Depuis l’an 2000, c’est toujours la même chose. Vous êtes excités, car vous vous souvenez que ce week-end, c’est 6 Nations ! Alors que vous rêvez déjà de canapé, de chips et de boissons gazeuses, vous vous vous précipitez sur votre programme télé et là, c’est la clim : « ah, c’est contre l’Italie cette semaine ». Oui, pendant longtemps, la Squadra Azzurra faisait autant rêver qu’un canapé Poltronesofà : on vous faisait miroiter de l’authentique artisanat rital, mais au final on sentait le truc en toc confectionné dans un entrepôt quelque part entre Roubaix et Aubervilliers.
Ovale Masqué décape Italie – France
Mais ça c’était avant, à la triste époque des Paul Griffen, Kris Burton et autres Luke McLean. Car maintenant, l’Italie est sexy ! Ange Capuozzo : sexy. Tommaso Menoncello : sexy. Gonzalo Quesada : sexy. Martin Page-Relo : aussi sexy que peut l’être un joueur qui évolue au Lou. Mais on peut dire merci à Jean Abeilhou qui mouille le maillot en le renommant régulièrement Pagerello. C’est vrai que c’est tout de suite plus classe, ça sent l’avant-centre gominé de la Fiorentina.

En 2025, il ne faut plus « respecter ces Italiens ». Il faut les craindre. L’année dernière, on se souvient tous qu’ils auraient pu gagner chez nous. Et même qu’ils auraient dû gagner, s’il ne s’était pas produit le seul phénomène terrestre plus étrange et inexplicable que celui qui permet à François Bayrou de rester premier ministre : une rafale de vent dans un stade fermé. Un an plus tard, Paolo Garbisi a badigeonné son tee de colle uhu et prépare sa revanche.

Alors, on flippe ? Bon on va pas se mentir, en réalité, pas trop non plus. Car deux semaines après une défaite rageante contre l’Angleterre, la France du rugby n’a pas changé : toujours obsédée par son propre nombril. Galthié, Jalibert, Penaud, banc en 7-1, voilà ce qui a tourné en boucle dans tous les médias rugby. On joue contre qui, déjà ? Contre nous-même, principalement. Et finalement, c’est pas plus mal, puisque comme ça on est sûrs de gagner à la fin. 100 % de victoires, voilà ça c’est de la stat qui fait rêver mon Fabien !
Vous l’aurez compris, hier, les Italiens étaient des figurants dans leur propre film. On leur a à peine laissé 30 minutes de temps d’écran, et après les Bleus nous ont offert une de ces démonstrations dont ils sont capables quand ils sont vraiment concentrés, voire même un petit peu énervés. Maintenant, y’a plus qu’à trouver la formule magique pour les maintenir dans cet état toutes les semaines.

Le film du match
Dès le coup d’envoi, on comprend donc que les Français sont venus avec des intentions. Et surtout avec l’intention de casser la gueule de leurs adversaires. Ça tombe bien, c’est en général par là qu’il faut commencer, ce qu’on a peut-être un peu oublié lors de la dernière journée.
Sur la réception du coup d’envoi, les nouveaux venus dans la compo montrent l’exemple : Attissogbé découpe Cannone comme du gabagool dans un épisode des Sopranos, et Mickael Guillard vient gratter un ballon avec férocité.

Dans la foulée, les Bleus monopolisent le ballon sur une longue séquence et pilonnent la ligne italienne. Ces derniers s’en sortent en étant « valeureux » bien entendu, puis même un peu chanceux lorsqu’un premier essai signé Léo Barré est refusé à la vidéo, au prétexte scandaleux qu’il comportait environ trois en-avant.
Malgré cette entame convaincante, ce sont les Italiens qui vont ouvrir le score contre le cours du jeu, avec l’opportunisme d’un Pipo Inzaghi. On sait que les finances de la FFR sont dans le rouge, et vu la gueule de la défense française depuis un moment, on imagine que ça fait un bout de temps que plus personne ne paye l’abonnement Duolingo de Shaun Edwards. Après un bras cassé en mêlée vite joué par Pagerello, le mur bleu se fait fissurer beaucoup trop facilement et Tommaso Menoncello inscrit le premier essai du match. 7-0.

Les hommes de Fabien Galthié pourraient douter, comme je doute actuellement de la pertinence d’un compte rendu qui risque de consister à empiler les GIFS de 11 essais. Mais non. Ils reviennent rapidement dans les 22 italiens, notamment grâce à une percée de Léo Barré qu’on sent libéré comme quelqu’un à qui on aurait dit « allez viens cette semaine tu ne joues pas avec le Stade Français ». Puis c’est Guillard qui échappe aux garde-frontières alpestres pour aller inscrire un essai rageur. En un quart d’heure, le Lyonnais a déjà compilé plus d’actions positives qu’Hugo Auradou en 3 sélections, et surtout, il a le bon goût de ne pas arborer une moustache ridicule, merci à lui.

Si la Squadra Azzurra reprend brièvement la tête grâce à une pénalité de Tommaso Allan LE CATALAN, les Français dominent toujours les débats et manquent de marquer après la spéciale passopied d’Antoine Dupont. Hélas, le ballon manque complètement de respect au GOAT en décidant de rebondir au delà de l’en-but avant que Bielle-Biarrey ne puisse aplatir. Tant pis, à la place on aura la spéciale Mauvaka : le bon vieil essai sur ballon porté.

14-10. Quelques minutes plus tard, le rugby rend enfin justice à son Dieu-vivant : Antoine Dupont inscrit son premier essai depuis un an et demi, après une belle action initiée par un Léo Barré, décidément intenable – on suppose qu’il a signé une clause de départ en cas de descente en Pro D2 et qu’il considère ce match comme son entretien d’embauche.

10-21. Et ben, c’est beaucoup plus facile que prévu ? Mais ce qui est facile aussi, c’est de traverser la défense française. En ces temps difficiles où des conflits immémoriaux font l’actualité, je ne sais pas si l’amitié entre les peuples bordelais et toulousains est possible, mais ça ne sent pas toujours la grande harmonie entre la paire de centres français.
Bon, ne paniquons pas, c’est pas comme si on allait se prendre Bundee Aki dans la gueule dans deux semaines. En attendant, Ruzza profite d’une défense façon « porte de saLOU » (oui, quand il est mauvais il redevient lyonnais) de Barassi pour percer, puis sert Brex d’une habile passe dans le dos pour un bel essai transalpin.

17-21. On se dit alors qu’on va assister à un match complètement fou, en mode Super Rugby de la belle époque, qui se terminera sur un bon gros 62 à 57. Hélas pour le suspense, les Bleus n’ont vraiment pas envie de rigoler cette après-midi. Pour les Italiens, ça va trop vite et ça tape trop fort. La bande à Toto réinvestit rapidement les 22 mètres et se s’embarrasse pas de fioritures pour trouver le chemin de l’en-but : on envoie Boudehent faire un grand tout droit dans la gueule des Italiens, qui s’écrasent sur son énorme menton comme des moustiques sur un pare-brise.

17-28, et bientôt 17-35 après un nouvel essai français. Cette fois, c’est Dupont qui rend la politesse à Léo Barré en lui déroulant un véritable tapis rouge vers l’en-but : l’arrière enfile son smoking, réajuste sa coupe de cheveux, fait un petit tour sur lui-même pour les photographes et va conclure cette première période qui lui mériterait la Coppa Volpi per la miglior interpretazione maschile à la Mostra de Venise.

Au retour des vestiaires, on n’a pas grand chose à craindre. Pas de relâchement, pas d’envie de sieste : les Tricolores sont là pour soigner le goal average et marquer tous les points perdus sur la pelouse de Twickenham. Alldritt inaugure le bal avec un nouvel essai en force, on reconnait là encore la marque de fabrique rochelaise, toute en subtilité.
Hey ! On a dépassé l’heure du goûter et Bielle-Biarrey n’a pas encore marqué son essai. Un affront vite réparé, après une belle passe de Théo Attissogbe. En trois quarts d’heure, la France du rugby est passée de « C’est un scandale d’écarter Penaud ! C’est un talent comme on voit tous les 50 ans ! Galthié démission !!! » à « Attissogbe titulaire contre l’Irlande ! Joueur d’exception ! D’ailleurs je regarde Pau tous les week-ends et il est toujours excellent ! ».

17-47. La phase de démolition est bien terminée, on peut passer à l’humiliation. À partir de maintenant, c’est beach rugby au Cap d’Agde, et même Moefana le timide décide d’enlever son slip avant d’aller se baigner. Fini les matchs où il fallait une super loupe pour le voir ballon en main : le Bordelais réalise une très belle percée et sert qui ? Oui vous savez.

17-54. Paolo Garbisi tente d’initier une timide rébellion, bien aidé par un Thomas Ramos qui a décidé de jouer à « le premier qui plaque est fan de Phil Collins ». Mais ça ne change pas grand chose, la grosse machine bleue se remet en marche et nous sort une action comme seul le rugby français sait nous l’offrir, mélange d’inspirations géniales, de grand n’importe quoi et de french chatte.

Bon on va pas se faire tous les essais, vous avez compris. Les Bleus passeront par le McDrive du Stadio Olimpico pour en planter deux derniers pour la route, et porter le score à 24-73. Un score record qui nous ramène 20 ans en arrière, et parfois c’est sympa de se sentir jeune.

Au final, ce match disputé dans une arène romaine, c’était l’équivalent de Gladiator 2 : j’étais venu voir un chef d’œuvre, au final j’ai eu un film popcorn un peu débile, divertissant mais que j’aurai oublié deux jours après. Mickaël Guillard était cependant très crédible dans le rôle du requin du Colisée qui dévore les gladiateurs vivants.
Pour le grand cinéma, il faudra donc attendre encore deux longues semaines et un gros choc contre l’Irlande. Deux semaines pénibles, à se dire que ce match aurait dû opposer deux équipes invaincues, pour une vraie finale de Grand Chelem. Un petit nuage au dessus de nos têtes qui devrait cependant bien vite s’envoler en cas d’exploit à Dublin.
Les bonus :
Parce qu’il y avait pas grand chose à écrire, alors autant faire double ration de Gifs.
Source link