Parmi les centaines de parties civiles au procès de Joël Le Scouarnec, l’un des plus grandes affaires de pédocriminalité en France, qui s’est ouvert lundi 24 février 2025 à Vannes (Morbihan), se trouvent plusieurs habitants de Paris et sa petite couronne. Ils étaient mineurs au moment des faits, perpétrés entre 1989 et 2014 dans des hôpitaux de l’Ouest, et font partie des 299 victimes du chirurgien.
Les enquêteurs ont retrouvé leur trace en lisant les journaux intimes de l’accusé âgé aujourd’hui de 74 ans. Nous avons modifié leur prénom et volontairement coupé des extraits les concernant dans ces écrits.
« La plus jolie des petites filles que j’ai jamais vues »
Anne – qui habite aujourd’hui Sceaux (Hauts-de-Seine) – était en effet « sans doute la plus jolie des petites filles que j’ai jamais vues », avait écrit l’ancien chirurgien dans son journal intime de l’année 2000. Il l’avait croisée alors qu’elle habitait encore Arzon (Morbihan) et qu’elle avait été opérée d’une appendicite à la clinique du Sacré-Cœur de Vannes.
Cette « gamine » de 12 ans avait « de longs cheveux blonds très épais et de ravissants yeux clairs », s’émerveillait l’accusé. « De plus, elle a un charmant sourire avec des dents d’un blanc éclatant. » Sa « petite culotte agrémentée de fleurs rose pastel » avait aussi marqué le pédocriminel : après une première rencontre avec elle dans son bureau, il s’était donc « masturbé » et avait enregistré « les meilleurs moments » d’une émission pornographique.
Lui pensait au même moment à la « petite Anne en m’imaginant lui caresser les cheveux pendant qu’elle [l]’aurait sucé », détaillait le chirurgien.
« Uniquement des fantasmes »
Dès le lendemain, cette fois-ci au bloc opératoire, le médecin avait « contemplé » le corps de la fillette. « Malheureusement pas seule » le surlendemain, l’adolescente l’avait été quatre jours plus tard quand il s’était introduit cette fois-ci « dans sa chambre » d’hôpital. « Je n’ai pas osé lui faire écarter les cuisses pour la toucher… et je crois que j’ai bien fait », avait-il alors commenté.
Ce n’est qu’une semaine plus tard, à la sixième occasion de rencontre avec cette femme âgée aujourd’hui de 37 ans, qu’il avait eu « l’agréable surprise » de constater qu’elle était « seule » : il avait alors pu « écarter quelques instants son orifice vaginal » en « prétextant de savoir si elle avait toujours des brûlures en faisant pipi ». Ces écrits lui avaient donc valu d’être mis en examen pour « agressions sexuelles commis sur mineur de 15 ans ».
Pour sa défense, Joël Le Scouarnec avait pourtant assuré s’être « complu dans la contemplation de son sexe de petite fille », mais n’avoir commis « aucun geste d’attouchement ou de contact ». « Interrogé sur le fait qu’il décrivait avoir caressé son ventre, ses poils pubiens ou ses seins, il répondait qu’il pouvait s’agir de la retranscription, faite avec une connotation sexuelle, d’un simple examen clinique, résumait la juge d’instruction dans son ordonnance de mise en accusation. Il s’agissait donc, selon lui, uniquement de fantasmes. »
La victime, elle, se souvenait que son père s’était « disputé avec le chirurgien » à l’époque et elle avait « reconnu » Joël Le Scouarnec sur le tapissage photo que lui avaient présenté les gendarmes. « Si elle ne se remémorait aucun geste déplacé de la part du médecin, elle se rappelait néanmoins qu’elle ne voulait plus dormir seule durant son hospitalisation, mais sans savoir pourquoi », avait relevé la juge d’instruction.
« Le type de petite fille dont je tombe amoureux »
Joël Le Scouarnec s’en était aussi pris à Jeanne*, une fillette âgée à l’époque de 9 ans et qui vivait à Rédéné (Finistère), quand lui-même travaillait à l’hôpital de Quimperlé (Finistère).
Âgée désormais de 29 ans, cette habitante d’Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis) avait à l’époque été confiée à une assistante familiale par les services sociaux. La révélation des faits a d’ailleurs « réactivé la souffrance provoquée par les gestes incestueux de son frère qu’elle n’avait jamais pu dénoncer », avait souligné la juge d’instruction dans son ordonnance de mise en accusation (OMA) de Joël Le Scouarnec.
La plaignante s’est donc constituée partie civile : elle a toujours en tête « une vision où elle se revoyait dans une chambre d’hôpital », avec « un buste sur la droite et « une main sur ses parties intimes, dans sa culotte ». « Elle disait avoir beaucoup pleuré pour qu’on ne la laisse pas seule« , avait souligné la juge d’instruction. « Elle avait évoqué son souvenir avec le gendarme avant même qu’il ne lui lise les écrits de Joël Le Scouarnec qui correspondaient. »
Dans son répertoire informatique intitulé « Vulvette », le chirurgien se souvenait en effet de cette petite fille « maigrichonne », « avec la poitrine encore toute plate », mais « belle comme un Cœur » dont il avait eu « l’immense bonheur de découvrir la petite fente avant que l’infirmière ne me rejoigne ».
« Tu es le type même de petite fille impubère dont je tombe amoureux », avait écrit Joël Le Scouarnec.
Pendant son sommeil
L’accusé avait aussi consigné, dans son répertoire informatique intitulé « Quéquette », qu’il avait « profité » en 1991 qu’Olivier « dormait pour sucer sa bite en érection » lors d’une hospitalisation à la clinique de Loches (Indre-et-Loire).
Cet habitant de Châtenay-Malabry (Hauts-de-Seine), qui était âgé de 15 ans au moment des faits décrits par Joël Le Scouarnec, avait aussi « questionné sa mère » et cette dernière n’avait « pas trouvé de mention » d’une telle opération dans son carnet de santé.
Devant les enquêteurs, l’ancien médecin avait assuré n’avoir gardé « aucun souvenir de cette personne ni de ce fait ». « Il précisait que, s’il avait décidé d’écrire à son sujet, il avait certainement dû se passer quelque chose », faisait observer la juge d’instruction dans l’OMA le renvoyant devant la cour criminelle.
« Il ne gardait pas le souvenir d’avoir prodigué une fellation à un adolescent », résumait la magistrate. « Toutefois, si l’occasion s’était présentée, il avait certainement dû à tout le moins lécher son sexe, tout en le traduisant ensuite dans ses écrits comme étant un acte de fellation. »
Les faits les plus anciens reprochés à l’accusé
Une quatrième victime, qui habite à présent dans le 9e arrondissement de Paris, figurait quant à elle dans le répertoire informatique « Vulvette » de Joël Le Scouarnec : Cécile* habitait à l’époque à Chambourg-sur-Indre (Indre-et-Loire) et il lui avait « caressé la vulve et tripoté son clitoris » quand elle avait été hospitalisée en 1986 à la clinique de la Fontaine de Loches (Indre-et-Loire). Les faits commis sur cette femme âgée aujourd’hui de 48 ans sont d’ailleurs parmi les plus anciens reprochés au cours de ce procès à l’accusé.
Mis en examen pour « attentat à la pudeur commis avec violence, contrainte, menace ou surprise », Joël Le Scouarnec disait n’avoir « aucun souvenir de ces faits », même si « ce que j’ai écrit c’est ce que j’ai dû faire ».
La quadragénaire parisienne n’avait non plus « aucun souvenir » de ces attouchements, mais s’est constituée partie civile. « Ces faits sont intégralement prescrits » sur le plan pénal, avait toutefois rappelé la juge d’instruction dans son OMA.
*Le prénom a été changé
/GF (PressPepper)
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