Alertes crues, vigilances inondations, pluies diluviennes. Ces termes reviennent régulièrement dans les médias ou les discussions, et ce n’est pas près de s’arrêter. Un an plus tôt, des inondations spectaculaires ont frappé le Pas-de-Calais et ont propulsé au cœur du débat public l’augmentation de ce type d’aléas, notamment dans les Hauts-de-France. Dans la région, c’est le département du Nord qui est le plus menacé par ce type d’intempéries selon l’Observatoire du Climat.
90 % des communes sont exposées au risque d’inondations. La métropole lilloise n’échappe pas à cette question, car, selon le site Géorisques. gouv, elle est aussi concernée par ce risque. Comme l’explique Élise Debergue, chargée de mission adaptation au changement climatique au Centre Ressource du Développement Durable (Cerdd) : « De nombreuses infrastructures ont été construites dans des zones inondables. » On pourrait alors penser que la question des inondations dans la métropole a toujours existé. Pourtant, si effectivement la Lys et la Deûle ont déjà débordé après des pluies abondantes, les enjeux sont largement différents aujourd’hui. Urbanisation, ruissellement, hausse des températures ou précipitations plus abondantes, du fait de l’activité humaine, de nombreux facteurs ont évolué, entraînant une augmentation considérable du risque d’inondation à Lille et ses alentours.
Augmentation des précipitations dans le Nord
Le facteur le plus évident quand on pense à l’accroissement du risque d’inondation, c’est la hausse des précipitations. Malgré les sécheresses et les vagues de chaleur l’été, l’Observatoire du climat Hauts-de-France/Cerdd, observe une hausse moyenne des précipitations de 19,3 mm par décennie. Il pleut moins régulièrement, mais de manière plus abondante. Élise Debergue relate : « La modification du régime des précipitations n’est pas encore réellement observée, du fait d’une forte variabilité selon les années. On observe tout de même plutôt une tendance à l’augmentation hivernale sur la station de Lille ».
L’urbanisation et le risque de ruissellement
L’urbanisation de la métropole et ses alentours entraîne inévitablement une artificialisation des sols, qui empêche l’eau de s’infiltrer. « Lille est particulièrement vulnérable aux inondations en raison de l’exposition des personnes et des activités : forte densité de population et un aménagement qui a conduit à artificialiser les sols. » Selon la direction régionale de l’alimentation de l’agriculture et de la forêt (DRAAF), le taux d’artificialisation des sols atteint 12 % contre 10 % pour le territoire national. Elle se situe au deuxième rang des régions métropolitaines les plus artificialisées. Ainsi, pour résumer : il pleut plus, l’eau s’infiltre moins, donc le risque d’inondation augmente.
L’augmentation des températures
L’augmentation des températures vient aussi aggraver le risque d’inondation sur le territoire lillois. L’une des principales raisons, on l’a évoqué précédemment, c’est l’impact sur le régime des précipitations, comme l’explique Élise Debergue : « plus l’air est chaud, plus il contient de vapeur d’eau qui peut précipiter. C’est pour ça qu’en hiver elles sont plus intenses. » De plus, l’augmentation des températures, notamment due aux fortes vagues de chaleur l’été, entraîne un assèchement des sols. Comme pour le ruissellement évoqué précédemment, un sol sec est moins perméable, n’absorbe pas correctement l’eau et favorise donc le risque d’inondation.
Le réchauffement climatique, on le sait, touche la planète entière. On pourrait donc penser que Lille est concernée comme n’importe quel autre territoire du pays. Là encore, c’est plus compliqué. La métropole souffre de l’effet îlot de chaleur, qui favorise la hausse des températures localement. Concrètement, ces îlots de chaleur sont des anomalies dans les températures qui seront plus élevées dans les zones urbaines, et particulièrement la nuit. On peut parfois observer une différence de 5 degrés en comparaison avec des zones rurales alentours.
Pour autant, toutes les métropoles ne sont pas égales face à ce phénomène. Élise Debergue relate : « Ce phénomène dépend de la météorologie, de l’urbanisme (couvert minéral ou végétal), de la topographie de la ville mais aussi de sa situation géographique. […] La ville de Lille y est donc fortement confrontée par sa minéralisation excessive, le choix de ses matériaux et des couleurs des revêtements, son manque de végétation, la densité de son bâti et le fait qu’elle soit très peuplée. » En s’appuyant sur les relevés de Météo-France, la température moyenne à Lille a augmenté de 2,3 degrés entre 1955 et 2022.
Quelles initiatives pour limiter le risque d’inondation ?
Face à ce constat, il est intéressant de s’interroger sur les initiatives efficaces pour limiter un risque d’inondation particulièrement élevé sur le territoire. « L’idée est de réapprendre à vivre avec l’eau et de désimperméabiliser au maximum le territoire, pour permettre à l’eau de s’infiltrer dans le sol au lieu d’arriver dans les ouvrages. Il faut désartificialiser le plus possible les terres, même en milieu urbain ». Sur le site du Cerdd, des initiatives sont recensées, notamment dans les Hauts-de-France. À Douai, par exemple, la réinfiltration de l’eau dans le sol est devenue une solution pour répondre aux enjeux écologiques, limiter le risque d’inondation et réduire les coûts d’assainissement. Cette solution est également étudiée par la métropole lilloise dans un rapport de 2024. On peut aussi prendre l’exemple de la ville de Lille qui a décidé depuis 2018 de désimperméabiliser des cours d’écoles après plusieurs vagues de chaleurs.
Source link