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« On ne peut pas être le paillasson des États-Unis »

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Originaire de Saint-Denis-d’Anjou (Mayenne), Valérie Hayer est députée européenne et à la tête du groupe Renew au Parlement européen. Elle revient sur la campagne qu’elle a menée pour la majorité présidentielle aux dernières Européennes. La députée est aussi de retour du Groenland.

Pourquoi avoir accepté d’être tête de liste de la majorité présidentielle aux élections européennes ?

« J’ai accepté parce que le Président de la République me l’a demandé. Le contexte était difficile, tout le monde le savait. J’étais présidente de groupe, j’assume les responsabilités. C’était une vraie fierté. L’Europe c’est dans l’ADN de ma famille politique, c’est dans mon ADN, c’est sur quoi je me suis construite. D’avoir la chance d’être la tête de liste et d’être la figure, à l’époque, de la majorité présidentielle, dans cette campagne nationale était une immense responsabilité. »

Comment avez-vous vécu la campagne ?

« Elle a été pleine d’enseignement. Le contexte national était difficile, la campagne l’a été aussi. Dans cette campagne nationale, on a très peu parlé d’Europe. Je n’avais pour ambition que de parler d’Europe et de revenir au Parlement européen pour continuer à y défendre l’intérêt des Français, là où mes adversaires avaient d’autres agendas de législatives ou de présidentielles. Les dés étaient pipés à partir de ce moment-là.

J’ai un immense regret, que l’on n’ait pas su trouver la prise sur le RN qui changeait de position sur certains sujets tous les deux jours et qui tait ses votes au Parlement européen. Entre le discours policé à Paris et leur vote au Parlement européen, il y a un monde. Ça a glissé sur l’électorat de Jordan Bardella. Ils n’ont jamais soutenu l’Ukraine réellement, ils n’ont jamais condamné le régime de Poutine. Ils votent toujours contre les sujets sur les droits des femmes ou les droits des personnes LGBT. Ce sont les principaux alliés de Viktor Orban en Europe. C’est ça, la réalité du projet d’extrême droite. »

Vous avez commencé et terminé votre campagne en Mayenne. C’était important ?

« La Mayenne est l’endroit où je vis, où j’ai grandi. C’est mon identité. C’était important de la commencer en Mayenne sur le thème de l’agriculture et de la terminer dans mon village à Saint-Denis-d’Anjou, c’est là que tout a commencé, c’était un symbole fort. Il y avait Gabriel Attal, quelques ministres, des militants, les élus du territoire et ma famille. »

Quelles ont été les conséquences pour vous de cette défaite ?

« Les élections européennes c’était le 9 juin. Le 10 juin au matin, je revenais au Parlement européen pour une campagne interne pour conserver la présidence du groupe centriste que je présidais depuis le mois de janvier. Le groupe centriste, c’est 77 députés de 20 pays différents. Mes collègues m’ont renouvelé leur confiance. Ma réélection à la tête du groupe dit que les Français et le bloc présidentiel restent très influents au Parlement européen. Je suis présidente du groupe centriste et je représente mes collègues de 20 pays. On continue à pousser l’agenda proeuropéen. »

Quels sont vos grands dossiers aujourd’hui ?

« Compétitivité, démocratie et défense, c’est ce qui va nous occuper pendant les prochaines semaines et prochains mois.

D’abord le dossier de la compétitivité : comment on recrée des emplois en Europe, comment on permet à nos entreprises de gagner des parts de marché avec un décrochage économique patent et avec le retour de Trump et le risque de tarifs douaniers et de guerre commerciale. Nous devons être offensifs.

Il y a Trump et la relation avec les États-Unis. Je suis consternée de voir l’absence de réaction des institutions européennes face à Trump. Au moins dans les mots, et dans les actes si demain il met les tarifs douaniers, il faut exprimer au nom des Européens le fait que nous ne nous laisserons pas faire. Les états sont divisés sur la stratégie à avoir vis-à-vis de Trump, mais on ne peut pas être le paillasson des États-Unis.

Il y a un risque pour notre démocratie avec Elon Musk qui utilise X et les algorithmes à des fin idéologiques. On a des lois européennes qui doivent s’appliquer en la matière. Nous faisons pression sur la commission pour qu’elle applique les règles. La liberté d’expression n’est pas la liberté de déverser sa haine des autres. C’est un vrai enjeu de protection de notre démocratie.

L’autre gros sujet est aussi la défense européenne : la guerre en Ukraine qui se poursuit, la menace de Vladimir Poutine. Il faut accélérer sur la défense européenne. Quand on regarde, les États-Unis mettent 900 milliards d’euros par an sur la table pour leur défense, nous, à 27, on met 300 milliards d’euros seulement. Et sur les 300 milliards, 80 % des équipements sont achetés en dehors de l’Union européenne et principalement aux États-Unis et ça, c’est un vrai problème en terme d’indépendance. Il faut qu’on accélère sur l’Europe de la défense. »

Où en est l’Europe sur le Mercosur ?

« Ça n’avance pas. A ce stade, la Commission a signé. Il doit y avoir une discussion entre les états. La France est très mobilisée pour organiser une minorité de blocage. Elle va travailler avec la Pologne, l’Italie, l’Autriche et les Pays-Bas. Si elle n’arrive pas à constituer cette minorité de blocage, il y aura un vote au Parlement européen qui a un droit de véto.

Nous sommes dans la bataille pour s’opposer à cet accord. Nous, bloc centriste, sommes en faveur des accords de commerce, mais l’accord avec le Mercosur n’est pas bon car il fragilise certaines filières agricoles. »

Quel est l’impact de l’instabilité politique en France sur l’Europe ?

« La situation politique française n’empêche pas d’avancer au niveau européen. Côté Parlement européen, nous sommes là et sommes actifs. L’instabilité politique inquiète nos partenaires sur la capacité de la France à mener des réformes mais le leadership français reste incarné par Emmanuel Macron. Depuis 2017, il a une vision pour le projet européen. »

Vous êtes partie en Islande et au Groenland pour une semaine, dans quel but ?

« J’y suis allée à la suite des attaques de Trump prétendant qu’il veut acheter le Groenland. Le Groenland n’est pas membre de l’Union européenne mais c’est un territoire autonome d’un État membre de l’Union européenne, le Danemark. J’y suis allée pour dire aux Groenlandais que nous sommes à leurs côtés, que s’ils veulent rejoindre l’Union européenne, nous y serons favorables. Je voulais sentir ce qu’il se passe sur le terrain.

Je suis aussi allée en Islande. Il y a deux semaines, la Première ministre a annoncé un référendum pour que les Islandais décident s’ils voulaient ou non rejoindre l’UE. Elle le fait car il y a la menace de Trump derrière. Tout ça dit aussi l’attractivité de l’Union européenne, une terre d’attractivité et de paix.

Nous avons une stratégie Arctique à construire. Ce sont des terres stratégiques avec des ressources naturelles que les États-Unis, les Russes et les Chinois voudront exploiter. »

Dans votre emploi du temps surchargé, vous revenez de temps à temps à Saint-Denis-d’Anjou ?

« Pas aussi souvent que je voudrais mais oui, ma famille y est et je suis très attachée à ce village que j’aime beaucoup. »



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