Les circonstances de l’accident étaient jusqu’alors floues, tant cela paraît improbable de rouler sur un homme au sol sur le parking d’une supérette. À deux reprises, qui plus est. Au tribunal correctionnel, ce mardi 11 février, le jeune homme qui en a écrasé un autre devant le magasin Match de la rue Solférino à Lille, le 8 février à l’aube, était jugé en comparution immédiate. Il raconte comment, trois jours auparavant à 5h50, en voulant s’extraire du parking, il a roulé sur le pauvre homme alors allongé à même le bitume en raison de son état d’ébriété avancé. Puis comment, après avoir constaté que la victime étant bien bloquée entre ses roues, il a fait une marche arrière, lui repassant une seconde fois sur le corps. « J’étais sous le choc, je n’ai même pas réfléchi », se défend le prévenu de 22 ans, qui n’était pas titulaire du permis de conduire. Il était poursuivi pour blessures involontaires et pour délit de fuite. Avec ses antécédents, c’est une peine de prison ferme, qu’il a reçue.
« Vous ne vous êtes pas dit qu’en le réécrasant, ça allait être pire que mieux ? »
La victime s’en est tirée avec de nombreuses fractures, notamment des côtes, une contusion au niveau du foie, des blessures au visage, et de vives douleurs thoraciques. Cet homme, miraculé, a été écrasé par deux fois sur le parking du Match, où s’il s’était finalement endormi après avoir consommé de l’alcool dans le quartier Masséna dans la nuit du 8 février. La première fois de façon totalement accidentelle, selon les dires du conducteur qui maintient ne pas l’avoir vu à terre, la seconde fois de manière délibérée : ce même automobiliste de 22 ans, dans le but de s’enfuir, lui est repassé dessus avec ses roues. En plus de son délit de fuite, le conducteur de la Peugeot 208, un véhicule loué, n’était pas détenteur du permis de conduire.
L’homme écrasé, qui a été rapidement pris en charge par les pompiers et emmené au centre hospitalier Salengro, est aujourd’hui sorti d’affaire. Il s’est vu prescrire 10 jours d’ITT. Il n’est pas présent à l’audience, et d’ailleurs, le doute plane sur le fait qu’il ait été informé de sa tenue ce mercredi. Son salut, il le doit en partie aux témoins de la scène : un chauffeur Uber qui a appelé le 17, d’autres qui ont appelé les pompiers et avaient tenté d’avertir – en vain – le conducteur qu’un homme se trouvait sur sa route.
Sur le déroulement de la soirée, ou plus exactement de la nuit, le prévenu, Adil*, raconte qu’il était venu rue Solférino pour y rencontrer un ami. Ce dernier s’était alcoolisé avant qu’ils ne se rejoignent dans la voiture qu’il avait louée, sur le parking du Match. Adil dit n’avoir bu qu’un verre d’alcool fort dans la voiture et, bien qu’il n’ait pas le permis, s’est finalement décidé à conduire la voiture de son ami, qui n’était plus en état de le faire. C’est après avoir quitté son stationnement qu’il a écrasé la victime.
S’il roulait à faible allure, sa gestion de l’accident reste incompréhensible. « Vous vous êtes arrêté, avez ouvert la portière, avez vu l’homme sous la voiture, puis êtes remonté à bord pour faire marche arrière, relate la présidente du tribunal. Vous ne vous êtes pas dit qu’en le réécrasant, ça allait être pire que mieux ? » En réponse, « j’étais sous le choc. Il y a eu cette secousse, on ne s’est pas dit que c’était quelqu’un. Je ne savais plus quoi faire« , se justifie Adil.
« Je me doutais qu’une patrouille de police allait venir me chercher »
Après la fuite, son ami et passager a décidé de se rendre de lui-même au commissariat de police, pour se dénoncer. L’exploitation de la vidéosurveillance aurait de toute façon permis de remonter jusqu’aux jeunes hommes, Adil* ayant garé le véhicule dans une rue à proximité du Match quelques instants après l’incident. « Je me doutais qu’une patrouille de police allait venir me chercher chez moi« , dans le Pas-de-Calais, confesse-t-il au tribunal.
Pour la procureure, qui met en lumière son passif avec la justice, « il n’assume pas tellement ce qu’il a fait aujourd’hui. » Elle détaille ses condamnations passées, pour refus d’obtempérer, consommation de stupéfiants et conduite sans permis, en date d’octobre 2024. « On a Monsieur, qui se croit au-dessus des lois », résume-t-elle, requérant une peine de 24 mois d’emprisonnement avec 6 mois de sursis, et l’obligation d’indemniser la victime. Pour l’avocat d’Adil, les faits du 8 février « relèvent de l’imprudence, ça aurait pu arriver à tout le monde. »
Le tribunal a suivi les réquisitions de la procureure, et a condamné le prévenu à 24 mois de prison avec mandat de dépôt, dont 6 avec sursis.
*Le prénom a été changé
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