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« nous n’étions pas protégés du tout »

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« Il s’intéressait surtout aux garçons ». L’ancien préfet de discipline du collège catholique de Combrée (Maine-et-Loire), qui réside aujourd’hui près de Nîmes (Gard) avec sa femme et ses enfants, fait l’objet de plaintes pour des agressions sexuelles qu’il aurait commis sur des élèves mineurs du collège lycée catholique de Combrée, entre la fin des années 1980 et jusqu’en 1995. S’il y a prescription aujourd’hui, plus de 30 ans après les faits, l’avocat Maître Romaric Raymond, à Angers, est en charge de reconstituer le dossier suite à de nouveaux signalements. Angélique Menan, qui était une copine de classe des victimes, témoigne.

Maine-et-Loire : elle retrouve l’une des victimes par hasard, des années plus tard

Angélique Menan (nom de jeune fille) vit aujourd’hui entre Amboise et Blois. Elle a fréquenté l’établissement jusqu’en 1992, année de sa terminale. « J’y étais en 4e et j’ai bien connu Estelle L., l’une des victimes qui a porté plainte par le passé, déjà, et Arnaud D., avec qui j’étais très copine, qui était en 4e, quand j’étais en 3e et qui a aussi subi des attouchements ».

À cette époque, ils n’en parlaient pas entre eux. « On ne savait pas ce que c’était que la pédophilie, dans notre tête ça n’existait pas. » Mais la mémoire leur est revenue, des décennies plus tard, et la parole s’est depuis libérée.

Son camarade de classe Arnaud D., par exemple, a eu des ennuis lors des tournages de Télé Brecom, un journal réalisé par les élèves, sur une initiative du préfet de discipline.

Il était très branché vidéo et je crois qu’Arnaud avait d’ailleurs aperçu des vidéos à caractère pédopornographique chez lui, une fois. Il m’avait raconté que chez lui, c’était une puanteur.

Angélique Menan, ancienne élève au lycée catholique de Combrée

« Il ne souriait jamais et était craint de tous »

Angélique a retrouvé Arnaud par hasard, des années plus tard, en licence d’hôtellerie à Angers.

Il m’avait confié que les gendarmes étaient venus l’interroger sur ce qu’il s’était passé dans l’établissement.

Angélique Menan

Elle décrit un préfet de discipline « aux yeux bleus perçants, comme quelqu’un qui ne souriait jamais et craint de tous. Il était toujours habillé avec des chaussures de la marque Mephisto, un pantalon en velours noir et un polo bleu marine », détaille-t-elle.

Le préfet gérait l’infirmerie et s’occupait aussi de l’équipe de foot. C’est aussi lui qui organisait des voyages scolaires, en Savoie notamment, et qui « choisissait qui il emmenait lors de ces séjours au cours desquels il sévissait », se souvient Angélique.

Il s’intéressait surtout aux garçons et se préoccupait peu des filles. C’est pour cette raison que j’ai été surprise d’apprendre la plainte déposée par Estelle. Mais en y repensant, il me semble qu’elle était la seule fille à être partie avec eux en voyage.

Angélique Menan

Quand un garçon revenait du foot, on disait « tient encore un qui est allé dans sa douche. » On plaisantait en disant que « ça y allait avec lui », se souvient-elle.

Après Bétharram de nouveaux témoignages pour agressions sexuelles à l’institution libre de Combrée (Maine-et-Loire). ©Morgane Macé

La parole se libère, de nouveaux témoignages sont recueillis

D’après Angélique Menan, le père supérieur Gérard Gendry, qui fut directeur de l’institution 1979 à 1996, était « au courant ». Il aurait convoqué une des victimes avec ses parents, mais celle-ci aurait eu trop peur de révéler la vérité.

Le successeur du préfet de discipline aurait également recueilli, par la suite, des témoignages d’enfants en larmes et en aurait référé à sa hiérarchie de l’époque, après le départ du préfet en 1995.

Avec les anciens, on s’est appelés depuis et on s’est revus dans un gîte. On se demande pourquoi, parmi les autres adultes encadrants, personne ne s’était aperçu de son manège. Je suis sûre qu’un autre surveillant, qui était toujours avec lui, devait le savoir. Nous n’étions pas protégés du tout.

Angélique Menan

Au moins une dizaine de victimes

Elle ajoute que son amie Estelle, victime elle aussi, pense « qu’il cachait bien son jeu et que c’était un pervers pur et dur ».

Ces derniers jours, deux autres femmes ont également signalé, sur les réseaux sociaux, avoir subi des abus sexuels de sa part. 

Ce jeudi 27 mars 2025, le nombre de victimes se rapproche de la dizaine, et leur avocat Maître Romaric Raymond, à Angers, est en charge de constituer un nouveau dossier pour porter plainte.



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