C’est un lieu où elles pourront se mettre au vert, tout en n’étant pas trop éloignées de la ville. Dix pensionnaires viennent d’entrer dans la nouvelle résidence d’accueil Gaïa de Solfa. Encadrées par des éducateurs, ces jeunes filles, mineures ou jeunes adultes, y sont accompagnées pour sortir de la spirale de la prostitution. Fin mars 2025, cette grande maison réhabilitée a officiellement été inaugurée, dans le Nord.
Un « cadre semi-urbain et apaisé »
Dans cette nouvelle résidence, située à la campagne mais pas trop loin d’une ville, sont hébergées des jeunes filles de 13 à 21 ans prises en charge par l’Aide Sociale à l’Enfance en situation de prostitution. Elles sont accompagnées par une équipe d’éducateurs présente 24 heures sur 24.
Ce nouveau site, qui succède à un autre, temporaire, a été acquis par l’association en 2020. Depuis, des travaux ont été menés, pour que la résidence soit adaptée à sa nouvelle utilisation. Des espaces communs se trouvent au rez-de-chaussée (salon et cuisine) en plus de chambres simples et d’un bureau pour les éducateurs.
À l’étage, on trouve des studios, pour les jeunes filles qui peuvent davantage se prendre en main, avec une kitchenette. « Chez Solfa, l’accompagnement est progressif, personnalisé », nous glisse-t-on lors de la visite. Ces locaux ont gardé le cachet de la bâtisse historique, avec ses hauts plafonds et boiseries. Le logement compte aussi une terrasse et est entourée d’un jardin. « L’idée est d’offrir à ces jeunes un cadre semi-urbain, apaisé », exprime Jean-Yves Morisset, directeur de Solfa.
Un projet qui évolue en permanence
Le projet Gaïa, porté par l’association Solfa, a été lancé il y a environ 10 ans, indique Hélène Bodart, directrice du pôle enfance de l’association. Il est parti de dix affaires de prostitution de mineures, au tribunal de Lille. La juge pour enfants s’est mobilisée avec des acteurs de la jeunesse pour penser ce projet. Il a fallu des années pour l’affiner.
La démarche s’est concrétisée en 2021 par un dispositif pilote. Après des essais marqués par des incidents et des réussites, ainsi qu’un premier lieu d’accueil temporaire, l’association est fière d’inaugurer ces nouveaux locaux, au printemps 2025. « Accompagner ces jeunes n’est pas facile. Elles sont en quête de reconnaissance, en quête identitaire. Nous proposons un projet de réinsertion globale, qui passe par un accompagnement que je me plais à dire ‘en dentelle’ », témoigne Hélène Bodart. Et d’ajouter que ce projet, humain, est « en constante évolution. »
Les jeunes filles que nous accompagnons sont d’une grande fragilité. Beaucoup ont vécu des parcours traumatisants qui les ont marquées profondément. Notre rôle est de les soutenir dans leur reconstruction, de leur offrir un cadre sécurisant, et de les aider à retrouver confiance en elles.

L’écoute, un aspect essentiel du processus
Ces nouveaux locaux sont assez isolés pour limiter les fugues. Car si les jeunes sont encadrées, l’accompagnement est progressif. « Les éducateurs sont avant tout à leur écoute », commente-t-on du côté de l’association. « L’idée est de sortir ces jeunes du système d’emprise et d’errance lié à la prostitution », décrit Hélène Bodart.
L’association compte plusieurs lieux d’accueil, dont la Maison Héméra à Hellemmes où sont hébergées des jeunes filles mineures.
Cette résidence est financée par l’État et le Département, mais aussi grâce à des fonds privés, récoltés par la Fondation Solfa. Des entreprises et particuliers ont investi de l’argent ou proposé un mécénat de compétences (don de meubles, accompagnement de retour vers l’emploi…).
Un accompagnement global pour la jeunesse en difficulté
Ces actions de Solfa s’intègrent à un accompagnement global de la jeunesse, des familles et des femmes victimes de violences, sur le territoire. Ce qui fait écho aux actions du Département. « 22 000 jeunes sont accompagnés, dont 12 000 hébergés. Il y a une jeunesse en fragilité sur le secteur », souligne le préfet délégué pour l’égalité des chances Paul-Marie Claudon. « Il est essentiel de suivre ces jeunes au long court. Cela se fait grâce à des lieux comme celui-ci, et dès le plus jeune âge », insiste-t-il, précisant qu’un volet préventif est déployé pour « agir dès les prémices de situations à risque. »
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