Une escouade de policiers municipaux s’engouffrent dans une épicerie de nuit près du cours Julien, dans le 6e arrondissement de Marseille. Ce mardi 28 janvier, dans la soirée, l’objet de leur mission était clair. Débusquer les commerces qui pourraient encore vendre du protoxyde d’azote, malgré un récent arrêté municipal l’interdisant.
Depuis novembre, la ville de Marseille a ainsi musclé sa réponse à l’utilisation détournée de ce gaz « hilarant », devenue un « fléau » qui fait des « ravages, surtout chez les jeunes ».
« Monsieur, vendez-vous du protoxyde d’azote ? »
Un problème de santé publique que la Ville a décidé de prendre à bras-le-corps en s’attaquant à l’une de ces sources. En plus des cartouches et des bonbonnes, « on avait même vu dans les établissements de nuit des ballons en vente à 5 euros, 10 euros », déjà remplis de ce gaz et donc prêts à l’emploi, rappelait le maire DVG Benoît Payan, dans la soirée, avant une opération de la police municipale qu’actu Marseille a pu suivre.
« Monsieur, vendez-vous du protoxyde d’azote ? », attaque un responsable de la brigade de nuit dans une épicerie de la rue André-Poggioli. « Non, je travaille propre moi », répond le gérant. Vérifications faites (dans la limite des pouvoirs de la police municipale qui ne peut pas opérer de perquisition), RAS dans l’établissement.
Après avoir ciblé plus spécifiquement les mineurs, en 2022, avec un premier arrêté, un nouveau texte proscrit purement et simplement « la vente, la détention, l’utilisation, le dépôt et l’abandon de cartouches de gaz de protoxyde d’azote sur l’espace public ». L’Assemblée nationale doit prochainement examiner une proposition de loi visant à une même interdiction sur l’ensemble du territoire, pour les particuliers.
Ce gaz n’a rien d’hilarant. C’est un fléau pour la santé, un fléau pour la sécurité et un fléau pour l’environnement
Le risque de blessures irréversibles
En attendant, dans le collimateur, à Marseille les toutes petites surfaces de vente, dont certaines avaient pris l’habitude de faire du beurre sur cette substance, toujours disponible en grande surface et sur Internet, utilisée ces dernières années à des fins psychoactives. Quitte à s’infliger des blessures irréversibles.
La première adjointe de Marseille, la médecin Michèle Rubirola témoignait sur place de l’explosion du nombre d’admissions dans les services d’urgence liés à l’utilisation détournée de ce gaz normalement utilisé à des fins médicales ou en cuisine, dans des siphons. Avec « des troubles de la conscience, des vertiges, des chutes » et même, dans les pires cas, « des paralysies, des atteintes nerveuses et cardiaques », a-t-elle rappelé.
Une prise de conscience ?
Et les établissements de nuit jouaient pleinement leur (mauvais) rôle dans cette mode aux effets très néfastes. « Avant, certains collaient même des petites affiches pour en faire la promotion. Mais à force de procéder à des contrôles, il y a eu une prise de conscience », avance Céline Lefléfian, la directrice de la police municipale de Marseille.
« Les commerçants se rendent compte du fléau que représente le protoxyde d’azote et des conséquences qu’il peut avoir surtout sur les jeunes. C’est que notre travail paye », dit-elle.
« Dans le quartier de la plaine en tout cas, on en voit beaucoup moins qu’avant. Il y en a encore un peu l’été, mais surtout autour du Vieux-Port, dans le 3e arrondissement et du côté du Jarret », explique Ralph, chef d’une des sections de la brigade de nuit, qui cible ses descentes. « On m’en demande encore quelques fois », reconnaît le responsable d’un autre commerce, boulevard Françoise Duparc (4e), visité dans la soirée. « Clean » lui aussi.
Jusqu’à la fermeture administrative des établissements
Depuis l’instauration de l’arrêté, en novembre, huit épiceries auraient été verbalisées. Mais, de toute façon, l’amende de 35 euros est-elle suffisante ? En cas de récidive, un signalement peut également être transmis au parquet, pour une réponse graduelle, jusqu’à une fermeture administrative. « On compte surtout sur l’effet dissuasif de nos contrôles réguliers », appuie Céline Lefléfian.
« Ça a l’air de fonctionner », se félicite Benoît Payan. Au moins pour ce canal de vente là. Reste qu’en dehors, le gaz serait encore facilement trouvable. Un adepte expliquait il y a quelques mois à actu Marseille n’avoir aucun problème à acheter du protoxyde d’azote, en supermarché et même en ligne.
Le protoxyde, un vrai problème… au volant
Selon la police municipale, à force de prévention et de réponses des forces de l’ordre, son usage à des fins récréatives « serait enfin peut-être un peu passé de mode ». La prise de conscience s’est-elle aussi élargie aux consommateurs eux-mêmes ? Une autre brigade de nuit explique que le problème resterait quand même préoccupant… au volant.
« On en voit même certains conduire avec un ballon dans la bouche. Et ce sont parfois des gens ordinaires, des Monsieur et madame Tout-le-Monde, et de tous les âges. On avait même contrôlé une voiture où on avait retrouvé 16 grosses bonbonnes de ce gaz », se rappellent des policiers municipaux.
Et le protoxyde d’azote ne serait souvent pas utilisé seul. Mais avec un cocktail d’alcool et de drogues. Selon ces mêmes policiers, près de 80 % des personnes contrôlés sur les routes à Marseille seraient positives aux stupéfiants. Un autre problème.
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