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Père et fils, ils volaient les montres de luxe dans les salles de sport huppées de Paris

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« Un bon dossier, différent de ce qu’on voit d’habitude », s’enthousiasme la présidente de la chambre des comparutions immédiates du tribunal de Paris ce lundi 10 mars 2025. Au même moment, deux hommes apparaissent dans le box vitré. Le premier est affublé d’une barbe blanche fournie. Le second lui ressemble, mais avec quelques décennies de moins. Il s’agit d’un père et de son fils, venus tous deux de Colombie. À deux reprises, ils auraient dérobé des montres de luxe dans des salles de sport. L’un des larcins a été commis au Ritz, hôtel mythique de la capitale. 

Des vols dans des lieux huppés

Le 3 mars 2025, la transpiration se fait abondante dans une salle de fitness du 4e arrondissement. Pas à cause du sport. Dans ce lieu select équipé d’une grande piscine et d’un hammam, un vol d’envergure vient d’être commis. Une montre de marque Patek Philippe est dérobée à un client. L’objet vaut plus de 32 000 euros.

Le lendemain, c’est au tour du Ritz d’être victime d’un vol. Dans le spa de l’établissement, un casier a été forcé avec un tournevis. Une montre estimée à 14 000 euros est subtilisée à un client. Dans un lieu où l’entrée coûte à elle seule 600 euros, c’est la stupeur. Fort heureusement, la victime est entièrement remboursée par l’hôtel, soucieux de sa réputation. « On est dans un autre monde », s’amuse la présidente. Quelques rires fusent dans le public. Aux comparutions immédiates, il est rare de pousser les portes de la haute société.

Une course contre-la-montre

Les enquêteurs se mettent très vite au travail. La vidéosurveillance permet d’identifier le père et son fils dans les deux endroits au moment des vols. À aucun moment, ils ne font du sport. Tout au plus sont-ils assis sur le rameur sans ramer. À chaque fois, ils repartent des établissements dans une voiture. Immatriculée en Autriche elle a été louée en Suède par un homme logé dans un hôtel Ibis à Orly (Val-de-Marne).

Les agents se rendent sur les lieux, mais trop tard. Les réceptionnistes indiquent que les deux hommes, accompagnés d’une femme, viennent de partir. Une course contre-la-montre s’enclenche alors pour les retrouver. Les enquêteurs regardent quand va partir le prochain avion pour la Colombie. D’Orly, il est à 19 h. Il est 17 h. Les policiers courent jusqu’à l’aéroport et parviennent à mettre la main sur le père, la mère et le fils dans la file d’attente pour embarquer.

Vidéos :

Si la famille se présente comme des touristes sur le retour, la fouille suscite des surprises. Sur le papa, quatre cartes sim différentes. Sur la maman, un terminal de paiement. Sur le fils, un tournevis dissimulé dans le col de sa chemise. À son poignet, une montre Cartier estimée à 7 000 euros. Le trio est placé en garde à vue. Faute d’éléments, la mère est relâchée. Quant au butin, il est porté disparu. Une autre fille du couple est partie avec vers la Suisse, puis a pris la fuite pour la Colombie.

« On va pas faire tout l’historique ! »

À l’audience, les deux hommes, âgés de 63 et 25 ans, reconnaissent en partie les faits. Pour le premier larcin, le fils explique avoir trouvé la montre par terre.

« J’étais dans le vestiaire. J’allais prendre mes affaires pour partir… », commence le prévenu par le truchement de son traducteur.

« On va pas faire tout l’historique. S’il peut aller droit au but..», s’énerve la présidente.

Le père aussi est coupé dans son élan : « Est-ce que je peux être plus précis. Moi je suis Colombien… ».

« Non ! On est pas là pour faire une dissertation sociopolitique », stoppe la magistrate.

Aux comparutions immédiates, le temps est un luxe. Même s’il tourne autour d’une montre à 30 000 euros. Pour le deuxième vol au Ritz, l’échange est tout aussi laconique.

« Vous maintenez avoir fracturé le casier ? », demande la présidente.

« Je peux expliquer pourquoi ? »

« Non »

« Alors oui »

Des prévenus sous la pression des guérillas ?

Les deux hommes arrivent toutefois à développer les raisons de ces larcins. Selon leurs dires, ils seraient sous le joug de guérillas dans leur pays. S’ils ne paient pas leurs dettes par le vol en Europe, ils mettent leur famille en danger. « Ils sont spécialisés dans l’extorsion. Il faut que je leur trouve 100 000 euros. C’est pour ça que je voudrais demander l’asile politique à moi et à ma famille », assure le père, agent immobilier dans son pays.

« Si vous êtes autant en danger, pourquoi on vous voit en peignoir dans un spa et pas à l’ambassade pour demander de l’aide ? », lui répond la présidente.

« La vie de notre famille est en jeu », renchérit le fils.

« Pourquoi vous n’avez pas vendu la montre à votre poignet dans ce cas ? », continue la magistrate imperturbable.

« C’est un business »

Du côté de la partie civile, la colère est encore présente. Costume cintré et coiffure impeccable, la victime évoque à la barre la valeur financière et sentimentale de sa montre : « C’est un objet très rare que j’ai mis des années à me procurer. C’est l’aboutissement de cinq ans de travail. Je paie énormément d’impôts. J’avais promis la montre à mon fils ». Le sportif lésé demande 4 000 euros de dommages et intérêts en plus du prix de la tocante. Les prévenus assurent qu’ils peuvent récupérer les montres, mais le tribunal est dubitatif.

Le père et le fils ont un casier vierge, mais cela n’empêche pas des réquisitions sévères. « On voit bien sur les caméras de surveillance que les prévenus se sont rendus à plusieurs reprises dans les salles de sport visées. À chaque fois durant des horaires où il y a du monde. Ce ne sont pas des vols par nécessité. C’est un business », argue la procureure. Elle demande 18 mois de prison ferme avec mandat de dépôt.

« Il y a plusieurs univers dans cette affaire »

La défense, représentée par Me Gaston Gonzales, appelle à la compassion. Je ne vais pas vous plaider l’état de nécessité, mais il faut se demander pourquoi deux personnes au casier judiciaire vierge se mettent à voler des montres de luxe. En Colombie, quand on est dans une bonne situation, on peut être la cible de groupes armés. Il y a plusieurs univers dans cette affaire. Celui feutré de ces salles de sport, et celui des prévenus qu’on ne connaît pas ». 

Le tribunal s’oriente vers les peines requises. Le père et le fils dormiront en prison pendant 18 mois. Ils devront payer une amende de 5 000 euros, et rembourser la montre volée à la première victime, avec 2 000 euros de préjudice moral.



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