Home Faits Divers « Notre force, c’est d’avoir du temps »

« Notre force, c’est d’avoir du temps »

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Catherine Gillette, 63 ans, réside dans le Nord-Cotentin (Manche). La retraitée chapeaute l’association Assistance et recherche de personnes disparues (ARPD) en Normandie depuis quatre ans. Investie et passionnée, elle nous raconte son quotidien fait d’« enquêtes ».

Interview

D’où vient votre engagement dans cette association ?

J’ai toujours eu un intérêt pour les personnes disparues. Leurs cas m’interrogent beaucoup. En 2021, j’ai découvert l’ARPD à la télévision. Ils recherchaient des bénévoles et il n’y avait pas d’antenne en Normandie. Je me suis donc lancée.

L’association

Créée en 2003, l’ARPD disposait en 2023 d’un réseau de 650 enquêteurs. Présidée par l’ex-commissaire de police Bernard Valezy, elle réunit bénévoles de terrain et « experts ». Ses missions consistent à accompagner les proches de personnes disparues pour briser leur isolement, mener des investigations, diffuser des avis de recherche, sensibiliser pour améliorer les dispositifs de recherche existants et mener des actions de prévention. Chaque année, l’ARPD indique prendre en charge 200 à 300 nouveaux dossiers, quelle que soit la date de disparition. Une centaine d’affaires seraient clôturées par an.

Comment se porte l’antenne normande ?

En novembre 2021, nous étions quatre et nous sommes aujourd’hui 44. Elle a bien progressé. Nous sommes tous des bénévoles passionnés. C’est en Seine-Maritime et dans le Calvados que nous avons le plus d’enquêteurs, moins dans l’Orne et, dans la Manche, il n’y en a plus actuellement. Nous sommes toujours à la recherche de volontaires dans les cinq départements.

Qui sont vos « enquêteurs » ?

Il n’y a pas de profil type. Il peut s’agir de retraités comme d’actifs avec un minimum de temps et, parfois, il faut pouvoir être sur le terrain rapidement. Il ne faut pas avoir de fragilités car il y a des cas parfois compliqués. Ce que nous attendons, c’est quelqu’un d’assez costaud et qui sait être à l’écoute. C’est très important.

Comment procédez-vous ?

Quand une famille nous saisit, il y a au moins deux enquêteurs sur l’affaire. Ils rencontrent les personnes, récoltent un maximum de détails, enquêtent auprès de l’entourage et du voisinage et sur Internet. Souvent, les familles ne sont pas au courant de tout ce qui fait la vie d’une personne. Nous avons des groupes pour communiquer et je suis toutes les avancées. Nous pouvons également recevoir de l’aide d’autres cellules hors de la Normandie quand c’est nécessaire. Toutes les idées sont bonnes à prendre.

Vidéos :

Quelles sont vos limites ?

Dans le cas où nous retrouvons une personne mais qu’elle ne souhaite pas entrer en contact avec sa famille, nous respectons sa volonté. Nous l’informons seulement qu’elle va bien. Il y a parfois des situations compliquées et nous restons très prudents, nous ne divulguons rien. En revanche, si nous découvrons un élément qui peut être utile aux forces de l’ordre, on le leur rapporte. Pour le reste, il y a des choses que nous n’avons pas le droit de faire, nous n’avons pas les moyens des forces de l’ordre.

Quels sont vos atouts ?

Nous avons peut-être quelque chose que les forces de l’ordre n’ont pas toujours : du temps et des bras. On parvient à passer plus de temps à explorer l’entourage d’une personne disparue et dans des cercles plus larges. Il n’est pas rare que l’on parvienne à trouver des informations qui n’étaient pas connues. On peut être un petit complément. Notre autre force, c’est l’accompagnement des familles, même après coup.

De quels cas vous occupez-vous ?

Il peut s’agir de personnes âgées, malades ou désorientées. Dans l’Orne, une femme s’était échappée de l’hôpital. Nous avions fait appel à l’un de nos membres qui formait son chien à la recherche de personnes. La piste de cette femme s’arrêtait au milieu d’une route. Dix jours plus tard, elle a malheureusement été retrouvée sans vie dans un fossé, à 700 même de l’hôpital. Il peut s’agir de disparitions sur fond d’alcool ou de drogues, avec des liens rompus avec les proches, ou encore d’un mal-être, de problèmes psychologiques ou familiaux, d’une fugue… Plus on sait reconnaître ces signes en amont, mieux on oriente les gens. On essaye de partager ces connaissances. Il y a aussi les dérives sectaires, nous avons actuellement deux cas d’emprise à Caen et au Havre. C’est pourquoi nous travaillons sur l’organisation d’une journée commune à Caen avec des associations qui s’attachent à toutes ces problématiques. On les retrouve souvent dans nos enquêtes et il faut savoir approcher chaque personne de la bonne manière.

Une disparition survenue en Normandie en septembre 2024 sera mise en avant dans l’émission « Appel à témoins » de Julien Courbet, ce mardi 4 mars 2025 sur M6 (21 h 10). ©Ludivine LANIEPCE

Combien de cas avez-vous traité depuis 2021 ?

Nous avons traité 35 cas en Normandie. 23 d’entre eux ont trouvé une réponse, la personne ayant été retrouvée ou étant décédée. Une enquête nécessite parfois beaucoup de temps. Nous avons des cas plus anciens, de 2005 ou 2012 par exemple. Mais nous ne sommes pas là pour découvrir qui est responsable de la mort d’une personne.

Quelle affaire vous a particulièrement marquée ?

La disparition de Noé, à Rouen, en décembre 2022. Ce jeune homme de 21 ans était recherché par son père et il a été retrouvé mort trois semaines plus tard dans la Seine. C’était une grosse affaire pour nous avec un accompagnement de son père plusieurs fois par jour. Il y a forcément eu une forme d’attachement et beaucoup d’émotions.

Qu’en est-il des cas que vous pouvez rencontrer dans la Manche ?

Actuellement, il n’y en a pas. C’est plus calme ici que dans les autres départements.

Nous allons vous retrouver ce mardi sur M6 à 21 h 10 dans l’émission Appel à témoins de Julien Courbet. Quel sera votre rôle ?

Il y a toujours au moins une affaire de l’ARPD qui est traitée sur le plateau. Cette fois, il s’agira du cas de Gaëtan, 27 ans, disparu depuis le 18 septembre 2024 du côté du Havre. Quelques-unes de ses affaires personnelles ont été retrouvées en haut d’une falaise à Sainte-Adresse. On sait que le contexte est particulier. Chaque détail peut faire la différence. Je serai sans doute du côté des journalistes qui prennent les appels des téléspectateurs.

ARPD Normandie : 06 72 32 37 74 et [email protected].



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