Depuis sa construction en 1879, le Palais Rameau de Lille en a reçu, du public. Défilé de mode et même de chiens, exposition automobile, vide-dressing, bourse aux livres, cirque, examens : beaucoup de Nordistes ont de beaux souvenirs dans ce bâtiment majestueux. Après 4 ans de travaux, l’emblématique monument entame sa nouvelle vie avec Junia, une école d’ingénieurs de la Catho. Le but : en faire un laboratoire du futur autour de l’agriculture et de l’alimentation. Mais il restera aussi ouvert au public occasionnellement.
3600 m2 de bâti et 5000 m2 de jardins
Le Palais Rameau, c’est 3600 m2 de bâti, plus 5000 m2 de jardins. C’est surtout une belle histoire avec les Lillois, que beaucoup connaissent pour des événements ludiques, un peu loin il faut le dire, de la vocation initiale du lieu. Cirque, défilés, vente de fleurs mais aussi de vêtements : le lieu a accueilli toutes sortes de manifestations au fil des années.
Mais une page se tourne. Le lieu reste propriété de la ville, mais ce sont désormais les étudiants qui sont les premiers hôtes du beau lieu. L’école d’ingénieurs Junia a signé un bail emphytéotique de 25 ans pour l’occuper, en échange de la réalisation de tous les travaux. Le résultat est grandiose !

Une « cathédrale » de briques, avec création de salles tout en respectant le cachet du bâtiment
De l’extérieur, on dirait une cathédrale de briques rouges et blanches avec ses deux flèches surmontées de clochetons, et de l’intérieur, l’espace central fait lever la tête jusqu’à une structure métallique d’un vert flamboyant. Nous voilà dans le nouveau look du Palais Rameau.

Les espaces intérieurs sont flambant neufs, et ils ont été agrandis avec un étage créé, mais pas au détriment « visuel » de l’ensemble. Il a été conçu en forme de coursive, c’est-à-dire sans « obstruer » la nef, pour laisser cette majesté visuelle de hauteur quand on se trouve au centre du bâtiment.

Labo, cuisine, dégustation…
Dans les étages, on trouve salles de cours, de réunion et laboratoires. Au rez-de-chaussée, plusieurs laboratoires attendent les étudiants dans des espaces créés sur les côtés. Une grande cuisine permettra de faire des expériences culinaires ; un espace est dédié à la dégustation pour étudier les comportements des consommateurs face à différents aliments ; un labo accueille des plantations soumises à diverses contraintes environnementales (températures, hydrométrie…) afin de tester leur réaction et trouver des solutions face aux défis climatiques.

La serre, espace culturel
Dans la serre, elle aussi entièrement rénovée carreau par carreau (et ils sont des centaines !), pas de salles ni de plantations, car il fait trop froid. En tant que monument historique, la rénovation à l’identique ne permettait pas une isolation totale. La serre veut quand même être un lieu de vie : elle accueille actuellement ‘l’arbre des savoirs », une œuvre faite avec des livres, des pages, des mots, ainsi qu’une expo photos des travaux.

Le public, ravi, a découvert ce relooking lundi 3 février pour sa soirée inaugurale. Et qui dit inauguration dit rétrospective, et un peu d’histoire.

« Tout est parti d’un testament… »
330 000 francs en 1875 : c’est le montant de la donation qui a permis la construction du Palais Rameau. « Tout est parti d’un testament » rappelle Jean-Gabriel Delacroy, secrétaire général pour les affaires régionales auprès du préfet de la région Hauts-de-France. Vous ne connaissez peut-être pas le signataire dudit testament, mais son nom est resté dans l’histoire, et les murs, de la ville, puisque l’appellation « Palais Rameau » y est directement liée.

C’est effectivement Charles Auguste Rameau qui a voulu un bâtiment grandiose dédié à l’horticulture. Né en 1795 et mort en 1876, il fut conseiller municipal de Lille et membre fondateur de la société d’horticulture du Nord.
Savoir d’où l’on vient pour savoir où l’on va : préparer l’avenir de l’agriculture et de l’alimentation
Pour la Ville de Lille, Audrey Linkenheld, sénatrice et conseillère municipale de Lille, a précisé : « La condition donnée par Charles Rameau à l’utilisation de son legs était que le bâtiment conserve une activité horticole. La Ville a rajouté 400 000 francs pour finaliser la construction ». Il fut question de passé, mais surtout d’avenir, car le Palais Rameau devient avec Junia un pôle dédié aux transitions écologiques. « Ce lieu prépare l’avenir. La transition écologique est sociale aussi. Notre vision de l’alimentation de demain, ce sont des tarifs accessibles à tous », a appuyé l’élue.
Alexandre Rigal, directeur général de Junia, a ajouté : « Junia est fidèle à ses engagements d’accompagnement de la ville dans les transitions, la technologie est une solution aux enjeux de demain ». Pour Patrick Scauflaire, président-recteur de l’Université catholique de Lille, à laquelle appartient Junia, « le Palais Rameau devient un espace au service de notre époque, pour mieux répondre aux défis de demain ».

Des partenaires nombreux
Pour la MEL, Bernard Haesebroeck a présenté comment le Palais Rameau rentre dans la dynamique d’Euralimentaire, pôle d’excellence autour de l’alimentation : « La MEL salue l’ouverture de ce démonstrateur dédié à l’agriculture et l’alimentation de demain. Elle a contribué au projet à hauteur de 2 millions d’euros. Le Palais Rameau accueillera des entreprises d’Euralimentaire, il hébergera un ‘espace vitrine’ de cette dynamique ».
Le Département du Nord a contribué aux travaux, comme le rappelle Nicolas Leblanc : « Le Nord a financé les aménagements paysagers des jardins, pour développer la ‘renaturation’. »
La Région aussi a été partenaire de cette transformation pour 5 millions d’euros, Xavier Bertrand était là pour le rappeler lors de l’inauguration : « La Région a besoin de Junia pour développer des innovations compatibles avec le développement durable. J’ai un message aux étudiants : ‘On a besoin de vous’ ! »
L’État, par le biais de la DRAC, vu que le Palais Rameau est Monument historique, a mis 3,5 millions d’euros dans le chantier. « Ce fut le plus important chantier culturel de France ! » a rappelé Jean-Gabriel Delacroy. « Ce temple laïc dédié au règne végétal s’était fané. Le voici en train de renaître et répondre à ce défi : comment nourrir la planète de façon durable ? La région a besoin d’ingénieurs, et surtout qu’ils y restent en plus grand nombre. Le Palais Rameau les convaincra ! »
Des ouvertures mensuelles pour le public
Mais que les Lillois se rassurent, Alexandre Rigal l’a rappelé : le Palais Rameau restera un lieu ouvert à tous, même si cela ne sera qu’occasionnellement. « Chaque mois, des conférences, des visites guidées, des expos seront organisés et ouvert au public sur inscription sur notre site internet ».
Il a annoncé deux événements cette année : le 2 avril, la venue de 1000 entrepreneurs de la transition écologique, et en octobre, l’exposition des « Gardiens du geste » (après la cathédrale Notre-Dame de Paris). « Ce monument a une âme, une histoire avec la Ville » a précisé le directeur.
Et cela continuera.
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