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on vous résume le bras de fer diplomatique entre Paris et Alger

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Des tensions qui ne font que croître entre les deux pays. Les relations souvent en dents de scie entre la France et l’Algérie se sont détériorées depuis l’été 2024 après l’annonce de l’appui de la France au plan d’autonomie marocain pour le territoire disputé du Sahara occidental.

Plusieurs dossiers ont ensuite continué d’assombrir les relations bilatérales, dont l’incarcération depuis la mi-novembre de Boualem Sansal et l’arrestation en France de plusieurs influenceurs algériens pour apologie de la violence.

On fait le point sur la brouille diplomatique entre Paris et Alger.

  • Le Sahara occidental en toile de fond

Les relations entre Alger et Paris n’ont cessé de se détériorer depuis un changement de cap du président Emmanuel Macron fin juillet quand il a affiché son soutien à un plan d’autonomie « sous souveraineté marocaine » pour le territoire disputé du Sahara occidental.

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Alger a immédiatement retiré son ambassadeur à Paris et menacé d’autres représailles. Le Sahara occidental, vaste territoire désertique aux eaux poissonneuses et riches en phosphates, est une ancienne colonie espagnole, contrôlée de facto à 80 % par le Maroc mais considérée comme un territoire non autonome par les Nations unies.

Un conflit armé y oppose depuis 50 ans le Maroc aux indépendantistes du Polisario, épaulés par Alger. Un cessez-le-feu y avait été conclu en 1991 et une mission de l’ONU (Minurso) devait y organiser un référendum d’autodétermination qui ne s’est jamais concrétisé.

Le cessez-le-feu a volé en éclats à la mi-novembre 2020 après le déploiement de troupes marocaines à l’extrême sud du territoire pour déloger des indépendantistes qui bloquaient l’unique route vers la Mauritanie, selon eux illégale car inexistante en 1991.

Mercredi soir, le Conseil de la Nation, équivalent du Sénat en Algérie, a d’ailleurs annoncé la « suspension de ses relations » avec le Sénat français, pour protester contre la visite de son président Gérard Larcher dans ce territoire très disputé.

  • L’arrestation de Boualem Sansal

L’arrestation de l’écrivain Boualem Sansal, critique du pouvoir algérien, cristallise aussi les tensions. Incarcéré en novembre 2024 en Algérie, il est poursuivi en vertu de l’article 87 bis du Code pénal, qui sanctionne « comme acte terroriste ou subversif, tout acte visant la sûreté de l’État, l’intégrité du territoire, la stabilité et le fonctionnement normal des institutions ».

Selon le quotidien Le Monde, le pouvoir algérien aurait mal pris des déclarations de Boualem Sansal au média français Frontières, réputé d’extrême droite, reprenant la position du Maroc selon laquelle le territoire du pays aurait été tronqué sous la colonisation française au profit de l’Algérie.

Cette incarcération a provoqué les protestations de nombreux intellectuels et écrivains, qui estiment les poursuites sans aucun fondement. Il souffrirait d’un cancer et son protocole de soin aurait été interrompu, a affirmé son avocat à Paris. Une information depuis démentie par le bâtonnier d’Alger Mohamed Baghdadi.

L’Algérie que nous aimons tant et avec laquelle nous partageons tant d’enfants et tant d’histoires entre dans une histoire qui la déshonore, à empêcher un homme gravement malade de se soigner.

Emmanuel Macron
  • Le renvoi controversé de l’influenceur algérien « Doualemn »

Depuis janvier, plusieurs Algériens ont été interpellés en France pour avoir mis en ligne des contenus haineux envers la France, tout en appelant à des actes violents.

Parmi eux, l’influenceur « Doualemn », pour lequel le ministre de l’Intérieur Bruno Retailleau a demandé son expulsion le 9 janvier vers l’Algérie, son pays d’origine. Les autorités algériennes ont finalement renvoyé l’influenceur vers Paris, le jour même, une décision reçue comme un camouflet par le gouvernement français.

L’Algérie cherche à humilier la France. On a atteint avec l’Algérie un seuil extrêmement inquiétant.

Bruno Retailleau
Ministre de l’Intérieur

Placé en rétention à son retour, la justice a finalement suspendu l’expulsion de cet agent d’entretien de 59 ans, père de deux enfants, puis annulé son OQTF. Ce dernier a été libéré le 6 février. Lundi, le tribunal correctionnel de Montpellier a requis contre lui six mois de prison avec sursis.

Les relations avec Alger, déjà très tendues, se sont encore dégradées après l’attentat meurtrier commis samedi à Mulhouse, dans l’est de la France. Un Algérien de 37 ans en situation irrégulière est accusé d’avoir tué à l’arme blanche un Portugais de 69 ans et d’avoir blessé sept autres personnes.

Le Premier ministre François Bayrou a réuni ce mercredi un comité interministériel sur l’immigration. « Les victimes […] sont les victimes directes du refus d’application » des accords de 1968 entre Paris et Alger, a déploré le chef du gouvernement à l’issue de ce comité, précisant que l’assaillant avait été présenté « quatorze fois » aux autorités algériennes qui ont toujours refusé de le reprendre.

Vers une remise en cause des accords de 1968

La France, a-t-il indiqué, va demander à Alger « que soient réexaminées la totalité des accords et la manière dont (ils) sont exécutés », dans un délai d’« un mois, six semaines ».

Les accords de 1968, qui donnent un statut particulier unique pour les Algériens, ont déjà été révisés à trois reprises depuis 1968. Paris et Alger avaient convenu en 2022 de les modifier une nouvelle fois, mais sans concrétisation à ce jour.

Mardi soir, le ministre français des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot a révélé que des « mesures de restriction de circulation et d’accès au territoire national pour certains dignitaires algériens » avaient été prises. L’Algérie a réagi avec « surprise » et « étonnement », qualifiant ces annonces de provocations et d’intimidations.

Encore un signe, s’il en manquait, des tensions chaotiques qui existent entre les deux rives de la Méditerranée. La position à adopter vis-à-vis d’Alger divise profondément le gouvernement français, entre les partisans du « rapport de force » comme le ministre de l’Intérieur Bruno Retailleau, et ceux qui plaident pour la voie diplomatique comme Jean-Noël Barrot.

Avec AFP.



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