Dans l’intimité du stade Évelyne-Baylet de Valence d’Agen, Nicolas Crubilé, le manager de l’équipe de Nationale 2, s’est confié à Actu Rugby, 19 ans jour pour jour après cette blessure qui le contraint à envisager la vie dans un fauteuil roulant. Du haut de ses 39 ans, l’auteur du livre « Rebonds Gascons » l’affirme : « Ou j’attendais que les choses avancent, ou je faisais en sorte que cela bouge ». Un parcours édifiant.
Nationale 2 : les souvenirs de Nicolas Crubilé
Dès le départ, la vie de Nicolas Crubilé ne peut s’écrire sans prendre le virage de l’ovalie. Ce fils d’agriculteur se rappelle ses premiers souvenirs de rugby un samedi après-midi, devant la télévision et un match du Tournoi des 5 Nations… en mangeant des crêpes.
« Je me souviens des repas de famille avec mon père et mes cousins qui refaisaient les matchs de rugby. Moi, je me tenais en bout de table et je les écoutais parler. Juste après, comme tous les samedis, on se retrouvait tous pour regarder le Tournoi des 5 Nations. Ma grand-mère faisait des crêpes et les enfants, nous étions tous debout sur la table à chanter la Marseillaise », souffle-t-il.
Au milieu des années 90, le rugby commence alors doucement à se professionnaliser, les Français découvrent les futures légendes de la balle ovale, Ibanez, Galthié, Castaignède et bien d’autres. Pour Nicolas Crubilé, inutile d’aller puiser l’inspiration ailleurs que sur le pas de sa porte.
« Au milieu des terres de ma famille, il y avait une petite maison en pierre qui appartenait à la famille Montlaur. C’étaient les parents de Pierre Montlaur, qui a joué à Agen entre Berbizier et Sella dans les années 90. Il a également été international, dans ma tête d’enfant je me suis dit que si lui y était arrivé, je devrais pourvoir le faire aussi. C’est comme ça que la passion est née », se souvient-il.
Un rêve de rugby professionnel
Guidé par ses modèles, Nicolas prend alors sa première licence à Castelsarrasin où il joue près d’une décennie avant de quitter le club à l’aube de ses 15 ans. Il rejoint alors Montauban pour entreprendre une carrière dans le rugby, comme son frère le fera après lui à Sapiac.
Là-bas, il rencontre deux de ses futurs meilleurs amis, Laurent Delboulbès et Romain Sazy avec qui il partage un bout de chemin en écumant les catégories jeunes du club Vert et Noir. À cette époque, il connaît déjà la suite de sa carrière, finir à 30 ans et devenir coach.
« Quoi qu’il arrive, je savais qu’à 30 ans, j’arrêterais ma carrière et que je deviendrais entraîneur et ça, je l’ai su dès l’âge de 13 ou 14 ans. Moi, je n’aimais pas l’école, le rugby ça te permet d’être jugé sur ce que tu fais et moins sur ce que tu sais. C’était très important pour moi. En plus de la connexion aux autres qui est importante. D’autant plus au poste de talonneur. Quand vous êtes talonneur, vous êtes au cœur du jeu, c’est pour ça que nous sommes souvent amenés à devenir entraîneurs », nous explique Nicolas.
« J’étais passionné par la compréhension du jeu, pourquoi cette équipe domine, pourquoi cet entraîneur arrive à gagner là-bas et à fédérer les hommes autour de lui. Quand on m’a annoncé que je ne pourrais plus jouer au rugby, en fait, je me suis dit que je serais plus rapidement entraîneur, c’était mon objectif. Aujourd’hui, j’ai 10 ans d’avance sur ce que j’avais calculé », constate-t-il.
Un projet accéléré par son accident
Un jour après une mêlée, Nicolas s’effondre et devient tétraplégique. Un événement douloureux pour lui, difficile encore d’en parler même 19 ans plus tard. Aujourd’hui, Nicolas semble avoir trouvé un équilibre dans sa vie de manager.
« Je n’en parle jamais. Nous avions joué un match de préparation contre Pau en Reichel (moins de 21 ans, ndlr) où je me blesse aux cervicales sur une mêlée. Je l’évoque dans le livre que j’ai écrit, si les gens sont intéressés, ils n’ont qu’à le lire. Me concernant, j’ai tourné la page », poursuit-il.
Ce livre au départ, je n’y voyais aucun intérêt, écrire un livre alors que je n’avais pas fait assez de choses… Puis c’est mon frère qui m’a convaincu de l’écrire. Il m’a expliqué qu’en écrivant ce témoignage, certaines personnes, pas nécessairement des rugbymen, pourraient s’en servir pour voir comment je me suis reconstruit et pour connaître un peu mon parcours. À ce moment-là, j’ai vu ce projet d’une autre manière.
Une fois cette étape franchie, Nicolas s’attèle à de nouveaux objectifs.
« Au début, on me prenait pour un fou, mais mon objectif, je l’ai déjà dit plusieurs fois c’est d’être le meilleur entraîneur du monde. Quand j’étais à l’hôpital dans ma chambre, en face de mon lit, j’avais demandé à afficher le mot « combat ». Je l’ai encore affiché dans mon bureau et je l’ai affiché dans le vestiaire. Jamais battu, jamais battu, l’abnégation, c’est quelque chose de primordial. Si tu penses que c’est difficile, reste ou tu es, moi, je vais essayer », martèle le manager.

En tant qu’entraîneur, je n’ai pas l’impression d’être très différent, j’essaye d’être authentique, il faudrait peut-être demander à mes joueurs ce qu’ils en pensent. Après, bien sûr cela demande des infrastructures adaptées, c’est peut-être là qu’est la plus grosse différence.
Entraineur en fauteuil roulant, un défi une semaine sur deux
Ces moyens adaptés, c’est ce que Valence d’Agen lui a offert, un fauteuil tout terrain qui lui permet de se rendre sur la pelouse sans trop de difficultés et une accessibilité à la tribune. Quelque chose qui semble tout à fait normal pour les lieux publics que sont les stades, mais qui s’avère toujours délicat dès lors que Valence d’Agen joue à l’extérieur.
« En début de saison, le club écrit un mail à toutes les équipes pour leur notifier que j’ai besoin d’un accès à la tribune. C’est personnel, moi, je préfère me mettre en hauteur pour donner les consignes à mon staff en bord de terrain. D’ailleurs, je remercie vraiment les dirigeants de Valence d’Agen d’avoir entrepris des travaux pour me faciliter l’accès dans le stade », félicite Nicolas.
Une habitude que l’on voit parfois sur le bord des terrains de Top 14 ou de Pro D2, un niveau que lorgne sans complexe Nicolas Crubilé. Ce dernier ne se fixe aucune limite.
« J’ai beaucoup appris de coachs comme Laurent Travers ou encore Xavier Péméja, je suis assez souvent en contact avec eux. Mon objectif, c’est d’entrainer au plus haut niveau. Mais je ne me trompe pas de combat, aujourd’hui je suis engagé avec les dirigeants et le club de Valence d’Agen, et mon seul objectif, c’est de gagner ce week-end contre Graulhet, et le match suivant, et ainsi de suite », nous avouait-il avant la dernière journée de la phase régulière en Nationale 2.
Un objectif atteint, puisqu’entre temps, Valence d’Agen a gagner avec le bonus offensif contre les Graulhetois, et se sont qualifiés pour la phase finale où ils recevront Nîmes pour débuter, pourquoi pas, une belle aventure.
Source link