Le rugby français a le vent en poupe. Outre le XV de France, France U20 a aussi remporté le Tournoi des 6 Nations 2025. Les Bleuets ont bénéficié d’un scénario favorable, mais pas que. Collectivement, quelque chose s’est créé sous la houlette du staff mené par Cédric Laborde. Justement, le sélectionneur de France U20 s’est posé auprès d’Actu Rugby pour faire le bilan du Tournoi, nous donner sa révélation, et évoquer la prochaine Coupe du monde, organisée en Italie du 29 juin au 19 juillet 2025.
Le bilan du Tournoi
Actu : Avec quelques jours de recul, quel mot utiliseriez-vous pour résumer ce Tournoi 2025 et le titre décroché ?
Cédric Laborde : Question très dure ! Il y avait d’abord l’objectif de construction d’une équipe, d’un projet, du staff. Tout était neuf. Le défi était de gagner le Tournoi, même si c’était ambitieux avec 3 déplacements. Nous avons essayé de travailler sur la maîtrise, l’identité du groupe, et je pense que nous avons plutôt bien réussi. Nous avons tenté aussi de faire éclore des leaders et de leur donner des responsabilités sur les matchs. Cela a bien évolué.
En toute honnêteté, à l’aube de cette dernière journée du Tournoi, avec 3 points de retard sur l’Angleterre, pensiez-vous remporter la compétition ?
C.L : Oui, nous y croyons. Je m’explique. À la fin du match contre le pays de Galles (gagné 63-19), nous étions surpris de l’ampleur du score car ça ne représentait pas du tout le rapport de force qu’il y avait eu pendant le match. Beaucoup de choses nous avaient réussis, alors que nous avions été pris dans les contacts et les phases de ruck. Il a fallu cravacher pour s’imposer. Et au contraire, après le match contre l’Angleterre (perdu 27-10), nous estimions le match moins difficile. Rien n’a été en notre faveur sur ce match, que ce soit les rebonds, les conditions météo ou quelques décisions arbitrales. Sincèrement, après cette rencontre, nous nous étions dit que les Gallois étaient capables de battre les Anglais lors de la dernière journée.
Le meilleur match de votre Tournoi ?
C.L : L’Italie (gagné 5-58) ! Nous avons fait un très, très bon match. La semaine de préparation avait été excellente, nous avons été très efficaces offensivement, nous les avons pris sur le rythme. Et à la fin du match, nous avions reconnu que le score était ample, que cette équipe d’Italie n’était pas si mauvaise que cela et qu’elle allait sérieusement embêter l’Angleterre. Nous n’avions pas tort : à la 78e, il y avait 28-24 au score avant que l’Angleterre ne s’impose au final 33-24. Et, petite anecdote au passage…
On vous écoute.
C.L : Nous travaillons lors du dernier entraînement de la semaine sur un scénario particulier. Et celui de la veille du match contre l’Ecosse, c’était : « nous venons d’apprendre que le pays de Galles vient de battre l’Angleterre. Il reste 2 minutes, et il faut aller chercher le 4e essai ». Presque prémonitoire. On s’amuse toujours à trouver un scénario. Comme quoi, cette victoire finale dans le Tournoi, nous l’avions dans un coin de notre tête.
Les relations clubs/France U20
Vous avez utilisé 41 joueurs durant ce Tournoi : il avait vocation de laboratoire en vue de la Coupe du monde, ou est-ce dû à des aléas particuliers ?
C.L : Il y avait une stratégie de constitution d’équipe au fil du Tournoi. Cela tenait compte du temps de jeu des mecs de Top 14 et Pro D2. Nous avions aussi une philosophie : quand des joueurs étaient remplaçants ou hors groupe sur un match, nous les alignons la rencontre d’après. Ils connaissaient tous le projet, nous avions pris le temps de les intégrer, et ça nous a permis d’avoir des performances collectives très stables. Nous n’avons pas été épargnés en parallèle par les blessures, notamment aux postes de n°8 et n°9. Heureusement, ce poste de n°9 est très fourni, notamment chez les 2006.
Les aléas, c’est aussi les clubs qui bloquent certains éléments car il y avait le Top 14 et la Pro D2 en même temps. L’an passé, Sébastien Calvet avait admis que cela avait été dur pour lui de faire face à cela. Vous, quelles ont été les relations avec les clubs sur cette édition 2025 ?
C.L : Cela s’est plutôt très bien passé pour ma part. Nous avions anticipé pas mal de choses durant le suivi de la saison. Cela nous a permis de construire progressivement l’équipe. Après, il y a eu les cas particuliers de blessure en club, et ça s’est toujours fait en bonne entente. Cela nous a permis à chaque fois de voir des joueurs qui méritaient d’y être : cela ne s’est jamais fait par défaut. La petite condition qu’il y avait, c’est que les joueurs participent à un minimum de matchs pour préparer la Coupe du monde.
Les joueurs
Jon Echegaray a disputé les deux derniers matchs. C’est un joueur que vous pensiez intégrer dès le début de la compétition, ou vous l’avez appelé après avoir été séduit par ces récents coups d’éclat avec son club de Bordeaux-Bègles ?
C.L : Jon, je le connais très bien puisque je l’avais eu en France U18. L’an dernier, il a eu beaucoup de blessures. Cette saison, il a débuté par une nouvelle blessure. Jon figurait dans notre liste de suivi pour ce Tournoi. Nous attendions juste qu’il reprenne la compétition. Pour info, lorsque le Tournoi a commencé, il ne comptait qu’un seul match en Espoirs. Et puis, il y a eu des blessés en première avec l’UBB, il a joué, bien joué, et nous avons alors échangé avec Yannick Bru. Nous ne pouvions pas le faire reprendre directement par un match international, même si on connaît ses grosses qualités.
41 joueurs alignés, ça permet de constater la richesse du vivier français pour la suite, et notamment la Coupe du monde. Mais avez-vous pu aligner ce que vous pourriez considérer comme votre équipe-type durant ce 6 Nations 2025 ?
C.L : Oui, c’est vrai, nous avons un effectif pléthorique, et c’est une chance. Dans 2-3 mois, nous ne sommes pas certains que certains joueurs ne seront pas blessés. Nous avons fait tourner, et donner de l’expérience à tout un groupe, large. Quand on prend l’exemple des Anglais, ils ont aligné très souvent les mêmes, étaient prêts très tôt dans ce Tournoi, pensant probablement que la compétition serait gagnée s’ils réussissaient l’enchaînement Irlande-France d’entrée. Mais leur marge de progression n’a pas été énorme. Et ils se sont peut-être essoufflés dans cette compétition homogène, particulière et surprenante. Je l’ai découvert ce Tournoi U20, et il n’est pas simple à cerner.
Parmi les 41 joueurs utilisés, un seul a disputé les 5 matchs, c’est le talonneur de Montpellier Lyam Akrab. Il a inscrit en plus 7 essais. Que regard portez-vous sur lui ?
C.L : Lyam, il a apporté beaucoup d’énergie dans l’équipe. Montpellier n’avait pas forcément besoin de lui sur la période, et notre idée était de lui donner les rênes de l’équipe. Il a pris l’équipe en main, pas dans un rôle de capitaine, mais dans l’émotion et l’investissement. Les autres talonneurs que nous avions, c’était aussi des 2006.
Qui vous la plus bluffé au sein de ces 41 ?
C.L : Je n’en découvrais quasiment aucun car je les connaissais tous des U18 déjà. Mais Mohamed Megherbi a fait de gros efforts pour se mettre au rythme et il a fait de grosses performances avec les Espoirs de Toulouse. Nous voulions lui donner le maximum de temps de jeu, et il a vraiment répondu présent sur l’ensemble des matchs. C’est une belle découverte. Il a perdu du poids sur les dernières années. Il est très déterminé, il prend soin des autres, il met de la vie dans le groupe. Il est venu sur la pointe des pieds, il a pris tout ce qu’il avait à prendre et il s’est imposé.
La Coupe du monde 2025 en Italie
Cédric, êtes-vous prêt à affronter le sérieux casse-tête qui se présente à vous pour la Coupe du monde pour former votre groupe de 30 joueurs ? Derrière, notamment, vous avez pléthore de talents avec les Mousques, Pacome, Echegaray, Belaubre, Taccola, Vignères, Brau-Boirie, Cowie, Daunivucu…
C.L : (Il rigole). Ce sera une bonne migraine. Nous avons essayé de donner du temps de jeu à chacun, notamment au centre, car nous savions que nous avions pas mal de solutions. Cowie et Taccola ont aussi été alignés à l’aile. Cela nous permet d’avoir des idées pour le Mondial.
Vous avez hérité d’une poule pour le Mondial où vous affronterez dans l’ordre l’Espagne, le pays de Galles, puis l’Argentine lors du dernier match. Votre regard ?
C.L : Les Gallois sont toujours très bien préparés pour le Mondial, et ils ont pris de la confiance avec ce Tournoi où ils battent l’Angleterre. L’Argentine, ce sera une surprise. Nous allons essayer de récupérer des vidéos les concernant. L’Espagne, ce sera le premier match, et il est toujours très délicat. C’est un groupe que l’on devra prendre très au sérieux.
D’avoir gagné ce 6 Nations, est-ce que cela vous octroie l’étiquette de favori pour le Mondial ?
C.L : Oui. Il ne faut pas s’en cacher et avoir peur de le dire. Nous serons parmi les favoris. Après,nous irons en Italie tranquillement, nous ferons le Mondial étape par étape, comme ce que nous avons fait jusqu’à présent, et nous verrons jusqu’où nous irons. En tout cas, j’ai beaucoup d’impatience d’y être, nous avons un groupe très sympa, les joueurs sont de vrais compétiteurs, ils aiment les défis, et tout le monde se tire vers le haut.
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