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« Mon objectif, c’est de reporter le maillot de l’Équipe de France »

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Il y a presque treize ans, en 2012, Renaud Lavillenie devenait champion olympique de saut à la perche aux Jeux de Londres. Quelques années plus tard, il devenait le recordman du monde avec un saut à 6,16 m. Depuis, son record a été battu par le Suédois Armand Duplantis, nouveau monstre de la perche mondiale.
À 38 ans, Renaud Lavillenie a toujours faim et a choisi le PerchXtrem de Caen (Calvados) pour faire sa rentrée 2025. Le 31 janvier, il sera sur la piste du Palais des Sports Caen la Mer et se sent prêt à faire bonne figure parmi des perchistes de renom. Entretien avec celui qui a dominé la discipline pendant de nombreuses années.

Le PerchXtrem, un concours prometteur

Comment se sont passées les discussions pour que vous choisissiez de venir et participer à cette première édition du Perch’Xtrem ?

L’événement fait partie d’un circuit, le Perche Élite Tour, qui existe depuis plus de deux décennies. Donc, nous, en tant qu’athlète, un événement qui intègre ce circuit, c’est un gage de qualité puisqu’il y a un cahier des charges à respecter en termes d’organisation, de logistique, de sécurité. On sait que les conditions seront similaires à des meetings auxquels on a l’habitude de participer. Une fois que le projet était mis en place, les organisateurs se sont rapprochés de mon agent, qui m’en a parlé. Ce qui m’a intéressé, c’était la date, qui était plutôt bonne et me convenait dans la construction de mon calendrier sportif. C’est pour ça que j’ai dit oui tout de suite.

Pourquoi avoir choisi Caen plutôt que Rouen par exemple, une autre date du Perche Élite Tour qui avait lieu ce week-end ? Une semaine de différence, ça change beaucoup de choses pour vous ?

En fait, ce qui s’est passé, c’est que je devais faire ma rentrée à Rouen, qui est un meeting que je connais bien. Mais au mois de décembre, j’ai eu un petit problème musculaire, ce qui m’a forcé diminuer les entraînements et à prendre du temps pour me soigner. Ce qui fait que derrière, on ne s’est clairement pas pressé. Je pense qu’au vu de mes performances cette semaine, j’aurai été en mesure de sauter à Rouen. C’est pour ça aussi que Caen était bien placé pour moi. Historiquement, j’ai toujours fait mes rentrées à cette période-là. Je ne voulais pas me précipiter. Sachant que j’ai aussi le meeting, le All-Star Perche, que j’organise depuis dix ans et auquel je veux absolument participer.

La disposition de la salle, avec les deux pistes de sauts formant un X, ce sera une vraie nouveauté.

Oui, c’est vrai et d’ailleurs, je vous avoue qu’on est plusieurs à se demander comment ça va fonctionner. Pas tellement au niveau des repères, mais plutôt sur la dynamique du concours. Il ne faut pas qu’on se gêne entre les femmes et les hommes en sautant. On verra bien. On aura le verdict déjà à l’entrainement. Mais ça reste intéressant de voir ce que ça donne d’essayer. Ça va dépendre aussi de la logistique du jury pour fluidifier les passages. C’est là que l’accompagnement en amont avec la cellule du Perche Elite Tour est importante pour s’assurer que tout se passe bien.

Il y aura aussi plusieurs événements en parallèle du Perch’Xtrem avec des perchistes amateurs, des initiations…

C’est l’essence même du circuit du Perche Élite Tour. Il a fait sa renommée non pas par le côté élite, mais par les compétitions de masse. À chaque fois, c’est entre 100 et 150 perchistes qui sautent toute la journée. C’est un prérequis presque pour rentrer dans le circuit. Ça montre le dynamisme de la discipline en France. Il y a des organisations qui font en sorte que les jeunes et les moins jeunes aient les moyens de faire des performances et de sauter dans de bonnes conditions.

Un plateau relevé dès la première année

Comment abordez-vous ce premier concours de l’année ?

Après ma blessure de décembre, je me sens bien. Comme d’habitude, je vais avoir des courses d’élan un peu plus courtes. Je serai sur seize foulées au lieu de vingt. J’ai toujours fait ça sur mes compétitions de reprise. Les dernières semaines d’entrainement se sont bien passées. Globalement, je suis assez content et même agréablement surpris. La première compétition, c’est toujours un peu d’inconnu. On verra bien, mais je pense que j’ai la capacité d’être dans le match. peut-être pas pour gagner, mais pour faire une performance plus qu’honorable, entre 5,60 m et 5,80 m je dirais.

Surtout qu’il y aura un plateau très relevé.

Oui, c’est certain. Tous les athlètes auront au moins sauté déjà une fois, voire deux. Donc forcément, ils auront plus de repères. Je ne vais pas m’attarder sur la concurrence, ils sont tous bons, on le sait. Mais la compétition va créer une émulation et une bonne dynamique. C’est aussi important de prendre des bons repères d’un point de vue métrique. On sait que 5,70 m, c’est une performance assez importante qui permet de faire un bon premier critère. En plus, il y a un seul athlète à l’avoir fait en France cette année. Si j’avoisine les 5,70 m sur ma première compétition, je serai vraiment très content. L’objectif, c’est de servir de Caen comme une rampe de lancement.

Quel est votre regard justement sur ce Perch’Xtrem qui attire un plateau aussi relevé dès sa première année ?

Il faut être très factuel : si un événement comme ça ne met pas le budget dès le départ, ça va être compliqué de faire venir les athlètes. Il faut pouvoir séduire pour que les choses se mettent en place. Ce n’est pas non plus la première fois qu’on découvre une date. On n’a pas besoin d’attendre qu’un meeting fasse ses preuves sur trois ou quatre ans pour décider de venir. À Rouen par exemple, je suis venu dès la première année et il y avait d’autres très bons perchistes. Tout le monde peut faire une très bonne première édition. Le plus dur, c’est de la pérenniser derrière. Il faut être fiable. Mais tout dépend des volontés de chacun. Une chose est sûre, on est dans un endroit où on sait organiser de l’athlétisme. Je suis venu au meeting de Mondeville il y a quelques années. Je ne suis pas inquiet.

Aujourd’hui le leader de la perche, c’est Armand Duplantis. Selon vous, est-il possible de le voir un jour à Caen ?

Il y a plusieurs choses à prendre en compte. Il a déjà fait des meetings de ce type-là, ce n’est pas le souci. Mais évidemment, tout le monde le veut, tout le monde aimerait le voir sauter. Il a forcément un tarif plus important que la plupart des autres perchistes. Tous les meetings n’ont pas les moyens de débourser une telle somme pour un seul athlète. Il faut aussi que cela rentre dans sa stratégie sportive et son calendrier. Mais dans l’avenir, ce n’est pas interdit. Il aime bien la France, il apprécie ce genre de compétitions. L’espoir fait vivre comme on dit.

Des objectifs clairs pour 2025

Avec un palmarès comme le vôtre, quels sont vos objectifs aujourd’hui ? Qu’est-ce qui vous anime ?

Ce qui m’anime, c’est surtout de me faire plaisir à faire ce que je fais. Alors oui forcément, je suis un compétiteur, donc j’ai forcément des petites stats. Mais mon réel objectif, c’est de me qualifier en Équipe de France. Je n’en étais vraiment pas loin cet été pour les Jeux Olympiques. Je pense que j’ai les moyens de le faire. Ma dernière sélection remonte à l’été 2022. Ce serait une belle récompense pour moi de reporter le maillot Bleu. Et pas seulement de le porter, mais d’être le plus performant possible. Je pense que j’ai du plaisir à prendre à faire partie d’une grande compétition.

Avez-vous commencé à envisager votre après carrière ?

J’ai déjà mon meeting depuis dix ans, j’ai lancé mon club aussi. J’ai quelques choses dans le sport qui se mettent place. J’ai aussi commencé à être consultant pour la chaîne L’Équipe. Mais il y a toujours quelque chose et ça je le répète depuis des années, mais c’est la réalité : soit tu as la chance de savoir quoi faire après parce que tu as un autre métier passion et donc il n’y a aucune hésitation, soit il faut accepter de se dire que quelque chose qui fonctionne à un moment, peut ne plus fonctionner deux, trois ou cinq ans plus tard. Le jour où je déciderai d’arrêter, je verrai ce qui se proposera à moi. Je sais que je vais rester dans le monde du sport parce que c’est un monde qui me plait, dans lequel j’ai développé une certaine expertise. Mais rien n’est fixé, on laisse le temps faire. Avec mon entourage, on saura trouver ce qui pourrait me convenir.

Quel est votre regard sur le niveau du plateau mondial par rapport à celui que vous avez connu il y a une quinzaine d’années ?

Le niveau est forcément bon. Il a évolué un peu, mais ce n’est pas non plus le jour et la nuit. Ça dépend aussi des années. Je pense qu’il y a pas mal d’athlètes qui ont réussi à se surpasser, là où il y a quinze ans, on se mettait des barrières et des limites. On n’a pas eu d’évolution technologique particulière. Il y a aussi beaucoup plus d’échanges. On sait ce qui marche et ce qui ne marche pas. Forcément, ça a un impact de pouvoir voir en temps réel ce qui se fait dans le monde. On apprend plus vite. Mais il faut aussi savoir que le niveau n’a pas drastiquement évolué. Si on s’arrête juste aux Jeux Olympiques : en 2012, à Londres, le médaillé de bronze a sauté à 5,91 m. En 2024, avec 5,91 m, tu étais aussi sur le podium. C’est intéressant, je trouve.



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