Voilà, des mois que ces habitants du centre-ville de Blois alertent sur une situation qu’ils jugent anormale et la fermeture pour une période d’un mois seulement de la discothèque le KB9 Club leur paraît un pis-aller. Ils se sont tournés vers la mairie, vers la police, vers le procureur de la République et même vers la préfecture du Loir-et-Cher pour des résultats qu’ils estiment très maigres mais aussi tardifs et que l’un d’entre eux résume ainsi : « on nous bafoue et tout le monde s’en fout ».
A quelques heures de la réouverture théorique de l’établissement, ils font part de leur inquiétude et redoutent le moment où le KB9 va reprendre son activité.
Les voisins redoutent la réouverture de cette discothèque de Blois
Ce que ces voisins, tous résidents de la rue du Mouton ou à immédiate proximité, évoquent : c’est la privatisation d’un pâté de maisons et de la voie publique qui le dessert par les deux boîte de nuit qui s’y trouvent mais surtout de l’une d’entre elles.
Le patron de l’établissement contacté par la rédaction se dit ouvert au dialogue et se montre sous des dehors plutôt débonnaires lorsqu’on l’interroge. Pour autant les témoins ont affirmé avoir peur de lui.
Voilà comment le décrit l’une de ses voisines, mère de famille que l’on appellera Anna* (*toutes les personnes interrogées redoutent des représailles et sont sous pseudonyme) : « C’est un beau parleur. Au début lorsqu’on l’appelle pour le tapage ou qu’on le croise, il nous fait un bon accueil et répond qu’il va tout arranger mais ce n’est jamais suivi d’effets. »
« Une boîte de nuit, c’est censé être discret en ville »
Photos à l’appui, elle montre des éclairages multicolores balayant la rue. « Ils sont restés en place pendant un an. Ici c’est un quartier résidentiel. Une boîte de nuit, c’est censé être discret en ville ».
Anna dit se sentir démunie face à la situation. « C’est une injustice totale de laisser perdurer ça ».
La Blésoise est révoltée. « Une boîte de nuit, c’est tenue correcte exigée. Il n’y a personne qui se tient correctement dans cette affaire. »
Une vidéo où on voit un homme agresser un cycliste
Sur les nombreuses photos et vidéos que la rédaction du Petit Courrier a pu consulter et qui sont parfois produites par le gérant du KB9 Club qui a installé plusieurs caméras surveillant la rue devant son établissement, on voit des gens hurler, se battre ou s’invectiver dans une ambiance rendue très bruyante par la musique et/ou les cris.
Sur un film de vidéosurveillance d’une minute partagé sur la page du KB9 puis retiré des réseaux sociaux, on voit même des policiers en uniforme se présenter à l’entrée de l’établissement avant de repartir quelques instants plus tard.
Dans une autre, datée du 13 juillet 2024 peu après 4h du matin, on voit quelqu’un passer à vélo avec un sac à dos dans la rue du Mouton où se tiennent une dizaine d’individus. Alors qu’il croise un homme, ce dernier lui décoche un coup de poing. Le cycliste chute et perd son sac avant de s’enfuir en courant. Son agresseur ramasse le sac. Un partie de la vidéo est cachée par un emoji représentant un cœur mais un commentaire est ajouté. On peut y lire : « La vidéo où on maîtrise le forcené avant l’arrivée de la police. Merci au videur pour son sang froid ».
Des jeunes qui titubent avant de prendre le volant
D’après tous les témoignages recueillis par la rédaction, le tapage et les altercations reviennent très souvent et s’intensifient à la belle saison. « C’est parfois 7 jours sur 7 et jusqu’à 7h du matin », explique Arnaud* un habitant du Quai Saint-Jean qui affirme avoir été témoin à plusieurs reprises de scènes où des jeunes gens titubaient avant de monter dans leurs véhicules garés sur le mail Pierre Sudreau, puis démarrer et passer en trombe devant le commissariat situé non loin.
Son témoignage recoupe à peu de choses près ce qu’a également confié Anna à la rédaction.
Une arme à feu découverte derrière les poubelles
Aux bruits, algarades et bagarres s’ajoute aussi un autre fléau. « Tous les matins, on se retrouve avec des verres en plastique, des mégots et toutes sortes de détritus sur le trottoir », constate l’une des voisines.

Ce que confirme Arnaud. « Régulièrement mes poubelles et celles du secteur sont remplies à ras bord de déchets non triés. Et très souvent, on trouve des sacs pleins de bouteilles qui encombrent la chaussée. Les deux boîtes de nuit se rejettent la faute mais depuis que le KB9 est fermé, on n’a plus ce genre de désagréments. »
C’est lui qui, le 8 mai 2024, fait une dangereuse découverte derrière sa poubelle.
Mon bac est entreposé dans une cour ouverte. Je voulais le sortir sur la rue et l’arme était là, la crosse entourée de chatterton
Ne sachant pas s’il s’agit d’une vraie, il la prend en photo et se rend immédiatement à l’Hôtel de police situé à deux pas.
« J’ai montré la photo et les policiers m’ont ensuite accompagné sur place. D’après eux il s’agissait d’un véritable pistolet automatique et l’arme était chargée », relate le Blésois.
Le calibre a été saisi par les forces de l’ordre.
La police qui ne se déplace pas ou exceptionnellement
L’homme explique aussi que c’est la seule fois où il a obtenu l’intervention de la police. « En avril 2024, j’ai appelé à deux fois les services de police pour du tapage nocturne. On m’a répondu, c’est la boîte de nuit, on ne se déplace pas… Depuis j’ai abandonné l’idée. »
Il n’est pas le seul à se désoler de ce qu’il considère comme de l’impéritie des autorités face à ses problèmes. C’est même une constante des témoignages.
« J’ai appelé la police plusieurs fois la nuit. La première, on m’a dit que du monde serait envoyé d’ici une heure ou deux… Cela n’a rien donné alors je me suis rendue au commissariat. Là on m’a carrément découragée », indique Isabelle* qui occupe occasionnellement un appartement qu’elle possède et dont les fenêtres donnent sur la rue du Mouton.
Le dépôt de plainte découragé ?
À l’hôtel de police, on lui aurait demandé si elle était bien sûre de vouloir porter plainte. « De toute façon on va leur mettre une amende à 35 € et voilà », lui aurait-on répondu sur place. Elle a renoncé à sa plainte.

Isabelle reconnaît avoir eu, une fois, une intervention très rapide de la police municipale, un samedi après-midi au printemps 2024 croit-elle se souvenir. « Ce jour-là, il y avait un anniversaire au KB9 Club. Toutes les fenêtres étaient grandes ouvertes et la musique était assourdissante même depuis l’intérieur de mon logement pourtant correctement isolé phoniquement ».
Un policier : « Nous, le KB9, on en n’a rien à foutre »
André* qui souhaite monter un comité de quartier pour faire cesser les multiples nuisances se dit abasourdi par l’accueil qui lui a été fait par la police.
En septembre 2024 après avoir eu plusieurs fois au téléphone le gérant de la boîte de nuit pour que le niveau sonore baisse, il appelle les forces de l’ordre à 5h du matin.

« Un policier m’a répondu : nous le KB9 on en n’a rien à foutre et on ne se déplace pas. Puis ils m’ont raccroché au nez », affirme André qui est ensuite allé déposer plainte. « Mais j’ai dû me montrer insistant pour qu’on la prenne ».
« Les incivilités poussées d’un Monsieur sans-gêne »
Sans nouvelles de cette plainte, il a adressé un courrier le 19 septembre 2024 « au préfet, à la mairie et au parquet. J’attends toujours une réponse de l’un ou l’autre à ce jour ».
André en a marre « des incivilités assez poussées de ce Monsieur sans-gêne qui ne semblent pas être combattues. »
Un deux poids deux mesures qui est globalement très mal vécu aussi par tous les autres témoins.
Isabelle dépeint assez bien la situation.
« Nous avons voulu faire changer une huisserie. Mais on est en zone classée. On a dû se déplacer aux services de l’architecte des bâtiments de France. Il a fallu trois mois pour pouvoir poser une fenêtre aux normes qui nous a coûtés trois mille euros… Et en face on a ça ! »
Les autorités aux abonnés absents ?
André n’est pas le seul à avoir écrit aux autorités.
Isabelle a aussi entrepris cette démarche au mois de novembre dernier. « J’ai fait quatre courriers recommandés. Un au maire de Blois, un au président de la communauté d’agglomération Agglopolys, un autre au préfet et enfin un à la procureure de la République de Blois. »
Tous sont restés sans réponse d’après elle.
Lueur d’espoir
Une lueur d’espoir se dessine peut-être. Le lendemain de la parution de l’article du Petit Courrier évoquant la fermeture administrative de la discothèque, Isabelle a reçu un appel d’un enquêteur de police qui a affirmé avoir été missionné par le parquet.
Un autre voisin (que la rédaction n’a pas pu joindre) dont le logement est collé à la boîte de nuit, a entamé une action en justice contre le KB9 Club. Ce qu’a confirmé par téléphone M. Karim Ben Mohamed au Petit Courrier.
Les établissements de nuit concernés par le nouveau de plan d’action de sécurité
Par ailleurs, le plan d’action de sécurité du quotidien dévoilé il y a quelques jours, par le préfet Xavier Pelletier, aborde spécifiquement le sujet des établissements de nuit où des « des patrouilles de pacification préventive mises en place, notamment en milieu et fin de nuit, permettront de prévenir les rixes et les comportements violents. »
Le gérant « fait de son mieux »
Face aux reproches qui lui sont faits, le gérant de l’établissement dit faire de son mieux pour se conformer aux normes en matière de nuisances sonores.
Pour ce qui se passe sur la voie publique, il dit n’être pas le seul établissement de nuit dans la rue.
Pas de réponse des autorités à nos demandes
L’ensemble des pouvoirs publics contactés par les riverains : préfecture, mairie de Blois, Agglopolys, parquet, police, ont été sollicités par la rédaction.
Pour le moment, la seule réponse obtenue l’a été de l’Hôtel de police et il s’agit d’un laconique : « L’état-major n’a pas d’éléments à vous communiquer à ce sujet ».
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