Les faits sont d’une extrême gravité et auraient pu relever de la cour d’assises s’ils n’avaient pas été « correctionnalisés » pour accélérer la procédure, a souligné le président du tribunal judiciaire de Rouen (Seine-Maritime), vendredi 21 février 2025. À l’audience de la chambre correctionnelle, l’affaire du braquage violent d’une pizzeria de la rive gauche était jugée. Deux hommes étaient dans le box des accusés : deux jeunes âgés de 22 et 26 ans habitant l’agglo rouennaise, tous deux sans emploi et vivant chez leurs parents.
L’affaire remonte au dimanche 29 septembre. En fin de soirée, vers 23h30, une Renault Talisman se gare rue d’Elbeuf, devant l’établissement Le Milano. Deux hommes encagoulés en sortent, l’un muni d’une arme de poing et l’autre brandissant ce qui a tout l’air d’être une arme de guerre, du type kalachnikov.
Une scène rapide mais violente
La scène dure à peine une minute, mais elle est très violente et traumatisante pour les victimes : le gérant, le pizzaïolo et des clients se trouvant à l’intérieur. D’emblée, l’un des agresseurs, l’homme âgé de 26 ans, porte des coups sur le gérant. De la cuisine, le cuisinier entend crier : « Bouge pas, fils de… » Lui aussi est violenté.
Les deux complices, deux amis de longue date qui sont récemment partis en vacances ensemble, dérobent les téléphones portables de deux clients attablés en salle. Ils tentent également de kidnapper le patron de la pizzeria, un homme de 23 ans, mais celui-ci se défend. Si bien que dans l’action, l’homme à la kalachnikov perd sa cagoule et une basket. Le gérant et le pizzaïolo le reconnaissent, il s’agit d’un client occasionnel, tout comme son ami, le masque de ski qu’il porte ne suffisant pas à l’anonymiser totalement.
Les deux comparses s’enfuient peut-être avec d’autres complices non retrouvés par la suite. Peu de temps après, la Renault Talisman est retrouvée incendiée, non loin. Il s’agissait d’une voiture volée six mois auparavant. Les deux fuyards sont interpellés quelques semaines plus tard, retrouvés en partie grâce à la géolocalisation des téléphones volés. Chez l’homme de 26 ans, 43 cartouches de balles de 9 millimètres sont retrouvées. Les deux interpellés sont placés en garde à vue puis en détention, confirmée jusqu’à l’audience.
« On m’a forcé à faire ça »
Mais au tribunal, leurs positions sont complètement différentes. Le plus âgé reconnaît le braquage violent, mais avance une explication : « Je ne voulais pas faire de mal, je suis désolé. Je devais de l’argent à des gens qui m’ont obligé à faire ça. » Son casier fait état de quatre condamnations, pour escroquerie, recel de vol, délits routiers ou encore possession de stupéfiants. Il a déjà fait des séjours en prison.
L’autre accusé, au casier vierge, nie tout bonnement être impliqué dans l’affaire. « Je n’ai rien à avoir avec ça, je n’étais pas là. » Quand le président lui rappelle que des personnes l’ont reconnu et que son téléphone bornait dans le secteur au moment des faits, il répond sans donner plus de détails : « Je ne comprends pas, je ne sais pas, je devais être chez ami. »
Fait qu’il n’avait pas évoqué lors de sa garde à vue, au cours de laquelle il avait refusé de donner le code de déverrouillage de son téléphone portable.
« Ma vie n’est plus comme avant »
Du côté des parties civiles, les avocats ont mis en avant le traumatisme subi par leurs clients. L’une des victimes, un client, un jeune homme, était présent à l’audience. Il témoigne d’une « vie qui n’est plus comme avant », marquée par des troubles du sommeil et des idées noires.
Pour la procureure, la culpabilité des deux hommes ne fait pas de doute, malgré les dénégations de l’un. « Nous avons les mêmes témoins pour les deux, si on donne crédit pour l’un, il faut être cohérent et donner la même crédibilité pour l’autre. »
Du côté de la défense du plus jeune, l’avocate a estimé que les témoignages recueillis ne pouvaient suffire à le faire condamner, « qu’il n’y avait pas de preuves, mais simplement un faisceau d’indices ».
Au final, le tribunal a déclaré coupable les deux accusés de tous les faits reprochés. En récidive, l’homme de 26 a été condamné à trois ans de prison, dont un avec sursis, et son ami à deux ans de prison dont neuf mois avec sursis. Ils devront également indemniser les victimes à hauteur de plusieurs milliers d’euros.
Pour rappel, ils ont la possibilité de faire appel de ces décisions pendant 10 jours.
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