaux non traités ou encore des rampes d’escaliers détériorées” : c’est ce qu’a observé le service d’hygiène lors de visites, les mois précédant le signalement. Différentes plaintes de la CAF et du voisinage ont également permis d’ouvrir une enquête afin de retrouver les propriétaires.

Il s’agit d’un homme âgé de 78 ans et de sa femme, 77 ans. Sans tenir compte de la réglementation et dans “des conditions mettant en péril la santé voire la vie”, ils ont logé entre 2018 et 2022 “plusieurs locataires d’origine étrangère en situation de vulnérabilité et de dépendance économique apparente”. Parmi les victimes figurent ainsi “deux familles d’origine syrienne et une famille d’origine roumaine, dont une dizaine d’enfants mineurs”. La plupart ne parlait pas français.

Au tribunal de Lille, les victimes, toutes relogées depuis, témoignent de leurs anciennes conditions de vie. Certaines familles dénoncent la présence de cafards et de rats dans leur logement. D’autres n’avaient pas de chauffage ou s’exposaient à des infiltrations dues à une une forte humidité. “Il s’en foutait, tout ce qu’il voulait c’était son argent. Il a ignoré nos demandes pour faire des travaux et on a installé des sanitaires nous-mêmes dans l’appartement”, accuse le père de famille roumain.

Ce dernier, et une autre locataire espagnole, soupçonnent également le propriétaire de 78 ans d’avoir volontairement coupé l’eau et l’électricité “pour les forcer à partir”, lorsqu’il voulait vendre l’immeuble en novembre 2021. En effet, depuis 2009, des arrêtés préfectoraux sont régulièrement déposés pointant du doigt l’insalubrité des logements. Un incendie s’est également déclaré en janvier 2022, la présidente du tribunal se pose alors des questions : “Aurait-il mis le feu lui-même pour éviter d’autres soucis et escroquer l’assurance ?”

La décision finale attendue le 20 mars 

Pourtant, d’autres locataires affirment n’avoir eu aucun problème et soulignent le caractère charitable du septuagénaire. “Il nous a beaucoup aidé. On payait ce qu’on pouvait et il nous ramenait à manger et à boire”, confie l’une des familles syriennes. Consciente de l’insalubrité du logement, la mère de famille avoue tout de même qu’ils n’avaient “pas le choix” à cause de leur “mauvaise situation”.

“J’ai honte d’être devant vous à mon âge”, admet le prévenu au tribunal de Lille. Le septuagénaire reconnaît ne pas avoir fait d’état des lieux et d’avoir faussé les baux. En effet, la plupart des contrats ne possédaient ni signature ni durée précise de location. Plus encore, certains locataires n’en possédaient pas du tout. “C’était dans le but de les aider. Je ne pouvais pas leur refuser un hébergement, je me mettais à leur place”, se défend-il. Le prévenu se veut sincère : “Je les considérais comme mes enfants, mes petits-enfants.” Sceptique, la présidente raille : “Vous logeriez vos enfants dans ces conditions ?”

L’homme de 78 ans nie en revanche la plupart des faits d’insalubrité : “J’ai toujours fait les travaux qu’on me demandait de faire. Je leur demande de dire la vérité.” Selon lui, rien n’est de sa faute : “Ils sont nombreux, les enfants dégradent.” Des explications qui ne convainquent pas le tribunal : “Les locataires se suspendent aux câbles électriques ?”, ironise la présidente. Pour ces faits, le couple de septuagénaires encourt dix ans de prison et la confiscation de leurs immeubles à Roubaix. La décision sera rendue le 20 mars prochain.

Zoé Hondt



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