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macabre découverte en forêt lors d’une balade en famille


La cavale des révoltés de Mai 68 se termine par un drame en forêt. Nous sommes dimanche 30 juin 1968. À Vernon (Eure), le soleil est au zénith et la chaleur pesante pousse les gens à s’attabler en terrasse pour siroter une boisson désaltérante quand d’autres recherchent la fraîcheur à l’ombre des arbres, en forêt.

C’est le cas d’un père de famille qui, accompagné de ses enfants, se rend dans la forêt de Saint-Pierre-d’Autils en quête de champignons : le cocktail des fortes pluies et de la chaleur des derniers jours a sans doute permis l’émergence de champignons.

Un cadavre calciné

Nous ne savons pas si la cueillette fut fructueuse mais elle fut, sans nul doute, des plus marquantes. En effet, au cours de cette balade dominicale, la petite famille tombe sur le cadavre d’un homme à moitié calciné

Un mouton décapité

Alertés par le père de famille, les policiers arrivent sur place et constatent à proximité du corps les restes d’un campement de fortune, un mouton décapité et divers objets.

« L’enquête permet d’établir que les objets retrouvés sur le campement proviennent d’un double cambriolage. Elle permet également de retrouver une voiture volée à un ouvrier d’une usine de Saint-Marcel dans la forêt de Bizy à Vernon. Or, il apparaît que ce véhicule avait été dérobé à proximité de l’annexe Censier de la faculté des lettres de Paris, un indice qui éclaire les enquêteurs sur la piste d’un probable groupuscule d’étudiants extrémistes qui aurait sévi pendant les évènements de mai 68 à Censier »

Jean-Pierre Machain, auteur de Crimes et Cold cases en Normandie (lire encadré).

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Jean-Pierre Machain, passionné d’affaires criminelles 

Basé en Seine-Maritime, Jean-Pierre Machain s’est penché en 2019 sur l’histoire de la maison d’arrêt de Rouen dans son premier livre Bonne-Nouvelle, histoire de la prison de Rouen. Après la publication de cet ouvrage, d’autres ont suivi. « Dans ce livre, j’ai présenté plusieurs grandes affaires criminelles et criminels qui sont passés par la prison. J’ai extrait une quantité importante d’informations ce qui m’a poussé à publier un autre livre : Coupable ou non coupable, histoires criminelles de la Seine-Maritime en 2021 », explique l’auteur. Après avoir tiré sur la pelote de laine, Jean-Pierre Machain a découvert d’autres affaires criminelles, notamment dans l’Eure. C’est en épluchant les archives municipales et départementales ainsi que la presse et le site de la BNF qu’il a conçu son dernier livre : Crimes et Cold cases en Normandie, dans lequel il revient sur l’affaire des Katangais à Saint-Just.

D’autre part une autre voiture volée, cette fois à Vernon, est retrouvée près du jardin du Luxembourg. Les suspects se sont-ils rendus dans la capitale ? 

Un groupe de casseurs

L’autopsie réalisée sur la victime révèle qu’elle a été tuée à bout portant dans la nuque avec un pistolet ce qui ressemble donc à une mise à mort.

Le corps a ensuite été incendié, enveloppé dans une combinaison hautement inflammable et aspergé d’essence.

Malgré l’état du cadavre, les policiers parviennent à identifier la victime : il s’agit de Jean-Claude Lemire, dit Jimmy le Katangais.

Ce dernier serait un des chefs des Katangais, un groupuscule fauteur de troubles qui a occupé la Sorbonne durant les mouvements de mai 68. Le terme de Katangais fait référence aux mercenaires blancs engagés dans les années 60 aux côtés des indépendantistes au Congo Kinshasa, alors sous domination belge.

Jean-Claude Lemire se réclamait de ce mouvement et s’était inspiré de ce vent de révolte pour souffler sur les braises de mai 68. Ainsi, le groupe des Katangais, composé d’une trentaine de membres, s’autoproclame défenseur de la révolte. Dans les faits, ils s’apparentent davantage à des casseurs qu’à des révolutionnaires.

Querelle amoureuse sur fond d’alcool

Les Katangais se sont réfugiés dans l’Eure suite à leur expulsion de la Sorbonne, qu’ils occupaient lors des mouvements de mai 68. Il faut dire que le petit groupe se faisait remarquer par leurs violentes exactions.

Après cet épisode, seul une poignée de membres reste fidèle à Jimmy le Katangais. Ils sont âgées de 16 à 24 ans. Ces derniers trouvent refuge à Saint-Just, dans la maison d’une de leurs amies, Gilda Bourne.

Pour ne pas attirer l’attention, les membres établissent des règles strictes : pas d’alcool, pas de femme et pas de drogue. Jean-Claude Lemire se soustrait aux deux premières en fréquentant les cafés et en créant des scandales sur fond d’alcool et de rivalité amoureuse. En effet, il s’était entiché de Gilda Bourne ce qui a créé des tensions au sein de la communauté.

Refuge dans un couvent après le meurtre

Les membres se sentant en danger par cet électron libre décident de l’exécuter. Après être passé à l’acte, le groupe se réfugie en Vendée dans un couvent avant d’être dénoncé et d’être interpellé par la police. Lors de leurs interrogatoires, ils reconnaissent avoir participé au meurtre.

Le 28 juin 1970, presque deux ans après les faits, neuf personnes comparaissent devant le tribunal. Après une semaine de procès sept accusés sont acquittés. Christian Maricourt, qui a porté le coup fatal, écope de six ans de réclusion. Yvan de Quermedec est condamné à cinq ans de prison pour avoir commandité le meurtre. 



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