Des menaces de mort sur les réseaux sociaux, des tentatives de corruption pour arranger des matches, des personnes mal intentionnées présentes sur les compétitions… Les paris en ligne génèrent de nombreuses dérives qui affectent quasiment au quotidien les sportifs, à l’image de la tenniswoman fermanvillaise Alice Robbe. Témoignage.
Beaucoup de joueurs de tennis ont évoqué le harcèlement dont ils sont victimes. Avez-vous été confrontée à cela ?
Mais ça arrive tout le temps, à moi comme à tous les joueurs ! Je dirais même que c’est le cas avant ou après quasiment tous les matches.
Pouvez-vous nous décrire la teneur des propos ?
Ah non, ça ne peut pas se raconter dans un article ! C’est trop choquant. Et ça n’a aucun sens. Tout ça parce que tu perds un match, ils nous insultent, ils nous souhaitent de mourir, ils menacent notre famille… C’est complètement débile.
« Ils nous insultent, nous souhaitent de mourir »
Avez-vous déjà eu peur pour votre sécurité ?
Quand tu reçois un message de quelqu’un qui te dit : « J’ai misé sur toi, tu as intérêt de gagner, je suis dans les tribunes », oui, ça fait un peu flipper. Tu peux tomber sur un fou prêt à mettre ses menaces à exécution en cas de défaite. Ça m’est déjà arrivé d’être perturbée en entrant sur le court. Surtout quand tu es toute seule en tournoi, sans un coach, tu n’es pas détendue. Et ça dépend des endroits. Il y a des pays où tu te sens moins en sécurité que d’autres…
Comment encaissez-vous cela psychologiquement ?
Ce n’est pas toujours agréable. Mais j’ai grandi, et je n’y prête plus vraiment attention. Mais ça a quand même pris du temps. Quand je me suis lancée sur le circuit pro, on ne m’avait pas prévenue que je pouvais être amenée à essuyer des insultes au quotidien. Quand tu as 17 ou 18 ans, tu n’es pas forcément armée pour faire face à cela. On parle beaucoup en ce moment du mal-être des joueurs ou des joueuses sur le circuit. Je pense que ce phénomène de cyberharcèlement y contribue.
La solution ne serait-elle pas de vous déconnecter des réseaux sociaux ?
Oui, mais quand tu as des sponsors, tu es bien obligé d’avoir des réseaux sociaux pour faire des publications. Personnellement, je ne lis plus trop mes messages sur mes réseaux sociaux mais je suis quand même obligée d’y aller pour supprimer les commentaires négatifs. Je vais au moins une fois par semaine sur Instagram pour nettoyer ma page. Moi qui ne suis pas très branchée sur les réseaux sociaux, cette bêtise humaine ne m’encourage pas à y aller…
On évoque aussi les nombreuses tentatives de corruption auprès des joueurs. Avez-vous déjà été approchée pour arranger un match ?
Oui, j’ai été approchée l’an dernier sur un tournoi à l’étranger. On m’a proposé 3 000 euros pour perdre le premier set d’un match. C’était un match où j’étais favorite, mon adversaire était 1 000e mondiale et avait une grosse cote. Donc les mecs te demandent de perdre le premier set en te disant que tu peux gagner les deux sets derrière…
« Les gains sont faibles, c’est tentant pour certains »
Comment avez-vous réagi ?
Bien évidemment, je n’ai pas répondu et j’ai aussitôt alerté les organisateurs du tournoi. Je comprends malheureusement que des joueurs tombent là-dedans. Sur les petits tournois, les gains sont faibles et c’est forcément tentant pour certains d’accepter les propositions malhonnêtes. Des joueurs peuvent se dire que ce n’est pas grave de « donner » un match sur un tournoi si derrière, ça peut couvrir leurs frais… Seulement, ceux qui jouent à ça se font souvent rattraper. Quand un mec au fin fond de la Russie a misé des sommes astronomiques sur un fait de match sur un petit tournoi, c’est vite suspect.
Quelles solutions prônez-vous ?
Certaines catégories de tournois ne devraient pas faire l’objet de paris sportifs. Déjà parce que les joueurs sont moins protégés sur les petits tournois. Les parieurs, les harceleurs peuvent être directement au bord du court. Et puis, quand un parieur mise sur des matches à Roland-Garros, par exemple, c’est souvent parce qu’il est passionné de tennis, connaisseur. Mais quand un mec va parier sur un match dans un tournoi futures (3e division mondiale), c’est forcément malsain car le mec ne connaît même pas les joueurs ! Le gros problème aussi, c’est de donner la possibilité de parier sur des faits de matchs, des scénarios, des scores, des breaks… Des arrangements sont vite possibles.
Avez-vous déjà affronté une joueuse au comportement suspect ?
Je ne préfère pas me poser la question. Sinon, tu deviens parano…
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