Posées sur une petite table recouverte d’une nappe blanche, des fleurs et des bougies allumées entourent des photos de Calvin Koffi. Un autel érigé par sa mère, dans le salon de leur appartement de Cergy (Val-d’Oise), pour rendre hommage à son fils décédé. « Sur celle-ci, on a l’impression qu’il nous regarde », soupire Tia Koffi en prenant le portrait dans ses mains. « C’est une photo qu’il avait prise avec sa petite-nièce alors bébé. Il l’aime tellement », confie-t-elle, la gorge serrée. Elle montre sur son téléphone le cliché en entier, Calvin tenant le nourrisson dans ses bras, puis fait défiler les images, parlant toujours de son enfant au présent. « C’est un garçon plein de vie. Regardez comme il est beau. Là, il allait au sport. Il est costaud, mais très gentil. Il ne sait pas se battre, il aurait peut-être dû apprendre, il aurait su se défendre. » Le jeune homme de 24 ans n’en a pas eu l’occasion.
Surpris dans son sommeil par son meurtrier
Le vendredi 24 janvier 2025, c’est dans son sommeil qu’il a été surpris par son meurtrier. Armé d’un couteau, ce dernier l’a mortellement poignardé à plusieurs reprises. » Il n’a laissé aucune chance au fiston. Il a bondi sur lui et l’a assassiné « , lâche Eugène Koffi, son père. Le drame s’était déroulé dans l’appartement de la petite amie de Calvin, à Orléans (Loiret).
Le jeune homme, technicien d’études en bâtiment s’y rendait régulièrement dans le cadre de ses missions. C’est ainsi qu’il fait connaissance, en mars 2024, de celle qui deviendra sa concubine. « Tout se passait très bien entre eux. Ils faisaient tout ensemble », raconte Tia. Mais cette union n’est, semble-t-il, pas acceptée par l’ex de la jeune femme.
Elle disait qu’il la harcelait. Mes filles ont vu qu’elle avait posté sur Instagram un message dans lequel elle relatait des menaces qu’il aurait proférées en lui disant »tu vas sentir ton propre couteau ». Puis il a appris qu’elle était avec mon fils, mais il n’y a jamais eu d’incidents avec lui. Ils ne s’étaient jamais rencontrés.
Quatre coups mortels
Ce 24 janvier, Calvin devait rentrer chez lui, à Cergy. « Il m’avait appelé la veille pour me dire »maman, je serai là vendredi matin ». Mais comme avec sa copine ils avaient joué jusqu’à tard à la Playstation, il avait finalement prévu de partir plus tard. »
Le couple dort ainsi toujours lorsqu’en fin de matinée l’ex éconduit se rend au domicile de la jeune femme. Un appartement qu’elle occupe en colocation. « Sur les vidéos de surveillance, on le voit rôder devant l’immeuble », raconte Eugène. L’individu se rend devant la porte du logement et attend.
C’est en sortant pour aller au sport que le colocataire est tombé sur lui. Il a tout de suite tenté de refermer la porte, mais l’assassin de mon fils a quand même réussi à rentrer. Il a enlevé ses chaussures et s’est dirigé tout de suite vers la chambre de la jeune fille. Quand elle l’a vu, elle a secoué Calvin pour le réveiller. Mais mon fils a à peine eu le temps d’ouvrir les yeux qu’il a reçu un premier coup de couteau.
Le Cergyssois est poignardé à dix reprises sur le haut du corps. C’est le colocataire qui est intervenu pour mettre fin à cet acharnement. Les secours sont aussitôt alertés, mais ils ne pourront rien pour Calvin. « Il était décédé à l’arrivée des pompiers. Un policier m’a dit que sur l’ensemble des coups de couteau portés, quatre étaient mortels », souffle Tia.
Le meurtrier présumé, un homme de 20 ans, a été interpellé dans la foulée. « Après avoir quitté l’appartement, il est resté en bas de l’immeuble jusqu’à l’arrivée des policiers », relate Eugène. Le suspect ayant été placé en garde à vue, une enquête a été ouverte pour le » chef d’accusation de meurtre et de tentative de meurtre », a indiqué à l’Afp Emmanuelle Bochenek-Puren, procureure de la République d’Orléans.
« Ce n’est pas un meurtre, c’est un assassinat », insistent les parents de Calvin. « Son assassin est parti de chez lui avec un couteau. Quand il entre dans la chambre, il ne se dirige par vers la jeune fille, mais sur notre fils. Il savait qu’il était là », soutient son père « en colère ».
Mon fils n’a même pas pu se défendre. Il est mort sans savoir ce qui lui arrivait, sans savoir pourquoi. Il faut que l’auteur soit jugé et aille en prison. On ne va rien lâcher.
La justice, bien sûr, mais également des réponses à ses nombreuses questions, voilà ce qu’attend dorénavant Tia. « Rien ne ramènera mon fils, mais je veux comprendre. Pourquoi ce jeune s’en est-il pris à mon enfant dont la seule faute aura été de rencontrer une fille et de se mettre en couple avec elle. Il n’était pas à l’origine de leur rupture… »
Tia coupe un instant, puis revient sur le déroulement du meurtre.
Comment une personne peut-elle partir de chez elle avec un couteau, puis rentrer dans un domicile et sauter sur quelqu’un d’endormi pour le poignarder à mort ? Je n’ai pas de mots… Si Calvin avait été tué après une altercation, ou au cours d’une bagarre, ça aurait peut-être facile à accepter, mais là je n’arrive pas à comprendre. Mon fils a été assassiné pour rien.
« Se dire qu’il ne reviendra jamais, c’est une douleur insupportable »
La mère de famille évoque le meurtre d’Elias, tué pour son téléphone d’un coup de machette à Paris. Une agression commise par deux adolescents de 16 et 17 ans, le même jour que le meurtre de son fils. Elle revient également sur la mort de Louise, 11 ans, poignardée par un individu de 23 ans dans la nuit du vendredi 7 au samedi 8 février, dans l’Essonne. « Qu’arrive-t-il à ses jeunes ? Je ne comprends pas. Il faut une justice forte pour ce genre de personnes. Que ça ne reproduise plus, que d’autres parents ne se retrouvent pas en souffrance comme nous aujourd’hui. »
En attendant de se lancer dans ce combat judiciaire, Eugène et Tia se préparaient à enterrer leur fils, ce vendredi 14 février 2025. Alors qu’une veillée était organisée, dans leur appartement, avec la famille et les proches, à la suite de la mise en bière de Calvin, un rassemblement était prévu devant la salle de spectacle Visages du monde, situé à Cergy-le-Haut dans le quartier où a grandi le défunt, afin d’observer une minute de silence, samedi 15 février au matin.
Un dernier avant la mise en terre du jeune homme au cimetière de Puiseux-Pontoise. « C’est terrible. Une mère n’a pas à enterrer son enfant, ce n’est pas dans la logique des choses, lâche Tia. Se dire qu’il ne reviendra jamais, c’est une douleur insupportable. »
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