« Quand on se fait passer pour un policier, le problème, c’est qu’à la fin, on ne reconnaît plus les vrais. » La présidente du tribunal de Lille résume bien l’audience du 13 février 2025, à laquelle un homme de 39 ans était jugé pour s’être grimé en policier, dans le but de dépouiller une victime, et pour s’en être pris aux policiers venus l’interpeller plus tard. Il n’aurait pas vu qu’il s’agissait des forces de l’ordre, avance-t-il. Dans la nuit du 21 octobre 2024, lui et un complice avaient ainsi simulé un contrôle de police pour arrêter la conductrice d’un véhicule à Linselles (Nord). Prétextant une vérification, ils en avaient profité pour s’emparer du contenu du coffre : une enveloppe avec 2 000 € d’argent liquide à l’intérieur et plusieurs articles de luxe… qui s’étaient avérés être des contrefaçons. Récit.
Déguisés en policiers, ils mettent la main sur des contrefaçons de grandes marques
Conseillère bancaire le jour, la victime de 23 ans revend le soir des contrefaçons de grandes marques pour arrondir ses fins de mois. Cette activité non déclarée est évidemment illégale. Sur Snapchat, elle partage son catalogue sans jamais dévoiler les adresses précises de ses clients. Une précaution qui n’a pas suffi à éviter ce qui allait suivre.
Le 21 octobre 2024, elle débute sa tournée à 21 h environ. Vers une heure du matin, elle vient de livrer une cliente près de Linselles. La vente se déroule devant la maison située dans un cul-de-sac, entouré de champs. C’est à ce moment-là que la victime voit un SUV noir, qui ressemble à une voiture de police, passer dans la rue. À l’intérieur se trouvent deux hommes qui vont d’ailleurs la saluer. Les prenant pour de vrais agents, elle repart avec sa voiture sans s’inquiéter, mais les choses se compliquent.
Elle comprend trop tard que son coffre est vide
La victime remonte la rue et voit les signaux lumineux s’activer sur le SUV. À l’intérieur, les deux hommes lui font signe de s’arrêter. La jeune femme s’exécute et se gare sur le côté. Pendant le contrôle, elle commence à douter lorsque l’homme lui demande les papiers de l’assurance. En effet, depuis le 1ᵉʳ avril 2024, cette étape s’effectue directement via le numéro d’immatriculation.
Pendant ce temps, le complice s’occupe de vérifier l’arrière du véhicule et la questionne sur les affaires de luxe. Il parle dans un talkie-walkie et, prétextant devoir procéder à des vérifications, lui et son complice retournent à leur voiture. Un long moment d’attente s’écoule. La victime comprend, trop tard, qu’elle s’est fait avoir : son coffre a été vidé de toute la marchandise contrefaite, en plus de la recette de ses ventes, environ 2000 € dans une enveloppe.
Après avoir appelé le 17, la police lui confirme qu’aucun contrôle n’a été recensé dans les environs et qu’il s’agissait sûrement de faux agents. Une fois la plainte déposée au commissariat de Tourcoing, une enquête est ouverte pour essayer de retrouver les auteurs du vol. La vidéosurveillance permet de déterminer que le fameux SUV noir suivait la victime depuis sa première transaction, ce soir du 21 octobre 2024.
Après analyse de la plaque, les enquêteurs parviennent à faire le lien avec une entreprise de location, qui va leur transmettre le permis du locataire du véhicule.
Intervention du RAID en pleine nuit
Le permis révèle le nom d’un homme condamné plusieurs fois par la justice pour des infractions comme vol aggravé, refus d’obtempérer ou encore violences avec usage d’une arme. Pour cette raison, la police et le RAID l’interpellent en pleine nuit à son domicile en décembre 2024. Le prévenu de 39 ans utilise alors une bombe lacrymogène, ce qui a considérablement compliqué son interpellation. À l’audience, il expliquera ne pas avoir compris sur le moment qu’il s’agissait de policiers. C’est pour ça qu’il aurait fait usage de la bombe lacrymo, après, dit-il, le traumatisme de plusieurs cambriolages et de tirs sur la façade de son domicile.
Après son interpellation, d’autres éléments sont à charge : son permis, obtenu en Grèce, serait un faux, puis un gilet pare-balles, des brassards de police et une balise GPS sont saisis à son domicile et dans un local qu’il partage avec son ex-compagne.
Devant le tribunal, le prévenu nie en tout cas la falsification de son permis de conduire et explique que ses affaires de police sont des cadeaux d’un ami, qui travaillerait justement dans le secteur policier. Il reconnaît cependant le vol infligé à la jeune femme et s’en excuse. Il aurait capté la première transaction au McDonald’s de Mouscron (Belgique) en compagnie de son complice, qu’il refuse d’incriminer.
Intrigués, tous deux auraient décidé de la suivre « par curiosité ». Ils ont alors saisi l’opportunité de la contrôler pour voler la marchandise dans le coffre de sa voiture.
14 mois de prison
Pour cet enchainement de délits, pour le moins rocambolesque, la procureure requiert 4 ans de prison contre le prévenu, accusé de vol, de violences sur agent (lors de l’intervention du RAID) et d’usage de faux documents. Elle s’interroge, comme la victime, sur la possible utilisation d’un traqueur pour suivre son véhicule. Une hypothèse balayée par l’avocat de la défense, qui s’insurge : « Soit vous jugez avec votre imagination, soit vous jugez avec ce que vous avez. »
Il rappelle notamment que la balise retrouvée chez le prévenu n’a pas servi depuis avril 2024. Pour l’usage d’un faux permis de conduire, il fustige un « rapport, que j’appellerais plutôt un document, qui n’a même pas été réalisé par un expert ». Pour lui, seule l’accusation de vol tient la route, et pour la question des violences sur agent, aucun membre du RAID ou de la police n’a été entendu.
Le tribunal condamne le trentenaire à 14 mois de prison, avec possibilité d’aménagement de peine, pour vol. Il est relaxé pour les autres chefs d’accusation, à cause du manque de preuves. Il devra cependant verser 1 800 € à la victime à titre de dédommagement.. Son complice, lui, n’est toujours pas démasqué à ce jour.
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