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Qui était Emmanuel Giard, ce septuagénaire retrouvé mort chez lui à Geffosses ?

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Emmanuel Giard, dit « le gros Manu ».

Dans la soirée du jeudi 20 mars 2025, le corps sans vie de cet habitant de Geffosses (Manche), une commune de quelques centaines d’habitants située entre Pirou et Gouville-sur-Mer, a été découvert après un signalement par les sapeurs-pompiers, à son domicile.

Le retraité, âgé de 77 ans, était loin d’être un inconnu vivant reclus. Au volant de sa petite Renault Modus immatriculée en Seine-et-Marne, il sillonnait les routes de son village et des villes voisines chaque jour. Son visage, sa citadine et son verbe, haut, étaient bien identifiés.


Une impasse : La Févrerie

Geffosses, 500 habitants, commune du littoral de la côte ouest tournée vers les terres. Au centre, un bourg et ses quelques commerces. Autour, plusieurs hameaux dispersés au milieu des champs. Emmanuel Giard habitait l’un d’entre eux, le lieu-dit La Févrerie, une impasse, au numéro 6.

Le lieu-dit La Févrerie, à Geffosses (Manche), est une impasse. ©Ludivine LANIEPCE

Sa maison en pierre, tout en longueur, est désormais barrée par une rubalise jaune de la gendarmerie qui y interdit l’accès. Contre la façade, côté route, un rosier a été consciencieusement tuteuré contre la maison.

Une boîte aux lettres porte deux noms : celui d’Emmanuel et de É.. Un panneau rappelle qu’il s’agit d’une propriété privée et que les conducteurs sont priés « de ne pas manœuvrer », un autre signale : « Attention au chien ». Mais de chien, il n’y a plus depuis de longs mois déjà.

Du portail blanc, on aperçoit la cour intérieure de la propriété, dont les pièces de vie sont orientées vers le sud-ouest.

Mais aussi un jardin entretenu, la statue d’un dalmatien devant un homme et une cloche surmontée du nom d’une célèbre bière irlandaise. De cette cloche part un fil de fer qui file vers le portail. Le visiteur doit tirer et attendre ici.

Au numéro 6 du hameau La Févrerie, la maison où vivait Emmanuel Giard, à Geffosses (Manche).
Au numéro 6 du hameau La Févrerie, la maison où vivait Emmanuel Giard, à Geffosses (Manche). ©Ludivine LANIEPCE

Sur la droite, retour côté route, un hangar et ses trois garages : du matériel de jardinage dans le premier, du bois dans le deuxième et la Renault et un bric-à-brac dans le troisième. La Févrerie est un hameau isolé, qui plus est en cul-de-sac, composé d’une poignée de maisons seulement.

Le maire de Geffosses Michel Neveu confirme ce qui saute aux yeux comme une évidence sur les lieux : pour venir ici, il fallait y chercher ou y connaître quelqu’un. Et si quelqu’un y passait, il y a fort à parier qu’il soit lui-même vu.

« C’était une force de la nature »

Emmanuel Giard est d’ici. Né en 1948, il est devenu un grand et gros gaillard dont les anciens du village racontent aux nouvelles générations qu’il pouvait, dans sa jeunesse, « soulever une balle de foin d’une main » et « faire tomber un arbre à la scie ».

C’était une force de la nature. Il était encore en forme, même si on le voyait parfois marcher avec une canne désormais. Mais il était encore costaud. Avec ses grandes paluches, il avait encore de l’allonge !

Un voisin, qui le voyait et échangeait deux mots avec lui tous les jours

Emmanuel Giard s’est beaucoup occupé de sa grand-mère et de sa mère. Sacristain vingt ans durant, il était un fervent catholique. Entre 2010 et 2018, le Geffossais avait d’ailleurs sollicité La Presse de la Manche à plusieurs reprises pour se plaindre de problèmes de réception de la TNT à son domicile.

« Déjà que l’on n’a pas de curé, pestait-il en 2018 dans nos colonnes, on ne peut même plus regarder la messe à la télé ! » Emmanuel Giard, resté vieux garçon, a passé sa vie ici. « Il a fait un peu de fromage, un peu de bûcheronnage… », décrit le maire.

Famille d’accueil

Entrepreneur individuel, ses activités pouvaient s’apparenter à celle d’un ouvrier agricole. Mais sa fonction la plus connue était celle de famille d’accueil.

Il a assisté ses aïeux quand ils étaient âgés puis il a été famille d’accueil.

Michel Neveu

Au moment de sa disparition, il vivait d’ailleurs encore sous le même toit que É., un homme d’une cinquantaine d’années souffrant d’un léger handicap mental et physique sur qui il veillait depuis près de 25 ans. Le soir de la découverte du corps de son hôte, É., qui est incapable de vivre seul, a été pris en charge par les secours.

Selon nos informations, il n’aurait rien à voir avec la mort d’Emmanuel Giard. « Il est hors circuit, confirme une source proche de l’enquête. Et il n’était pas blessé. » A-t-il seulement eu conscience de ce qui se jouait à quelques mètres de lui ?

Un septuagénaire franc, bavard, curieux et sociable

Un voisin du numéro 6 abonde : « C’est garanti qu’il n’y est pour rien. Il marchait avec un déambulateur depuis janvier après une chute. Il n’avait pas un sou de méchanceté ou de violence. Il arrivait à peine à soulever une bûche. »

Ce même voisin, qui a assisté dans la nuit de jeudi à vendredi au ballet des sapeurs-pompiers, de la gendarmerie et de la police scientifique en blouse blanche « comme à la télé », gardera le souvenir d’un septuagénaire franc, bavard, curieux et sociable.

Il racontait beaucoup d’histoires de l’ancien temps, il ressassait souvent les mêmes d’ailleurs. S’il passait quatre fois devant chez moi dans la journée, il s’arrêtait quatre fois pour discuter. Il fallait même des barrières, sinon il pouvait être un peu envahissant. Il disait merde s’il fallait dire merde à quelqu’un. Il sortait tous les jours pour faire ses courses, tondre sa pelouse, bouiner ou regarder la télé. Une vie de retraité pépère, quoi. Il voyait du monde. Il n’était pas seul ni renfermé sur lui. Je l’ai aperçu jeudi matin. La dernière fois que je lui ai parlé, c’était le samedi d’avant. Il était comme d’habitude. S’il s’était senti menacé ou s’il avait eu peur, il me l’aurait dit.

Un voisin

Car Emmanuel Giard parlait beaucoup, comme de la vente en viager de sa longère dont il ne faisait pas de mystère. Depuis une dizaine d’années, Emmanuel Giard s’était pourtant renfrogné.

« Les choses ont commencé à dégénérer quand sa mère est décédée », indique une de ses connaissances.

Là, il a commencé à jouer au casino, mais je crois que ça n’a pas trop duré. Il était surtout devenu hyper médisant sur tout le monde. Il était devenu acariâtre, dans le conflit, dans la surenchère et l’animosité, ce qui fait que les gens avaient tendance à l’éviter. Mais lui, il voulait toujours discuter ! Il pouvait faire ses courses dans quatre commerces différents pour trouver des gens avec qui parler. Bref, on s’était dits qu’un jour, il y aurait bien un coup de poing qui partirait et, pour expliquer ce qui a pu lui arriver, je pencherais pour un meurtrier de proximité.

Une de ses connaissances

Au hameau de La Févrerie, si tranquille jusqu’ici malgré les quelques mots d’Emmanuel Giard contre tel ou tel voisin, on regarde désormais sa maison d’un air interrogateur.

« On a besoin d’avoir une explication pour continuer à pouvoir vivre ici sereinement, glisse un voisin. Quand on a vu les premiers pompiers dans la nuit, on s’est dits que le gros Manu – c’était son surnom – viendrait dès le lendemain matin nous raconter ce qu’il s’était passé. »

Une enquête ouverte

Mais « le gros Manu » n’est jamais venu. Le samedi 22 mars, le procureur de la République de Coutances a indiqué que les enquêteurs avaient affaire à un « acte volontaire » et qu’une « enquête de flagrance » était ouverte « sur la base d’un homicide volontaire ».

Un homme est en garde à vue. Il se serait rendu de lui-même aux forces de l’ordre pour leur annoncer… qu’ils feraient une macabre découverte à Geffosses.



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