« En perte de vitesse » et « dépassé » pour les uns, « utile » et même « vital » au centre-ville de Marseille pour les autres, le Centre Bourse est-il en péril ?
Depuis quelques mois, quelques années même, l’avenir du site aux allées clairsemées suscite des questionnements. Et même des inquiétudes que la fermeture prochaine des Galeries Lafayette, un mastodonte, d’ici à la fin de l’année, n’a fait que raviver.
Le centre a « vraiment changé de tête » et « ce n’est pas fini »
« En entrant par le parvis principal [rue de Bir-Hakeim], la longue enfilade de boutiques vides faisait déjà un peu flipper. Mais quand les Galeries ne seront plus là, ce sera vraiment mort. » Une semaine après l’annonce choc de cette nouvelle fermeture, Cyrine, une « habituée » du Centre Bourse, se désole auprès d’actu Marseille.
« Utile, voire vital pour le centre-ville », le centre commercial qu’elle arpentait « déjà, toute petite, en famille », a « vraiment changé de tête » et, « malheureusement, ce n’est pas fini », redoute-t-elle encore.
Le nombre de cellules vacantes, ces emplacements inoccupés dont les vitrines sont bâchées en attendant de trouver un nouveau preneur, est important. « On a un peu l’impression d’être dans une vieille zone commerciale au fin fond de la France, regrette aussi Philippe, qui vit dans le 6e et se déplace encore à Bourse au moins tous les quinze jours. Ça fait dépassé. On est pourtant dans une zone de fort passage, près du Vieux-Port. »
La concurrence des Terrasses du port
« C’est toujours un signal négatif pour la clientèle de voir des enseignes qui ferment, reconnaît Emre Iliman, responsable des parfums David Walker, un corner qui fait justement face à l’une des entrées des Galeries Lafayette. Encore plus pour une locomotive comme celle-là. » Sur place, l’annonce a été vécue comme un coup de grâce.
Dans plusieurs coins du centre, des rideaux étaient déjà baissés. « J’ai l’impression que la fermeture du magasin GoSport, en 2023, avait un peu amorcé cette tendance », analyse un autre habitué, « malgré tout ». Des commerces de bouche sont également fermés. « C’est dur tous les jours. Mais, nous, on essaie encore de s’accrocher », témoigne le manager d’un point de restauration toujours ouvert, qui préfère rester anonyme.

Pour lui, « la concurrence des Terrasses du Port, où les loyers sont plus chers mais où on fait facilement deux fois plus de chiffre d’affaires », est passée par là. Ouvert en 2014 tout près des docks, le centre commercial avec vue mer aurait capté une partie de la clientèle.
Un repositionnement forcé ?
« Mais ça n’explique pas tout. On est clairement en perte de vitesse. Peut-être aussi à cause de choix discutables, tranche-t-il encore. Il y a eu l’arrivée de Lidl [un magasin de 900 m2 ouvert en mai 2024 au rez-de-chaussée]. Bientôt celle de Normal. Et des rumeurs nous parlent même de Primark. On n’est clairement pas dans une montée en gamme. Au contraire. » Et certains s’inquiètent : la Fnac, Natures et découvertes ou encore Sephora sont encore là, « mais pour combien de temps encore ? »
La direction du Centre Bourse, contrainte par sa position géographique, aura-t-elle pu faire autrement que d’opérer un virage, un repositionnement ? La paupérisation progressive du quartier Belsunce, où le centre est sorti de terre à la fin des années 1970, la forcerait à réorienter une partie de son offre, du côté du discount.
« Une clientèle qui recherche des produits plus accessibles »
Une certaine recherche de prix cassés qui aura eu (finalement assez logiquement) raison des Galeries Lafayette, après un investissement pourtant important de 20 millions d’euros pour la refonte de leur grand magasin en 2016.

« Le site de Bourse et son environnement direct s’adressent désormais avant tout à une clientèle qui recherche des produits plus accessibles qui ne correspondent plus à [notre] offre et [à notre] positionnement mode et lifestyle », justifiait le groupe, en annonçant la semaine dernière son départ de Marseille d’ici « à la fin de l’année ».
La direction du centre se veut très rassurante
Que vont devenir ces 13,000 m2 laissés vacants, a priori dès le mois de novembre prochain ? Ce nouveau départ ne va-t-il pas précipiter purement et simplement la fin du Centre Bourse ? Le groupe Klépierre, à la tête du complexe, refuse pour le moment les demandes d’interviews. Dans une courte déclaration transmise par son agence de communication, il se veut en tout cas très (très) rassurant.
Un ton bien éloigné de celui des témoignages relevés sur place par actu Marseille, qui font tous état d’une « baisse de la fréquentation ». Bourse serait, au contraire, « en plein dynamisme avec une progression notable de + 23 % en 2024 », selon Klépierre. Mieux encore, pour le groupe, après celle de Lidl, « l’ouverture prochaine de Normal est un signal positif supplémentaire ».
Toujours un centre commercial… ou une cité judiciaire ?
Mais au-delà ? Les surfaces qui cherchent et vont encore chercher preneur (après le départ des Galeries Lafayette) vont représenter quasiment la moitié de la totalité des volumes du centre commercial, soit 39,300 m2. Qui pour les reprendre ? Et si, au final, le commercial laissait sa place à une tout autre activité, comme celle de la future cité judiciaire, pour le moment prévu dans le quartier d’Arenc. L’idée fait son chemin, notamment du côté de la CCI Aix-Marseille-Provence, qui s’est positionnée pour.
La Ville, elle, avait aussi réagi après le départ annoncé des Galeries Lafayette. Elle appuyait sur le fait qu’elle serait « particulièrement vigilante et active dans la recherche de projets ou d’activités pour consolider le dynamisme du centre-ville ».
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