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Petite main d’une escroquerie bancaire nationale, un coursier est condamné à Évreux



Suite à une vague d’escroqueries au faux conseiller bancaire qui a déferlé entre le 21 janvier et le 26 février 2025 à Évreux, Saint-Sébastien-de-Morsent, Pacy-sur-Eure et Vernon, un faux coursier a été jugé en comparution immédiate.

C’est toujours le même mode opératoire. Un faux conseiller bancaire – souvent une femme – appelle sa future victime pour l’alerter de mouvements frauduleux sur son compte. Ensemble, ils passent en revue les dernières dépenses. Chacune correspond bien aux derniers achats de la victime.

À partir de cet instant, la proie, en confiance, est ferrée. Un premier SMS demande de cliquer sur un lien qui renvoie au compte officiel. La voix au téléphone demande de modifier les mots de passe automatiquement enregistrés par les hackers. Dès lors, les escrocs peuvent effectuer des virements depuis ce compte. Dans un deuxième temps, le faux conseiller demande le code de la carte bancaire et intime à la victime de couper sa carte. Mais « surtout pas sur la puce ». La voix au téléphone explique la marche à suivre : « On va vous envoyer un coursier qui va venir chercher votre carte coupée ainsi que le courrier sur lequel vous aurez notifié vos coordonnées bancaires, votre souhait de changer de carte et votre opposition sur l’ancienne munie de son code. »

Arnaque nationale

Quelques instants plus tard, un faux coursier se présente et prend le pli. Dans le quart d’heure qui suit, le compte est vidé depuis un distributeur automatique de billets. « Le plus étonnant, c’est qu’ils arrivent à contourner le plafond de retrait », explique une victime. « Le plus fort, c’est que le numéro d’appel qui apparaît sur le téléphone est bien celui de votre banque. Impossible de joindre qui que ce soit. Je me suis rendu immédiatement à mon agence, toutes les lignes étaient en dérangement. Ils n’en savaient rien », poursuit une autre.

En réalité, l’arnaque est organisée à l’échelle nationale, selon une chaîne étanche dans laquelle chaque intervenant est spécialisé. Le spameur envoie les SMS infectés de spybot (logiciels espions). L’« alloteur – alloteuse » correspond au téléphone avec la victime et collecte les informations. En bout de chaîne, l’ouvreur récupère la carte, tire les billets puis les transmet à un intermédiaire. L’argent remonte la filière. Aucun des participants de l’arnaque ne se connaît.

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Dans le box ce jeudi 27 février, le jeune prévenu de 19 ans fait figure de lampiste. Pupille de la nation depuis son plus jeune âge, il n’a pas connu ses parents. Placé de famille d’accueil en famille d’accueil, à 18 ans, il est à la rue sans ressource. Lorsqu’on lui reproche de ne pas suivre les contraintes de la probation à laquelle il est soumis pour une affaire semblable, sa réponse est simple : « Vous m’envoyez un courrier à une adresse à laquelle je ne vais pas. »

Absence d’empathie

L’implication du jeune homme dans l’affaire d’escroquerie est de pure circonstance. « J’ai rencontré quelqu’un en bas d’un immeuble de la cité des Pâquerettes, à Nanterre. Il m’a proposé de faire coursier pour 500 euros la semaine. J’ai accepté, mais je ne le connais pas. Après, c’est simple, il me contacte sur mon téléphone, et passe me prendre. » Le substitut du procureur Thomas Lopez hausse le ton : « À aucun moment, dans vos dépositions, vous n’avez fait preuve d’empathie envers les victimes. » On est tenté de dire qu’il est difficile de transmettre, voire d’éprouver, ce qu’on n’a jamais reçu soi-même. D’autant que le jeune homme dans le box n’est pas le monstre amoral et froid auquel, selon la défense, on aimerait le réduire.

Les réquisitions sont très lourdes. Selon le parquet, les faits sont reconnus, et démontrés puisqu’il y a préméditation, organisation et des rôles définis. Le préjudice des victimes est très élevé. 30 mois de prison (dont six avec sursis probatoire) avec incarcération immédiate sont requis à l’encontre du prévenu.

La banque est aux abonnés absents

« On se trompe de procès, s’insurge la défense. Mon client n’est ni l’instigateur ni l’organisateur de cette escroquerie. Il vient récupérer les cartes. Il a gagné 500 €. Ce garçon me fait penser à la cité des enfants perdus. » L’avocate change de registre et poursuit : « Il est inadmissible que la Société Générale ne rembourse pas les sommes escroquées. Mieux encore, elle en demande le remboursement à des taux usuraires. Quelles procédures la Société Générale a-t-elle mises en place ? Il y a des défaillances dans cette banque et elle est aux abonnés absents. » En conclusion d’une plaidoirie flamboyante, l’avocate demande une réduction de peine qui permette une réinsertion. Le jeune homme s’excuse auprès des victimes.

Le prévenu est jugé coupable et condamné à 24 mois de prison dont 12 avec un sursis probatoire, accompagnés d’une obligation de soins psychologiques ainsi que d’une obligation de travail. Six mois de prévention sont révoqués, la détention immédiate est ordonnée. Cela fait douze mois de prison ferme.

En marge du procès, les douze parties civiles se sentent flouées. Certaines ont perdu entre 3 000 et 7 000 €. La plupart sont des retraités avec des revenus modestes. Une des victimes témoigne : « La Société Générale exige le remboursement des sommes escroquées et me propose un emprunt à 11 %. Je me sens doublement escroqué : une fois par les hackers, et une deuxième fois par la Société Générale. »



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