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Manu Reynaud doit encore patienter avant son retour chez Les Écologistes

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Rien n’est jamais simple chez Les Écologistes… et particulièrement à Montpellier. Exclu en novembre dernier du parti par un bureau régional, alors sous tutelle du national, Manu Reynaud conteste la décision en justice. Espérant sa réintégration par le tribunal administratif de Paris ce mercredi 2 avril, le président du groupe municipal « Choisir l’Écologie pour Montpellier » devra encore patienter. Ce qui ne l’empêche pas de parler, avec la liberté qu’on lui connaît, et de se projeter sur les enjeux à venir, du congrès des écologistes aux municipales.

Les faits reprochés

Pour rappel, en novembre dernier la Commission Régionale de Prévention et de Résolution des Conflits (CRPRC) avait exclu Manu Reynaud principalement pour deux raisons. Il y a d’abord une blague potache, comme en est coutumier l’élu à l’origine du slogan en faveur du vélo »Montpellier, capitale de la pédale ». Cette fois il s’agissait, en novembre 2023, de l’achat du nom de domaine Bienvenuchezlesdingues.com qui renvoyait sur le site d’EELV Langedoc-Roussillon, qui lui valut de la part des co-secrétaires régionaux de ne plus pouvoir parler au nom du parti. « Depuis quand on sanctionne quelqu’un pour humour ? » interroge-t-il.

La deuxième raison concerne une une interview accordée à la Gazette de Montpellier dans laquelle il se considèrerait toujours dans le parti. « Ce sont des prétextes fallacieux » selon lui avant d’avancer ses raisons qui seraient notamment de « porter une lignes avec d’autres d’élargissement d’une majorité et de choix politiques clairs. C’est un procès politique clair et évident ». Comprendre que l’on veut lui faire payer sa proximité avec Michaël Delafosse quand d’autres tels François Vasquez ou Coralie Mantion ont claqué la porte de l’exécutif. Ce ne serait pas tout. Plusieurs fois dans la presse Manu Reynaud a également dénoncé un système de fraude des statuts au sein du groupe local avec des adhésions de complaisance. « Il y a aujourd’hui 511 adhérents à Montpellier ce qui en fait le plus gros groupe local de France » pointe-t-il avec méfiance en s’appuyant sur le ratio d’adhérents rapporté au nombre d’habitants de 0,17 à Montpellier contre 0,02 à l’échelle de la France.

L’affaire renvoyée au fond

Contestant donc les faits qui lui sont reprochés, et les recours internes ayant échoué, à sa demande, Me Maxime Rozier a donc engagé une action en référé au Tribunal administratif de Paris dont la décision a été rendue ce mercredi. « Le juge considère que ce n’est pas évident et que la situation que je soulève est trop grave pour qu’il puisse la juger. En fait, il refuse de la juger et renvoie la décision au fond » a annoncé Manu Reynaud qui avait prévu une conférence de presse quelle que soit la décision tombée quelques minutes auparavant.

Manu Reynaud et son avocat Maxime Rozier. (©CN / Métropolitain)
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« On est dans une affaire clairement politique. On est très sûr de notre fait sur le fond si bien que j’ai recommandé à Manu Reynaud d’aller au référé. Ce qui manifestement s’est avéré inadapté » assume l’avocat qui explique la décision du juge : « On peut le comprendre, vu le contexte très récent des décisions de justice à connotation politique. Le juge dit que cela relève du juge du fond parce que la réintégration de Manu Reynaud chez les écologiste est une question qui ne saurait être traitée de manière provisoire or le juge du référé ne prononce que des mesures provisoires. C’est une décision un peu à la façon de Ponce Pilate. Il donne l’impression de ne pas vouloir juger l’affaire ».

Maxime Rozier ne semble pas inquiet quant au dossier. « La décision locale a été prise alors que le local était sous tutelle c’est à dire qu’elle a été prise par une autorité incompétente au moment où elle a été décidé et ensuite, ce parti, qui se targue souvent de laver plus blanc que blanc, n’a pas respecté ses statuts » argumente-t-il. En cause la CRPRC n’aura pas fourni de dossier d’accusation à Manu Reynaud ne lui permettant pas de se défendre correctement auprès d’elle et il aurait été sanctionné pour des faits (ndlr : l’interview) postérieurs à la convocation. « Le juge nous dit d’aller au fond, on ira au fond » annonce l’avocat qui poursuit le combat judiciaire désormais envoyer dans une autre temporalité.

Des impacts personnels et politiques

Manu Reynaud devra donc patienter encore. « Oui je suis réellement affecté par les deux ans qui viennent de passer » a-t-il souligné en tenant à rappeler : « Il n’y a rien de pénalement répréhensible ». C’est presque un acharnement qu’il dénonce lui qui est un habitué des procédures d’exclusion puisqu’il en compte pas moins de cinq dont trois déboutés en interne. « Au Parti Socialiste, Olivier Faure n’exclut pas des membres qui ne sont pas d’accord avec lui. À La France Insoumise ce ne sont pas les mêmes méthodes. Chez les écologistes, on n’avait jamais exclu pour régler des problèmes politiques. Aujourd’hui, ce n’est pas un problème de droit mais un problème politique » martèle-t-il.

Des procédures qui ont deux impactes. D’une part, d’un point de vue personnel, la remise en cause d’un engagement « sincère et constant », preuve à l’appui avec la photo d’un anniversaire où apparait sur son gâteau son crédo « On ne fera pas d’écologie sans les écologistes ». C’est pourquoi, entouré d’autres élus écologistes de la majorité municipale et d’une dizaine de soutien, il tient à affirmer : « Je ne changerai rien. J’ai adhéré il y a 23 ans pour des projets portés par le parti au niveau national mais aussi des pratiques qui sont loin d’être celles d’ici. À Montpellier, nous sommes un contre-exemple absolu. Ce parti, dont nous pouvons être fier qu’il existe et de ce qu’il propose, ce n’est pas le parti à Montpellier. Ce que nous vivons ici n’a rien à voir avec ce qu’est ce parti au niveau national ».

Manu Reynaud Les Écologistes Montpellier
Manu Reynaud Les Écologistes Montpellier (©CN / Métropolitain)

Et d’autre part, d’un point de vue politique, cela vient selon lui mettre à mal les actions entreprises à Montpellier au sein de la majorité. « J’ai adhéré aux Verts pour des idéaux, des fondamentaux, des combats que j’essaye de mener tous les jours depuis 23 ans et aujourd’hui en tant qu’élu en portant des politiques publiques ». Et, face aux accusations de compromissions quant à certains intérêts, Manu Reynaud plaide : « Tout le monde reconnait qu’à Montpellier il y a des transformations massives. Nous avons transformé des recueils entiers de politique publique qui sont des politiques publiques de gauche et écologiste. Nous n’avons pas à rougir, nous devons largement être fiers ».

Du congrès aux municipales

Pour l’heure, Manu Reynaud ne pourra pas participer au congrès des écologistes qui se déroule à la fin du mois. Favorite à sa succession au poste de secrétaire générale, Marine Tondelier, sujette à plusieurs critiques en interne, doit tout de même faire face à trois concurrents : l’ex-eurodéputée Karima Delli, le maire-adjoint de Paris Florentin Letissier et celle de Bordeaux Harmonie Lecerf-Meunier. Pour l’élu montpelliérain « il n’y aura pas d’enjeu sur la candidature de Marine Tondelier » car le plus important est ailleurs : « La question de ce congrès, et de celui du Parti Socialiste aussi, quand certains à gauche n’ont pas de congrès, sera celle des alliances ».

Un enjeu national en vue d’hypothétiques législatives et surtout de la Présidentielle mais également local avec plus proche de nous, des municipales. « Dans la situation dans laquelle nous sommes et au regard du contexte international, il risque d’y avoir dans les petites et moyennes villes un raz de marée du Front National pour diverses raisons. Fragiliser les majorité de gauche dans les villes où elles existent c’est irresponsable » appelle Manu Reynaud dont justement la majorité à laquelle il appartient pourrait se trouver dans ce cas le groupe local des écologistes étant divisés par trois visions : poursuivre le rassemblement avec Michaël Delafosse, faire alliance avec La France Insoumise sans le PS ou partir seul.

La décision de justice ne sera peut-être pas rendue d’ici là et, même si elle lui était défavorable, Manu Reynaud entend bien poursuivre. « Une exclusion n’est pas un euthanasie. Ce n’est pas parce que l’on règle les problèmes de façon disciplinaire que l’on va m’empêcher de parler. Je ne suis pas du genre à la fermer et à ne pas continuer les combats » lance-t-il, « Je reste et je resterai écologiste. Je ne m’inscris que dans une action collective et nous avons déjà engagé un certain nombre de choses comme « Les écologistes pour Montpellier ». Je ne lâcherai rien. Je considèrerai toujours que pour gagner il faut rassembler. D’abord chez les écologistes et ensuite à gauche ».

Contesté localement dans un parti dont il est pour l’heure toujours exclu, Manu Reynaud regarde attentivement les résultats d’un congrès qui pourrait valider sa ligne politique. Avec une ambition personnelle dans l’élection : « J’espère que 2026 va solder le problème du fonctionnement des écologistes à Montpellier. Cela se fera grâce aux électeurs qui décideront qu’à un moment ça suffit. J’espère que d’ici là on aura pris collectivement les bonnes décisions ». Une spécialité des écologistes…



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