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« On ne saura jamais ce qu’il s’est passé »



À la barre du tribunal de Dieppe, vendredi 28 février 2025, madame et monsieur comparaissent à la fois comme victimes et prévenus. Chacun apporte sa version de cet épisode de violences survenu le 23 janvier dernier à Grèges (Seine-Maritime). « On ne saura jamais tout à fait ce qu’il s’est passé ce jour-là », observe la substitut de la procureure de la République. Le couple est ensemble depuis 2017 et a deux jeunes enfants. Madame veut se séparer depuis septembre de monsieur, ce qu’il refuse.
D’après elle, le jour des faits, son compagnon lui menace d’enlever les enfants alors qu’elle refuse de répondre à une de ses questions.

Deux versions différentes

« Il fallait que je me justifie sur tout et n’importe quoi, dit-elle à la barre. Je me suis énervée, j’ai dû l’insulter. » S’ensuit une bousculade, au cours de laquelle l’homme l’aurait poussée contre un mur, ce qui l’a fait tomber : « J’ai eu très mal au dos sur le coup. Je lui ai lancé la bannette de linge », rapporte la femme.

Elle aurait ensuite menacé monsieur avec une fourchette, au niveau de l’épaule : « Je me suis dit que ça allait peut-être le calmer ».

Ensuite, alors qu’elle s’apprêtait à partir, il l’aurait agrippée par le col de son manteau. « J’ai étouffé. Un son est sorti de ma bouche, je pensais que c’était le dernier bruit que je ferais », souffle-t-elle, en larmes. Elle affirme par ailleurs que son ex-compagnon était alcoolisé, ce qu’il nie.

« Je ne suis pas quelqu’un de violent »

L’homme présente une tout autre version. « Ça a commencé par la fourchette sur le cou, explique-t-il. C’est pour ça que je l’ai poussée. » Il dit que la dispute a éclaté lorsqu’il a menacé de partir avec les enfants. Il affirme que lorsqu’elle est tombée, « elle a fait semblant de faire un malaise », et que c’était du « cinéma ».

« À la base, je ne suis pas quelqu’un de violent », ajoute l’homme de 36 ans, qui dit ne pas se souvenir de l’épisode du col du manteau.

Le substitut de la procureure de la République déplore des disputes « qui ne reposent pas sur grand-chose » et ajoute que la fourchette ne relève pas de la légitime défense.

Il requiert à l’encontre de madame quatre mois d’emprisonnement avec un sursis simple et pour monsieur 12 mois d’emprisonnement, dont six avec un sursis probatoire pendant deux ans, avec obligation de travailler, de suivre des soins psychologiques et psychiatriques et un stage de prévention sur le sexisme, avec une interdiction de paraître au domicile de son ex-compagne.

Il demande que la partie ferme prenne la forme d’un bracelet électronique.

Sous bracelet électronique

L’avocate de la femme demande 1 000 € au titre du préjudice moral. « L’étranglement a laissé des séquelles psychologiques », appuie-t-elle. Le conseil de la partie adverse, lui, demande « la paix, pour l’intérêt des enfants. Les vraies victimes, ce sont eux. »

Il s’interroge également sur l’étranglement : « À défaut de preuves, ça ne peut pas tenir. » L’avocat demande un euro symbolique pour son client. « Je ne peux pas requérir de peines précises si je ne sais pas ce qu’il s’est passé », ajoute-t-il.

Le tribunal condamne Madame à deux mois d’emprisonnement avec sursis et Monsieur à dix mois d’emprisonnement, dont six avec un sursis probatoire pendant deux ans. Le juge suit par ailleurs les réquisitions du parquet sur les obligations, le stage, et l’interdiction de paraître.

La partie ferme sera à exécuter sous forme d’un bracelet électronique. Enfin, la femme doit verser un euro symbolique à son ex-compagnon, tandis que ce dernier doit payer 700 € au titre du préjudice moral.



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