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Marseille. Un candidat aux législatives en prison, il louait des taudis dans un « bidonville »



Il avait transformé une ex-résidence universitaire en « bidonville vertical ». Un marchand de sommeil, ancien candidat aux législatives dans la 4e circonscription des Bouches-du-Rhône, a été condamné ce lundi 3 mars 2025 à Marseille à trois ans de prison dont un an avec sursis probatoire pour la location de 29 studios insalubres et dangereux.

Un mandat de dépôt a été prononcé pour l’exécution des deux années d’emprisonnement ferme, une condamnation à laquelle s’ajoute une amende de 150 000 euros.

« Une victime des politiques publiques »

Après l’ex-policier Gérard Gallas, condamné en janvier 2024 à cinq ans de prison dont un an avec sursis probatoire, la condamnation d’Abdelmajid Bensaïd Aouel est la deuxième plus lourde sanction frappant un marchand de sommeil depuis que le parquet de Marseille a érigé la lutte contre l’habitat indigne en priorité de sa politique pénale.

Ancien directeur de restaurants McDonald’s, ex-assesseur du tribunal des affaires de sécurité sociale et candidat aux législatives, cet homme de 42 ans, s’était présenté, lors des débats, comme « une victime des politiques publiques » en matière de logement, animée par la volonté d’aider les personnes en difficulté.

« Peu de crédit à la dignité humaine »

Le tribunal estime à l’inverse qu’il a « porté peu de crédit à la dignité humaine de ses locataires ».

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Propriétaire de 34 biens immobiliers dont sa villa à Aubagne (Bouches-du-Rhône) et une villégiature à Antalya en Turquie, il avait, entre 2015 et 2021, acquis 29 des 269 petits logements du Gyptis, résidence de huit étages, frappée par plusieurs arrêtés de mise en sécurité et d’insalubrité.

La moyenne de ses acquisitions était de 12 750 euros pour des loyers encaissés autour de 400 euros.

« Regardez là, les rats, ils se battent »

Les témoignages des locataires et les vidéos diffusées à l’audience en janvier avaient montré des logements rongés par les moisissures et dévastés par des dégâts des eaux, certaines portes d’entrée ayant même été volées. Les parties communes, sans lumière et encombrées de détritus, étaient occupées par un réseau de stupéfiants, provoquant des bagarres au couteau.

Les logements étaient eux infestés de nuisibles. « Regardez là, les rats, ils se battent », avait déclaré une femme aux enquêteurs, qui notaient sur leur procès-verbal « Vu exact à deux mètres ». L’un d’eux avait résumé la situation : « Quand on est au Gyptis, on n’est plus un être humain. »

Le tribunal a pointé la vulnérabilité des locataires, des migrants en séjour irrégulier qui n’avaient pas d’autre choix. « Je serais dehors si je n’avais pas ce logement », avait reconnu un Sénégalais. « Quand je rentre du travail, je me couche, comme cela je n’ai pas besoin de chauffage », avait précisé un maçon : « C’est un peu mieux que la rue. »

100.000 euros de dommages et intérêts à verser

Le tribunal a ordonné une expertise médicale pour une femme à l’époque enceinte, dont le bébé était décédé alors qu’elle avait inhalé les fumées d’un des nombreux incendies.
« Qui, à part des personnes vulnérables, peut habiter dans de telles conditions ? », s’était ému le procureur, qui avait requis une peine encore plus sévère de quatre ans de prison assortie d’une amende de 300.000 euros.

Les juges ont confisqué 44.000 euros saisis sur les comptes du prévenu et lui ont interdit pour dix ans d’acheter un bien à usage d’hébergement. En revanche, le tribunal n’a pas saisi ses 29 studios du Gyptis, afin de ne pas ajouter une difficulté juridique aux opérations de maîtrise foncière engagées par les pouvoirs publics sur cette copropriété, « la plus dégradée de France » selon les mots du procureur.

Condamné pour perception de loyers malgré un arrêté de péril ou d’insalubrité, Abdelmajid Bensaïd Aouel devra verser plus de 100.000 euros de dommages et intérêts à neuf de ses locataires et plus de 138.000 euros à la ville de Marseille pour ses interventions sur l’immeuble et le relogement des habitants après l’évacuation du Gyptis en mars 2023.

Avec AFP



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