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quatre passeurs condamnés à Dieppe

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Vendredi 14 mars 2025, c’est avec un bien mauvais jeu de dupes que quatre passeurs de migrants ont été jugés et condamnés par le tribunal correctionnel de Dieppe (Seine-Maritime). Les quatre compères d’infortunes étaient jugés pour avoir participé de près ou de loin à l’organisation de sept tentatives de passages de migrants vers l’Angleterre depuis Dieppe ou les plages voisines de la ville. Sept tentatives pour 130 migrants « jetés à la mer » sur des embarcations beaucoup trop petites et sans aucun gilet de sauvetage digne de ce nom, répartis entre le 15 novembre 2024 et le 16 janvier 2025.

Quatre prévenus, quatre lignes de défense différentes

Les quatre hommes, tous syriens, âgés de 30 à 33 ans, ont passé plus de quatre heures à nier les faits. Pour leur défense, tous ont employé la même stratégie : celle de se créer un personnage n’ayant eu aucun rôle dans la triste affaire pour laquelle ils étaient jugés.

Il y a d’abord celui qu’il conviendra d’appeler « Le touriste ». C’est clairement le gros poisson de l’affaire. Son téléphone borne à sept reprises à proximité des lieux de départ présumés des tentatives de passage. Il a été vu au volant d’un Volkswagen Touran tractant un bateau semi-rigide, très prisé par les passeurs. Il vit habituellement au Luxembourg où il a un métier à temps partiel.

Que faisait-il alors au bord de la plage de Puys le 15 novembre, alors que deux migrants prenaient la mer sur un bateau semblable à celui qu’il tractait quelques jours plus tôt ? « Je devais rejoindre un ami en Espagne.

Le 27 décembre 2024, une vingtaine de migrants ont été récupérés au large de Dieppe (Seine-Maritime). Quatre passeurs impliqués dans leur tentative de passage ont été condamnés à de la prison ferme. ©Archives/Les Informations Dieppoises/V.W

Un détour… de 200 kilomètres

Sur la route, il m’a appelé pour me dire qu’il ne pourrait pas me voir, que je devais trouver un lieu touristique où attendre de ses nouvelles, j’ai juste fait un petit détour. » Un petit détour… de près de 200 kilomètres. Le 15 novembre, il admet avoir vu les migrants prendre la mer. « Mais c’était une coïncidence si j’étais là. » Pour les autres faits, il a aussi une explication simple. « C’est mon GPS qui m’a envoyé là, je ne sais pas pourquoi. »

La présidente goûte assez peu les explications du touriste. D’autant plus que ce dernier persiste et signe quand on lui demande ce qu’il a fait du bateau. « J’ai acheté le bateau en hiver parce qu’on m’a dit que c’était moins cher durant cette saison. Le but, c’était d’aller à la pêche. »

À la pêche, le deuxième protagoniste de l’histoire n’a pas eu le temps de s’y rendre. Âgé de 30 ans ; lui a décidé de jouer la carte du « Migrant en détresse ». Il est jugé pour avoir participé aux tentatives de passage entre le 27 décembre 2024 et le 16 janvier 2025. Il a été d’abord contrôlé le 27 décembre. Ce jour-là, il donne une fausse identité « car il n’a rien qui prouve la vraie » se défend-il à la barre. Son rêve, rejoindre l’Angleterre.

« J’avais besoin de reprendre des forces »

Le 27 décembre, il se voit remettre une obligation à quitter le territoire français et on le retrouve quelques semaines plus tard au volant d’un véhicule accompagné de passeurs présumés. « Si vous vouliez passer en Angleterre, pourquoi vous retournez en Allemagne au lendemain de votre interpellation plutôt que de tenter de rester ? » demande le substitut du procureur. « J’étais malade, j’avais besoin de reprendre des forces » répond le prévenu.

« Vous savez que jamais nous n’avons vu dans aucun dossier des migrants prendre le volant des véhicules des passeurs ? » poursuit le représentant du ministère public. « Là, ils m’ont laissé le volant » assure le migrant présumé.

Vient le tour du troisième larron. Le 16 janvier, il est interpellé au niveau de la plage de Puys au volant d’une BMW alors que 48 migrants viennent de tenter de prendre la mer. Lui, n’est que « le Mécanicien ». Il arrive d’Allemagne où il vit dans un camp de réfugiés. Il survit en réparant des véhicules.

Il traverse l’Europe pour réparer un embrayage

Ce jour-là, un ami l’a appelé lui signalant un embrayage en panne sur son BMW. Visiblement serviable, le mécanicien prend la route et rejoint son ami sur la Côte d’Albâtre. Il répare la voiture prend 200 € en liquide pour refaire le plein et décide de l’essayer sur les coups de quatre heures du matin près du camp de César.

Coïncidence, des migrants tentent de prendre la mer à ce moment-là. Pas de chance, les policiers l’interpellent. « Je suis venu de Syrie par la mer. J’ai failli mourir, jamais je ne ferai ça à d’autres personnes » affirme-t-il. Dans son aventure mécanique, il a emmené un ami, le dernier protagoniste de l’affaire, « le voyageur ».

« Je connais le mécanicien depuis longtemps. Il m’a dit qu’il devait partir en France pour réparer une voiture, je l’ai suivi. Ça faisait trois mois que j’étais en Allemagne, je voulais découvrir l’Europe. » Il a été interpellé le 16 janvier, en même temps que son ami.

Des « réponses ridicules »

Autant d’explications que la présidente a jugé « loufoques » rétablis en « bizarres » afin d’aider l’interprète à traduire le terme aux quatre prévenus. Du côté du ministère public, le substitut du procureur a surtout tenu à rappeler que les quatre hommes ont joué un bien mauvais rôle dans une sinistre pièce de théâtre.

« Sur cette période, ce sont 130 personnes qui ont été jetées à la mer sur des bateaux de fortune avec des moteurs défectueux. » Il a également insisté sur le côté ubuesque des réponses des prévenus.

« Le seul moment où nous avons de la sincérité dans ce dossier, c’est quand nous nous sommes intéressés à leur personnalité. Le niveau de ridicule des réponses des prévenus est au même niveau que la finesse de l’organisation du réseau. »

De la prison ferme

Il demande des peines de prison ferme pour tous avec maintien en détention ainsi qu’une interdiction définitive du territoire français. Des réquisitions que va suivre le tribunal condamnant le touriste à sept ans de prison, le migrant esseulé à cinq and de prison ainsi que le mécanicien et le voyageur à trois ans de prison ferme.

À leur sortie, les quatre hommes auront interdiction de revenir sur le territoire français.



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