Place au 4e opus de notre série « Mémoires de Pro D2 ». Pur produit landais, Yoann Laousse-Azpiazu n’a jamais quitté sa région, portant durant sa carrière professionnelle les couleurs de Dax et Mont-de-Marsan. L’ouvreur ou arrière de 33 ans, plus de 280 matchs de Pro D2 et 1600 points inscrits, s’est prêté au jeu en recevant Actu Rugby au stade Guy-Boniface. Porté par un grand sourire, il n’a pas rechigné à évoquer ses meilleurs souvenirs. Des anecdotes, il n’en avait pas qu’une seule à raconter.
Son premier match
« Ce fut assez bref : 3 minutes ! C’était à la maison avec Dax contre Bourgoin (saison 2011-2012). Arrivé en début de saison, David Darricarrère avait insufflé un vent de fraîcheur en comptant sur les jeunes du centre de formation. Il y avait une super cohésion. Avant cette première rencontre, j’avais fait 2-3 feuilles de match sans jamais entrer en jeu. À Grenoble, gros match, j’avais failli jouer, Romain Lacoste me disant à la pause qu’il n’était pas bien. Il s’était requinqué, je n’avais pas joué finalement. Bon, j’avais quand même fait la bringue avec l’équipe (rires). Contre Bourgoin, Dax menait tranquillement, et je suis entré… ailier. OK, je suis 10/15 de formation, mais là tu joues où on te met. Je ne sais même pas si j’ai touché un ballon. Je me souviens qu’il ne faisait pas beau, mais cette entrée signifiait quelque chose pour moi. Un an et demi avant, j’étais dans mon village de Parentis-en-Born. Vous imaginez ? Je jouais avec des mecs que je regardais à la télé. C’était impressionnant ».
Le meilleur souvenir de carrière en Pro D2
« Je n’ai joué qu’une finale, je l’ai perdue, mais c’était l’aboutissement d’une grosse année. On en prend 50 contre Bayonne (20-49, NDLR), il y a eu de la tristesse. Derrière, il y a le match access perdu contre Perpignan. Et ce qui m’a marqué, c’était l’ambiance énorme qu’il y a eue à Guy-Boniface. Je n’avais jamais vu autant de gaz ici. Cela nous a transcendés. L’engouement, c’est WOAW ! Même les supporters de Perpignan ont contribué à ça : c’était une très belle fête. OK, on a perdu, mais on était à 16-16 à la pause, et ça n’a pas tourné en notre faveur. C’est ainsi. Mais cette ferveur, c’était comme si on avait gagné. On avait fini la soirée chez le président, le lendemain on partait à Ibiza en voyage.
Sinon, j’ai aussi envie d’évoquer une victoire à Perpignan où on en met 40 (20-44, octobre 2017). Ce jour-là, Julien Cabannes plante 4 essais. Enfin, en novembre 2021, il y a un gros succès à Bayonne (14-33, NDLR) devant 14 000 personnes à Jean-Dauger. La Peña Baiona à fond, certains de chez nous déguisés sur le thème de la Casa de Papel, Éric Cantona qui donne le coup d’envoi… Une belle victoire du Petit Poucet, et une belle bringue derrière ».
Son pire souvenir de Pro D2
« Ma deuxième année à Mont-de-Marsan. On termine sur un bloc de 3 matchs, avec Aurillac, Dax et Biarritz. Il nous fallait 2 victoires pour une demi-finale à domicile. On met une branlée à Aurillac, et Kiki Laussucq décide de faire tourner à Dax pour avoir de la fraîcheur contre Biarritz. Le BOPB venait jouer sa qualif en phase finale, et on passe totalement à côté du match (35-40, NDLR). Du coup, au lieu de recevoir Montauban en demi-finale, on s’est déplacé là-bas. Et on perd. C’est une grosse déception, car si on avait reçu Montauban, cela l’aurait fait, et en finale contre Agen, à Chaban-Delmas, nous avions clairement les moyens de gagner et monter. C’est un mauvais souvenir, car il y avait la possibilité de faire bien mieux et de réaliser ce rêve de Top 14 avec Mont-de-Marsan ».
Le coéquipier ou l’adversaire le plus fort côtoyé/affronté en Pro D2
« Coéquipier ? Wame Naituvi (2017-2023). Il était incroyable, il savait tout faire. Comme tout bon joueur des îles, il avait une certaine nonchalance, mais alors s’il avait décidé de traverser le terrain, il le faisait ! Offensivement, il pigeait tout. Wame était fort sous les ballons aériens, il avait du pied. Il est parti tardivement au Racing 92, mais dès qu’il a mis un pied sur un terrain de Pro D2, on a vite vu que c’était une pépite. Un sacré joueur.
Un adversaire ? C’est dur car j’en ai affronté pas mal. Je valide les propos de Jérôme Bosviel qui disait que Julien Dumora était un joueur sous-coté. Ce mec-là, il est talentueux, régulier, c’est un exemple. Sinon, j’ai en tête l’arrière d’Aurillac Jack McPhee. Très bon relanceur, fort dans les airs, un sacré pied gauche… Un super joueur, vraiment.
Le match disputé sous les pires conditions climatiques
« J’ai souvenir d’un match horrible à Oyonnax. Dès le coup d’envoi, il a fait une averse pendant 5 minutes, pas plus, de pluie et neige mêlées. Sauf que derrière, il faisait froid, et on a ramassé pleine gueule un petit vent léger… On se l’est tenu tout le match ! À la pause dans les vestiaires, Julien Cabannes était assis à côté de moi : il était tout blanc, il grelottait. On n’avait pas de second jeu de maillot, on avait juste changé de chaussettes. Je n’ai jamais eu aussi froid de ma vie ».
Meilleure anecdote d’un avant ou après-match
« J’ai plutôt envie de vous parler d’un stage de préparation. Avec Christophe Laussaucq, on partait toujours à Lacanau. On était un groupe de 8, des environs, avec pas mal d’affinités, et durant la semaine, c’était plus cohésion que physique. Cela laissait un peu de place à la décontraction, comme aller manger des glaces le soir, pour voir le coucher de soleil. Le premier jour, ce petit groupe sort, et on se dit après la glace : tiens, on va se boire un petit coup. Bon, forcément, il n’y a pas eu qu’un verre. Lacanau, tu as une petite rue sympa avec des bars, on a fait ça les 3-4 premiers soirs. Un matin, on arrive tous à l’entraînement avec des bonnets de couleur sur la tête, des bandanas, et Christophe, toujours cool, est allé voir les propriétaires des établissements de Lacanau pour se procurer les vidéos et vérifier qui sortait. Il a vu des mecs dormir sur le comptoir. C’était drôle. Attention, derrière, on assumait. L’année d’après, on revient. Kiki dit le premier jour : « ce soir, bringue. Par contre, je ne veux plus rien jusqu’à la fin ». C’était le deal, et on l’a respecté. Après, des anecdotes, j’en ai tellement. Mais tout ne peut pas se dire ».
Une autre ?
« Allez, OK. Lors d’une semaine de cohésion, on avait passé une matinée à faire des activités dans un domaine, comme débarrasser la grange, aller aux vignes, ou faire du bois. On fait un casse-croûte le midi, puis dégustation d’Armagnac. Il y avait une super cave. David Auradou, qui était coach, c’était la bonne poire, on l’appréciait tous et tu avais envie de déconner avec lui. Il était venu avec son 4×4, et nous, la connerie nous a pris, on a vidé un bac de fumier dedans. Patrick Milhet, préparateur physique à l’époque, faisait des vidéos afin de réaliser un film en fin de saison. Mais là, il nous a filmés, et a de suite montré la vidéo à Bibi. Bon, les fautifs ont eu droit à un bon massage des trapèzes, ils ont couiné. On est allé voir Patrick, on savait que c’était lui, on l’a attrapé à 5 et on l’a jeté dans une haie. On a eu droit à une soupe à la grimace pendant 2 mois, mais sur le coup, on s’est bien marré ».
Le pire trajet en bus
« Celui d’Aurillac, je ne l’aime pas. Ce n’est pas le plus long, mais la dernière heure de route, c’est un calvaire. Sinon, j’ai une anecdote plutôt positive lorsque j’étais à Dax. On passe par le bassin d’Arcachon, et le chauffeur du bus, qui roulait un peu vite, se fait arrêter par les motards. On s’arrête, on descend, et au bout de quelques secondes, Richard Dourthe, qui était l’entraîneur, m’appelle. Je me demandais ce que j’avais encore fait. En fait, il se trouvait que l’un des motards connaissait bien mon père. Ils pêchaient, chassaient ensemble. Et je crois que sur le coup, le chauffeur s’en était finalement sorti sans rien.
Sinon, j’ai un bon retour après une victoire à Vannes le jeudi juste avant les vacances de Noël. Nous étions un groupe de 8 qui voulait sortir. On fait un peu l’apéro à Vannes, le bus nous descend à Nantes, nous pose même devant une boîte. Certains nous ont prêté des jeans pour ne pas être refoulés, et on a dû rester en tout 3h dans l’établissement. Car à 8h, le train partait de Nantes pour Bordeaux. À la gare, Julien Tastet a joué du piano devant tout le monde alors qu’il ne savait pas en faire. Et le train choisi, il a mis 4h pour rallier Bordeaux, s’arrêtant à toutes les gares. Après, c’est un mec du club qui nous a récupérés, afin de rentrer à Mont-de-Marsan. On est arrivé à 16h. Un long retour en gros…

Le plus beau stade ou la meilleure ambiance
« Le Stade des Alpes à Grenoble est magnifique. La Rabine à Vannes est chouette, pas impressionnant, mais les supporters sont ultra bienveillants. La Peña Baiona à Jean-Dauger, c’est du classique, mais c’est quelque chose. J’ai souvenir aussi d’une ambiance énorme lors d’une demi-finale à Perpignan. Le bus nous dépose près d’Aimé-Giral, et il y avait un peu à marcher pour aller aux vestiaires. L’Usap avait fait un village festif pour l’occasion, et là tous les gens nous attendaient. C’était la folie, très bon enfant. C’était chaud, mais dans le très bon sens du terme. C’était incroyable à vivre ».
Le joueur qui symbolise le mieux la Pro D2
« Impossible de n’en citer qu’un. Les Fernandez, Brethous, Tastet, Bosviel, Coletta, Barrère, ce sont pour moi les visages de la Pro D2. Quasiment tous, ils n’ont joué qu’en Pro D2, ce qui amplifie le phénomène. Humainement, ce sont aussi des bons mecs. J’ai du respect pour eux, ils ont chacun eu un super pouvoir et ils ont été performants sur la régularité ».
Le coéquipier perdu de vue qu’il aimerait retrouver
« Sébastien Ormaechea. Quand je suis arrivé, il m’a pris sous son aile. Pilier droit, il faisait partie des meubles, et à mes débuts, on faisait du covoiturage. C’est un nounours, un fidèle combattant qui donnait tout pour le groupe, et quelqu’un de très bienveillant. Il m’avait expliqué les rouages du Stade Montois, et on avait une passion commune qui était la chasse. Seb faisait partie de ceux qui organisaient des choses, et cet état d’esprit me manque un peu aujourd’hui. On n’habite pas loin l’un de l’autre, mais il a sa vie de famille, son boulot.
Le joueur avec lequel il a créé la plus belle amitié
« Yann Brethous et Julien Tastet. On en a partagé de sacrées choses au Stade Montois. Quand je vais arrêter, on sera toujours en contact, c’est sûr. Avec Yann, on a vécu des situations personnelles similaires et on s’est aidé à se relever. Allez, je ne vais pas oublier Julien Cabannes… »
Plus de 280 matchs de Pro D2, ça représente quoi pour vous
« Je dirai la régularité dans la performance. Je ne suis pas le joueur le plus beau à voir, pas le meilleur, mais mes performances ont su s’inscrire sur le long terme. C’est du travail, des sacrifices, mais aussi une sacrée remise en question permanente. Je suis parti de Parentis-en-Born à 18 ans, et arrêter ma carrière en étant dans un Top 10 des joueurs qui ont le plus de matchs dans ce championnat, il y a une certaine fierté. OK, je n’ai pas de titre, mais ça me suffit déjà ».
Yoann Laousse-Azpiazu, et après ?
À 33 ans, Yoann Laousse-Azpiazu, en fin de contrat en juin prochain, devrait mettre un terme à sa carrière. La suite ? L’ouvreur ou arrière a des idées, mais rien n’est encore défini. Il aimerait rester dans le rugby. Si ses activités lui permettent, il pourrait évoluer en Amateurs, en Régionale 2 ou 3.
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