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Mamadou est mort à 17 ans lors d’une baignade dans les Vosges : des années d’errance judiciaire



Le tribunal correctionnel de Colmar (Haut-Rhin) a jugé ce jeudi 27 mars 2025 l’Association départementale de sauvegarde de l’enfance et de l’adolescence (ADSEA) du Val-de-Marne, dix ans après la noyade d’un adolescent survenue dans les Vosges, en juillet 2015, lors d’un séjour organisé par le Centre éducatif fermé (CEF) de Combs-la-Ville (Seine-et-Marne). Sa maman, sa famille et ses amis sont donc venus à « trois minibus » depuis Les Mureaux (Yvelines) pour enfin venir dire « très dignement » que le jeune Mamadou X. , 17 ans, n’était « pas qu’un numéro » et combien « il leur manque cruellement », a fait savoir leur avocat à PressPepper à l’issue des débats.

La baignade était interdite

Il y a près de dix ans, mardi 21 juillet 2015, Mamadou X.  s’était en effet noyé alors qu’il participait à un séjour organisé dans les Vosges par le CEF de Combs-la-Ville, dans lequel il était placé à l’époque. 

Après avoir longuement marché en moyenne montagne pour « dépasser leurs limites », une pause avait été prévue par l’organisation pour que les jeunes puissent « se rafraîchir autour d’un point d’eau » – en l’occurrence le lac de Schiessrothried, en milieu d’après-midi.

La baignade était pourtant interdite, dans ce lac artificiel de 400 mètres de longueur et d’une profondeur pouvant atteindre jusqu’à 11 mètres.

Un ping-pong procédural

Le groupe était alors morcelé : sept jeunes étaient arrivés en premier sur place, accompagnés d’un éducateur et du guide de montagne. Ne voyant pas revenir les deux autres éducateurs, le guide avait fait demi-tour pour les chercher. Pendant ce temps, un premier adolescent avait entrepris de « traverser le lac à la nage », et Mamadou X. l’avait suivi. Il s’était toutefois retrouvé en difficulté à la moitié du parcours et avait tenté de faire demi-tour. Mais à « 15 ou 20 mètres du bord », il avait commencé à couler en criant « au secours ».

Un vacancier, infirmier à Colmar, avait plongé pour le secourir : le seul éducateur présent sur place ne savait pour sa part « pas nager »… Il avait donc « appelé les personnes autour » et « entrepris des recherches là où il avait pied », mais il était trop tard puisque l’adolescent était déjà au « fond de l’eau ». Vingt minutes plus tard, l’infirmier était enfin parvenu à retrouver le jeune homme, mais les tentatives de réanimation étaient restées vaines : Mamadou X. était décédé.

Sa famille avait immédiatement porté plainte contre les éducateurs du foyer et la structure elle-même. Une information judiciaire avait donc été ouverte le 25 juillet 2015. S’en est ensuite suivie une longue errance judiciaire : un non-lieu puis un ping-pong procédural entre le tribunal judiciaire de Colmar, le parquet et la chambre de l’instruction, pour arriver enfin à cette audience ce jeudi 27 mars 2025. 

Selon Me William Pineau, l’avocat de la famille, le « sort tragique » de ce « petit jeune » avait à l’époque préoccupé « peu de gens ». Pourtant, il était précisément reproché à l’ADSEA – personnalité juridique abritant le Centre éducatif fermé de Combs-la-Ville – d’avoir commis « une faute d’organisation ». Le séjour présentait en effet « des risques importants », qui plus est « pour des mineurs présentant certaines difficultés », nécessitant « un encadrement particulier » et une « protocolisation ».

« La justice a enfin pris le temps d’écouter »

En dépit des « aspects de dangerosité assez évidents », tout avait bien été « prévu pour qu’ils se baignent », analyse l’avocat de la famille de Mamadou X., à cette période estivale et alors que les adolescents fournissaient d’importants efforts physiques.

Pendant ces dix années, la famille de Mamadou X. n’a pas lâché l’affaire. Ce jeudi 27 mars 2025, l’ADSEA était donc convoquée en tant que « personne morale » : le directeur de l’époque n’étant désormais plus en poste dans l’association, aucun représentant de la structure n’avait fait le déplacement. Seul son avocat est venu plaider « la relaxe ». 

Du point de vue du parquet, en revanche, l’ADSEA doit bel et bien être reconnue coupable de cet « homicide involontaire » résultant d’une « imprudence » : le ministère public a en conséquence requis une amende de 20 000 euros.

« Après dix années de multiples rebondissements procéduraux, la justice a enfin pris le temps d’écouter avec beaucoup d’attention la parole des victimes dans cette affaire et d’examiner en détails les faits de ce dossier », est désormais convaincu l’avocat de la famille. Tous devront toutefois patienter encore quelques semaines avant d’être fixés : le tribunal se prononcera d’ici la fin du mois d’avril.

CB-PressPepper



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