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On connaît la peine de prison du « ninja warrior » de Cherbourg, qui avait attaqué trois policiers



Le procès de P. M., le « ninja warrior » qui a attaqué trois policiers à Tourlaville (commune déléguée de Cherbourg-en-Cotentin, Manche) le 2 décembre 2021, s’est achevé mardi 11 mars 2025 au soir, très tard, après plus de 5 heures de délibération, par sa condamnation à 20 ans de réclusion criminelle.

Pour prendre la mesure d’un tel procès, pour comprendre la violence inouïe des faits, le spectre de la mort imminente qu’ont vu les quatre victimes de l’accusé, il faut se mettre à leur place et s’imaginer être la cible d’un homme en guerrier ninja, enveloppé de noir des pieds à la tête, se ruant sabre en main sur soi : la peur, le sang, le sentiment de ne pas s’en sortir vivant, de voir le fil de sa vie coupé au fil du sabre brandi, le risque bien réel de laisser un enfant orphelin, des proches en souffrance, des projets inachevés…

Une brisure dans la vie des victimes

Tout cela, la jeune femme qui s’est vu confisquer brutalement sa voiture par l’accusé en noir ainsi que les policiers qui ont cru que leur voiture balisée allait devenir leur cercueil, l’ont vécu dans leur chair le 2 décembre 2021.

Pour les quatre victimes, il y a un avant et un après le 2 décembre. La jeune femme, future pédiatre à l’hôpital Pasteur de Cherbourg, contrainte de laisser sa voiture sous la menace de la lame du sabre d’un ninja surgi de nulle part, a vécu un moment de terreur extrême. Elle était enceinte et a eu peur de perdre son enfant. Depuis, elle a présenté avec succès sa thèse, interrompue par l’effraction de l’agresseur dans sa vie. Mais aujourd’hui encore, elle ne réussit pas à parler de ce coup de tonnerre dans sa vie.

Les trois policiers ont cru mourir

« Une partie d’eux-mêmes est bien morte ce jour-là », a souligné Me Mesnil, leur avocate, en scandant le récit des sept secondes dramatiques qui ont paru à tous les trois une éternité mêlée de sang et de coups de feu.

La cheffe de bord, blessée, ne peut plus, ne veut plus assumer un poste en voie publique. C’était pourtant sa vocation, comme les autres, de servir au cœur de la communauté d’habitants et de la protéger. À la barre, elle gardait la maîtrise d’une cheffe, mais, faisait remarquer Me Mesnil, c’étaient ses mains qu’il fallait observer : elles trahissaient un retentissement important, encore aujourd’hui.

Son collègue, au volant, coincé par sa ceinture de sécurité, ne pouvait rien faire pour ses deux collègues en sang, bien qu’il ait tiré pour éliminer le danger. L’homme était toujours debout, et le policier avait compris que son « tour était venu ». Son arme, en 25 ans de carrière, il ne l’avait jamais utilisée autrement que pour intimider ou apaiser des individus ou des groupes difficilement maîtrisables.

Un an plus tard, bien qu’il s’en défende, l’impact psychique des faits est patent sur son quotidien : il a perdu du poids, présente des troubles du sommeil et de la concentration, et des flashs de ce qu’il a vécu surgissent de façon incontrôlée.

En plein malaise les jours précédents son acte

Quant à la plus jeune, qui était sortie de l’arrière du véhicule pour échapper à la sensation de piège qui se refermait sur elle et ses deux collègues, elle a été assaillie aussitôt d’un coup de sabre derrière l’oreille, lui faisant gicler le sang de l’artère temporale entaillée. Elle en garde encore aujourd’hui les mêmes traumatismes, visibles lundi, lorsque la cour lui a demandé son témoignage.

Les proches de Papa M’Baye avaient raison de s’inquiéter dans les jours précédant les faits. Le 29 novembre, une amie de sa mère frappe à sa porte. Il ne répond pas. Elle insiste. Il finit par ouvrir. Choquée, elle le découvre amaigri, habillé n’importe comment, monologuant sans la regarder, fixant le sol et lui disant des choses confuses, incompréhensibles. Elle y est retournée le lendemain : il l’a reçue comme la veille, sur le palier.

Dans ces mêmes jours, un homme vêtu en ninja a été signalé errant dans les rues de Cherbourg, un sabre à la main. C’était lui.

Il a visé la tête à chaque fois

Le 2 décembre, vers 15 h 15, sa voisine de palier s’est retrouvée face à lui. Il l’a fixée d’un regard vide. Il tenait un couteau à la main, dont la lame mesurait 30 cm, et portait une ceinture sur laquelle se trouvaient des sabres.

La suite, on la connaît. « J’étais pris en chasse par un mouvement bizarre », a-t-il expliqué pour justifier la suite. « Je me suis estimé en danger et je me suis défendu. »

Les policiers ? Il affirme qu’ils l’avaient « braqué », qu’il avait vu « un truc dans leurs yeux », alors il est « allé au front », sabre au clair.

Papa M’Baye, accusé de tentative de meurtre sur les trois policiers, avait-il l’intention de tuer ? Oui, répond l’avocat général dans son réquisitoire, s’appuyant sur : les témoignages des policiers ; sa détermination et son acharnement à frapper avec son sabre ; le fait qu’il ait visé à chaque fois la tête, une zone vitale ; sa dangerosité, soulignée par deux experts psychiatres.

Un discernement altéré ?

Son état du moment avait au moins altéré la maîtrise de ses actes : licencié de son travail, quitté par sa compagne depuis plus d’un an, convaincu d’être ensorcelé depuis son enfance africaine, reclus dans son appartement, consommateur de cannabis et de cocaïne (ce dont il se défend, mais dont la police a trouvé des traces), il était en pleine crise hallucinatoire.

« On retient l’altération », accepte l’avocat général, « mais il avait bien conscience de ce qu’il faisait en attaquant les policiers. »

Pour les neutraliser, dit-il. Pour les tuer, insiste l’avocat général, qui a requis une peine de 22 ans de réclusion criminelle, dont 14 ans de sûreté, avec un suivi socio-judiciaire de 10 ans après sa sortie de prison et une interdiction de séjour à Cherbourg pendant la même période.

Désapprobation totale de l’avocat parisien de M’Baye : « 22 ans de réclusion criminelle, c’est de la stigmatisation. Est-ce qu’on doit effacer de la vie sociale les gens qui ont des accidents sociaux ? La justice ne doit pas être une vengeance ! »

Pour lui, l’accusé est un accidenté de la vie, victime d’une famille éclatée, en pleine détresse au moment des faits, totalement submergé par le monde des esprits africains qui l’ont marqué et qui le traversent jusqu’à le déposséder de lui-même.

Papa M’Baye fera appel

Et l’avocat d’insister : « Non, M’Baye n’a pas voulu tuer les policiers. Il a seulement cherché à fuir son mal. Aujourd’hui, il reconnaît les conséquences (sanglantes) de ce qu’un expert appelait une bouffée délirante. »

Reconnu coupable au bout de cinq heures de délibération, Papa M’Baye a été condamné à : 20 ans de réclusion criminelle ; 5 ans de suivi socio-judiciaire après sa sortie de prison ; 5 ans d’interdiction de séjour dans la Manche ; 10 ans d’interdiction de posséder une arme ; la confiscation définitive de ses armes.

À l’annonce du verdict, Papa M’Baye a fait savoir qu’il ferait appel.



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