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pour soigner le mal, ces maires appliquent des remèdes de cheval

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C’est un mal qui touche près d’un tiers des Français, selon un rapport sénatorial sur les déserts médicaux : peiner à trouver un médecin. Toujours selon cet état des lieux dressé en mars 2022, 11 % des Français n’ont pas de médecin traitant. La situation se complique encore plus à la campagne : dix millions de personnes vivent dans un territoire où l’accès aux soins est de qualité inférieure à celle de la moyenne nationale, dénonce l’Association des maires ruraux de France.

Alors, pour les maires des communes de France, garder leurs médecins ou en faire revenir représente un parcours du combattant. Les rédactions locales de la plateforme actu.fr parlent chaque semaine d’élus qui se démènent pour attirer le docteur attendu comme le messie.

Proposition d’avantages, salariat, recrutement de médecins étrangers, financement d’étudiants en médecine… Nous avons recensé les initiatives de maires qui fonctionnent pour lutter contre la désertification médicale.

🗳 Élections municipales 2026 : un dossier spécial des rédactions d’actu.fr

Cet article fait partie du premier épisode de notre dossier spécial consacré aux défis des maires de France, à l’occasion des élections municipales de mars 2026.

Dans ce premier épisode, « Déserts médicaux : un médecin à tout prix », les rédactions d’actu.fr explorent les solutions mises en place par les élus municipaux pour lutter contre la pénurie de médecins.

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« Des loyers défiant toute concurrence »

Il y a ceux qui n’hésitent pas à sortir le carnet de chèques. En Seine-et-Marne, la Ville de Nanteuil-lès-Meaux a mis les moyens pour attirer des médecins, en construisant des locaux tout neufs. « Sur le papier, c’est facile à dire, toutes les villes ont ça en tête », de l’aveu même du maire, Régis Sarazin. Alors pour faire encore mieux, la municipalité est propriétaire du cabinet médical et loue les locaux aux praticiens « à des prix défiant toute concurrence ». 

Les efforts de la commune, qui rappelle que la santé n’est pourtant pas une compétence municipale, payent : pas moins de huit spécialistes ainsi qu’un médecin généraliste se sont installés. 

Non loin de là, l’intercommunalité du Pays de Montereau s’apprête à racheter les deux cabinets médicaux de son territoire. L’idée est d’aider les médecins libéraux pour qui les frais de bâtiment augmentent à chaque fois qu’un confrère part à la retraite sans être remplacé, sa part incombant aux médecins restants.

Le rachat par la collectivité permet aux médecins d’avoir un loyer inférieur et surtout fixe dans le temps.

Jean-Marie Albouy
président de la communauté de communes du Pays de Montereau (Seine-et-Marne)

Une sécurité financière qui, il l’espère, pourrait également attirer de nouveaux professionnels de santé.

Pour convaincre un médecin de venir s’y installer, l’Île-aux-Moines proposait de nombreux avantages. (©Actu Morbihan)

Un logement, une voiture…

Au rayon des avantages offerts sur un plateau, le maire de l’Île-aux-Moines a sorti le grand jeu. Si sur une carte postale, ce petit bout de terre du Golfe du Morbihan a de quoi faire rêver, il n’en restait pas moins un désert médical au 1er janvier 2024, après le départ à la retraite du Dr Christine Hochard. 

Au-dessus de la maison de santé, nous avons construit un appartement avec deux chambres pour les médecins remplaçants. Avant de s’installer chez soi, le médecin pourra s’y installer à nos frais. On pourra aussi prêter une voiture.

Philippe Le Bérigot
maire de l’Ile-aux-Moines

Vous avez bien lu, un logement et un véhicule de fonction aux frais de la princesse ! Si plusieurs candidats se sont présentés, il a fallu attendre six mois pour que l’île peuplée de 640 habitants (en basse saison) retrouve un médecin.

Citons aussi l’exemple des Sables-d’Olonne, une ville où les médecins ne manquent pas mais qui ne compte pas ses efforts pour les attirer : elle propose aux spécialistes désireux de s’installer une aide de 3 000 euros pour l’achat de matériel médical. Condition originale, ils doivent venir d’un autre département que la Vendée, « par solidarité avec les autres communes vendéennes ».

Le salariat des médecins, une piste qui fait des émules

Pour traiter un symptôme tenace, certaines communes ont pris une décision plus radicale, en salariant des médecins. Il y a dix ans, la commune du Sourn fut la première de Bretagne, et l’une des pionnières en France, à se lancer dans l’aventure.

Depuis, l’initiative a fait des petits dans plusieurs communes du Morbihan, comme le constate La Gazette du Centre-Morbihan. Dernière en date, Naizin-Evellys a sauté le pas : « Je n’étais pas favorable pour le faire, atteste pourtant le maire, Gérard Corrignan. Mais force est de constater que c’est aujourd’hui la meilleure solution pour faire face aux déserts médicaux ». Non pas un, mais deux voire trois médecins vont être recrutés. La commune espère transformer l’essai comme l’ont fait celles de Rohan et Melrand.

En travaillant à plusieurs, avec l’aide d’une secrétaire ou d’une assistante capable d’effectuer certains examens, ces professionnels de santé s’octroient un rythme plus raisonnable que le médecin de campagne d’une autre époque, avec ses journées à rallonge.

Chez les médecins, la génération d’aujourd’hui recherche des conditions de travail moins contraignantes.

Victorien Leman
maire de Rohan
À Melrand, la commune a, elle, décidé de s’unir avec quatre autres communes voisines (SIVU) pour embaucher ses médecins.
La commune de Melrand a décidé de s’unir avec quatre autres communes voisines (SIVU) pour embaucher ses médecins. (©La Gazette du Centre Morbihan)

En Haute-Garonne, le centre municipal de santé de Revel créé il y a trois ans semble convenir à tout le monde. Cette commune elle aussi salarie ses médecins. « Il est important d’offrir à nos administrés la possibilité d’avoir un médecin traitant. Ils étaient 11,7 % à ne pas en avoir en 2021, contre 8,2 % aujourd’hui« , se félicite l’adjoint au maire chargé du soutien aux soignants, Jérôme Garcia. 

Avec l’arrivée d’un deuxième généraliste à temps complet en décembre dernier, les patients pourront déclarer le centre comme « centre médecin traitant ». Et parce que tout le monde est décidément gagnant, ils peuvent consulter sans débourser un centime, le centre municipal pratiquant le tiers payant exclusif, et bénéficier de rendez-vous « de dépannage ».

C’est « une véritable réussite et une grande satisfaction », clame aussi Francis Belluau, le maire de Marolles-les-Braults. Dans la commune sarthoise d’un peu plus de 2000 habitants, le centre municipal de santé vient d’embaucher un quatrième généraliste. Et un agrandissement est prévu en 2025.

À Marolles-les-Braults, tous les habitants ont un médecin traitant alors que plus de 100 000 habitants du département de la Sarthe en sont dépourvus aujourd’hui.

Francis Belluau
maire de Marolles-les-Braults

Reste que salarier des médecins représente un lourd investissement pour ces communes, qui ne parviennent pas toujours à l’équilibre financier en dépit des aides qu’elles reçoivent, notamment des agences régionales de santé (ARS). Les dépenses de fonctionnement (personnel, bâtiment…) sont importantes, les recettes proviennent des consultations encaissées par une régie municipale. Encore faut-il embaucher assez de médecins, et à temps plein. 

À Alençon (Orne), où a ouvert en 2019 le premier centre médical municipal de Normandie, il reste des cabinets vacants et la présence de cinq médecins ne représente finalement que deux équivalents temps plein, ce que dénoncent les praticiens.

Des docteurs venus d’ailleurs

D’autres ont trouvé la solution en élargissant leurs horizons. Voir arriver un médecin étranger n’a plus grand-chose de surprenant dans bon nombre de localités. Dans la communauté de communes Sud Sarthe, il y en a même quatre, tous venus d’Amérique

De g à d : Felipe Fuentes et Alicia Diaz, médecins installés à Mayet, et les frères Vieillepeau, Jean-Paul et Gérald qui exercent désormais ensemble à Yvré-le-Pôlin.
Felipe Fuentes et Alicia Diaz, médecins de Colombie et du Pérou se sont installés à Mayet, tandis que les frères Vieillepeau, du Costa Rica, exercent désormais ensemble à Yvré-le-Pôlin (Sarthe). (©Jimmy Charlot)

Felipe Fuentes et Alicia Diaz, couple dans la vie et respectivement originaires de Colombie et du Pérou, viennent de s’installer en tant que généralistes. L’histoire du troisième nouveau venu, Gérald Vieillepeau, est plus surprenante. Ce franco costaricain est venu rejoindre son frère, lui aussi médecin et installé depuis une décennie dans le village sarthois, où ils ont des attaches familiales. 

Mais pour que les deux frères soient réunis, rien n’a été simple, rapporte Le Petit Courrier. Le maire d’Yvré-le-Pôlin Christian Lelarge, décédé récemment, s’est battu pendant neuf ans. Et pour cause, comme ses confrères sud-américain, le Dr Vieillepeau a dû exercer en Espagne avant d’être autorisé à travailler en France.

Des freins administratifs que connaît bien aussi Christian Derouet, maire de Lonlay-l’Abbaye (Orne), qui est parvenu non sans mal à faire venir de Roumanie le Dr Claudia Hancu. « J’ai dû attendre trois mois avant d’obtenir un rendez-vous pour mon inscription à l’Ordre national des médecins », rapporte cette dernière au Publicateur libre.

Si nous sommes vraiment en situation de désert médical, pourquoi compliquer autant les démarches ? On complexifie plus qu’on ne simplifie !

Christian Derouet
maire de Lonlay-l’Abbaye

Pour recruter ce second médecin, la commune de Lonlay-l’Abbaye avait missionné deux cabinets spécialisés. Il a fallu deux ans et demi d’efforts pour que cette recherche aboutisse. Beaucoup « d’énergie et de stress » d’après le maire, mais « la motivation est l’essence de notre réussite. J’espère que notre succès inspirera d’autres communes dans leur lutte contre la désertification médicale ».

Janvier 2025. Dr Claudia Hancu, son époux, Claudio, avec Christian Derouet, maire de Lonlay-l'Abbaye (Orne) et Jean-Claude Coquio, son adjoint.
Dr Claudia Hancu, son époux, Claudio, avec Christian Derouet, maire de Lonlay-l’Abbaye (Orne) et Jean-Claude Coquio, son adjoint. (©Le Publicateur Libre)

Bien sûr, faire venir des médecins étrangers n’est pas non plus un remède miracle. Il arrive que certains repartent rapidement, comme à Tuffé-Val de la Chéronne (Sarthe), où le départ de la médecin espagnole arrivée il y a seulement trois ans a eu l’effet d’un coup de tonnerre. « Ça nous chamboule, car on voit toute l’énergie que l’on dépense pour ces problèmes »,  constate, amer, le maire Régis Bourneuf. 

Tout miser sur les étudiants en médecine 

Alors peut-être qu’il faut parier sur les médecins en devenir, ceux qui devront choisir un lieu où s’installer à la fin de leurs études. Certaines communes l’ont compris et financent des étudiants en médecine

À Plévenon (Côtes-d’Armor), c’est l’étudiant Léonard Farcy qui a présenté cette initiative à la commune. Âgé de 22 ans à l’époque et inscrit à l’Université Paris-Saclay, il a proposé un marché à Hervé Van Praag et son équipe : si la commune finance ses études en région parisienne, le jeune homme s’engage à exercer comme médecin généraliste pendant au moins cinq ans à Plévenon, qui ne dispose d’aucun généraliste.

Léonard Farcy, étudiant de troisième année de médecine, sera le futur médecin généraliste de Plévenon (Côtes-d'Armor).
Léonard Farcy, étudiant de troisième année de médecine, sera le futur médecin généraliste de Plévenon (Côtes-d’Armor). (©Le Petit Bleu)

J’ai ce projet en tête depuis longtemps. Le cap Fréhel, c’est mon paradis sur terre. C’est là que je veux m’installer.

Leonard Farcy
étudiant en médecine

Cette possibilité est réservée aux collectivités définies comme « fragiles » au regard de leur offre de soins par les agences régionales de santé. Léonard, qui n’était qu’en troisième année d’études (sur dix) au moment du vote du conseil municipal, s’engage à rembourser l’aide mensuelle de 400 euros allouée par la Ville en cas d’échec ou de retrait.

La ville de Montmirail, dans la Marne, a aussi retenu cette option : avec la communauté de communes à laquelle elle appartient, elles ont signé une convention avec Alison Tixier, étudiante en 6e année de médecine. Cette dernière recevra 600 euros de leur part chaque mois, en échange de son installation future dans cette commune, dont elle est originaire. Elle doit aussi y effectuer plusieurs stages.

Confiante dans ce système, la collectivité ne compte pas s’arrêter là, elle recherche d’autres étudiants puisque le besoin de nouveaux praticiens est estimé à « trois ou quatre ».

Un enjeu national, des urgences locales

Si la santé ne fait, en principe, pas partie des attributions des communes (mais des départements, des régions et de l’Etat), on le voit, beaucoup de maires sont prêts à tout pour apporter à leurs concitoyens une offre de soins de qualité, facteur fort d’attractivité des territoires. 

Nul doute que cet enjeu sera au cœur des prochaines élections municipales, en mars 2026.



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