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Lot. Un grand-père devant la justice pour agressions sexuelles sur ses filles et petites-filles

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Le tribunal correctionnel de Cahors a jugé ce jeudi 30 janvier 2025, un homme de 67 ans pour des agressions sexuelles commises sur ses filles et petites-filles mineures entre 2000 et 2022. Malgré une reconnaissance partielle des faits, il a été condamné à 12 mois de prison ferme et à un suivi socio judiciaire de 5 ans.  

Un homme âgé de 67 ans (V.), père de 4 enfants (deux filles et deux garçons), casier judiciaire vierge, résidant avec son épouse dans le nord du Lot, a comparu devant le tribunal correctionnel de Cahors, pour une série d’agressions sexuelles. Celles-ci, reconnues partiellement par l’intéressé, ont eu lieu sur une période de 22 ans, entre les années 2000 et 2022 ; d’abord sur ses propres filles, ensuite sur ses petites-filles mineures, alors qu’elles avaient 7-8 ans, peut-être un peu moins et pour certaines jusqu’à l’âge de 15 ans. C’est l’une des petites filles qui a dénoncé les faits… 

Une affaire révélée par une fillette de 7 ans

Michel Huyette, juge rapporteur résume les faits, tels qu’ils ressortent de la procédure. C’est Z., la petite-fille, qui du haut de ses 7 ans, a relaté ce qu’elle a subi, devant les services de la gendarmerie : « On était dans la piscine et papi m’a baissé la culotte ! Il me touchait les fesses et les nénés. C’est des choses que je n’aime pas qu’il touche ! » Ce type de comportement de la part du grand-père aurait débuté, lorsque la jeune fille avait passé ses 5 ans. Outre la gêne que suscitaient de tels attouchements de la part du grand-père, il apparaît que c’est l’incrédulité de ses parents qui a le plus affecté la petite fille, observent les enquêteurs. Une prise en charge psychologique a été nécessaire pour cet enfant. Quant au grand-père, interrogé par la présidente du tribunal Anne-Charlotte Briat, il répond :

– « Si je lui ai baissé la culotte quelques fois, c’était pour lui dire d’arrêter de jouer, car il fallait passer à table ! » En tout cas V. se défend de tout acte à connotation sexuelle.

S’agissant de D. la deuxième petite-fille, qui se plaint des attouchements de son grand-père sur la poitrine et sur les fesses… lorsque l’enfant a pris conscience des faits, elle s’est retrouvée en dépression. Elle n’a pas compris pourquoi sa mère ne l’avait pas protégée ; d’autant qu’elle-même avait été victime de ce même type d’agissements de la part de son père. Elle en veut aux adultes, qui connaissaient la réputation du grand-père de l’avoir laissée seule avec lui. V. n’est pas d’accord avec cette version des faits et indique au tribunal que s’il a pu voir la petite en train de se doucher, comme elle l’a déclaré aux enquêteurs, c’est parce qu’elle ne fermait pas la porte de la salle de bains, et s’il lui avait fait mettre un maillot de bain, « c’est parce qu’il voulait se rendre compte s’il convenait à sa taille ».

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Un schéma familial marqué par le silence et l’inaction

Troisième personne victime des attouchements de V., sa propre fille, née en 1991. Celle-ci indique qu’elle a subi le comportement de son père, à partir de ses 9 ans et jusqu’à l’âge de 15 ans. « Il me touchait la poitrine et même le sexe au-dessus du pantalon ! » a-t-elle déclaré aux enquêteurs. « Les caresses sur la poitrine, c’était souvent, surtout lorsqu’il consommait de l’alcool, parfois matin, midi et soir ! » ajoute-t-elle. Tout aussi déconcertant la réaction de la mère, l’épouse de V., qui aurait dit à sa fille : « Tu n’as pas honte de te laisser peloter par ton père ! » Elle ajoute qu’il fallait essayer les sous-vêtements devant le père, sans que la mère s’y oppose. La jeune femme a suivi une cure thérapeutique car elle a pris conscience que ce qu’elle a pu considérer un temps comme des manifestations de tendresse était en réalité de l’inceste. Quant au père, il déclare :

– « Je ne l’ai touchée ma fille, qu’en tant que père, sans aucune arrière-pensée, maintenant je sais que cela ne se fait plus ! » Il renchérit : « Tout dépend comment on a été élevé ; moi j’ai été élevé comme ça ! »

Quatrième personne passée entre les mains de V., sa deuxième propre fille, qui a longtemps hésité avant de porter plainte. Pour ce père de famille, il apparaît que tout ce qui est qualifié d’agression sexuelle, toucher les seins, toucher les fesses, était normal pour lui. Elle décrit une mère caractérielle et non protectrice et un père alcoolique et pervers. Pour ce père, il n’y avait aucun mal à toucher les fesses ou les seins de ses filles, quand bien même son épouse lui avait dit à plusieurs reprises, que cela ne se faisait pas.

Autant de faits, caractéristiques d’agressions sexuelles, qui ont eu un retentissement sur la trajectoire des filles et petites filles de V. ; qui ont dû chacune faire l’objet d’un accompagnement psychologique.

Quant à l’un des deux fils il se contente de dire : « C’est bien pour ça que je n’ai jamais amené des copines à la maison ! » Pour dire au revoir, V. n’avait rien trouvé de mieux que de donner une tape sur les fesses des dames. « Je n’avais pas de mauvaises intentions ! » s’exclame-t-il. À plusieurs reprises, il demande au tribunal de lui venir en aide pour régler son problème d’alcool. Repenti, V. assure qu’à présent, il serre la main et ne fait plus de bise !

Des faits qui s’étendent sur deux générations

L’expertise psychiatrique de V. fait ressortir un homme fruste, narcissique et alcoolique dont les risques de réitération apparaissent réels dans le cercle familial. « Cela ne risque pas de se reproduire ! » s’exclame V. Il tente d’expliquer son problème avec l’alcool, qui vient du fait qu’il est fortement attiré par le goût de l’anis… « Je ne sais pas comment m’en sortir ! » clame-t-il. Mme Briat ne tient pas à prendre en compte l’attirance du prévenu pour l’anis et coupe court aux propos. 

Retraité agricole, V. perçoit environ 700 € par mois. Il ne voit plus ses filles, ni ses petites-filles.

– « À partir du moment où votre épouse vous avez dit d’arrêter de tels comportements, pourquoi ne l’avez-vous pas fait ? » lui demande la présidente.

– « Parce que je suis un peu bourrin, c’est tout ! » rétorque-t-il.

L’une de ses filles ajoute : « Nous avons grandi dans cette ambiance « du c’est normal », mais à présent la famille a éclaté et nous ne retournons plus voir mes parents. »

« C’est le procès d’un huis clos familial, avec quelqu’un qui se décrit comme tactile, irritable, narcissique, qui cultive l’ambiguïté entretenue par son épouse, qui continue à toucher les endroits du corps que l’on ne peut pas toucher ! » s’indigne Me Constance Grivelet, avocate d’une des filles de V. et de sa fille. Elle décrit les conséquences qu’ont eu de tels attouchements sur sa fille et sa petite-fille ; des crises d’angoisse notamment. « Le même homme est à l’origine de deux générations de victimes » assène-t-elle. Il faudra attendre la dénonciation des faits par la petite-fille, à l’âge de 7 ans, pour que s’ouvrent les portes du huis clos… Souffrance de la mère pour qui ce qu’elle avait déjà ressenti comme anormal pour elle-même, désormais qualifié d’illégal par la justice, suite aux dénonciations de sa fille ! Maître Grivelet sollicite 5 000 € au titre du préjudice moral pour la mère et 1 500 € pour la petite-fille, et 800 € au titre des honoraires d’avocat.

« Pourquoi les fesses, les seins et pourquoi pas l’épaule ? » interroge Patrick Serra, Substitut du Procureur. À ses yeux, pas de doute, V. savait très bien ce qu’il faisait et il le faisait quand même. Le représentant du Parquet ne veut pas entendre les « j’avais pris de l’alcool, cela n’avait rien de sexuel ». Il relève que la petite à l’âge de 7 ans avait déjà compris que de toucher les fesses et les seins, cela n’a pas lieu d’être. « Des agissements qui laissent des traces, car ce n’est pas anodin ! » s’exclame-t-il. Quant à l’alcool, le magistrat n’y croit pas. « Non ce n’est pas l’alcool qui vous a fait faire ça ! » poursuit M. Serra. Certes le casier judiciaire de V. est vierge. Pour autant il requiert à l’encontre du prévenu une peine de 10 mois de prison ferme, un suivi sociojudiciaire de 10 ans, avec injonction de soins et en cas de non suivi une incarcération de trois ans. Au titre des peines complémentaires il demande une interdiction de contact avec des mineurs pendant 10 ans, une interdiction de port d’arme pendant 5 ans. Rappel : la peine encourue en pareil cas d’agressions sexuelles, peut s’élever jusqu’à 10 ans de prison et 150 000 € d’amende (*).

Un prévenu entre justification et minimisation

« Il reconnaît les faits, des faits banalisés, commis sans la moindre arrière-pensée » affirme Me Carine Villalongue, avocate de V. À ses yeux son client ne pensait pas à mal. Il s’agirait d’une sorte de toc. Elle parle de mains baladeuses. L’avocate évoque une époque où il n’était pas rare que l’on mette les mains sur les seins des jeunes filles pour faire « pouet, pouet »… L’avocate fait allusion aux photographies de David Hamilton qui dans les années 1970 n’étaient pas répréhensibles, alors qu’aujourd’hui elles donneraient lieu à des poursuites. Selon elle, V. est resté dans cette ambiance, alors que par ailleurs il a su inculquer à ses enfants des valeurs, de travail notamment. Me Villalongue s’en tient à la réflexion d’un des fils de V. : « il est lourd, il n’est pas mal intentionné… il n’y a pas de huis clos ! » L’avocate soutient qu’il n’y a pas d’agression sexuelle. Elle ajoute que si les propres filles de son client, lui ont confié leurs enfants, « c’est bien la preuve qu’elles considéraient que leur père n’était pas quelqu’un de dangereux ! » Elle ajoute « Aujourd’hui il a besoin de savoir que cela ne se fait pas, que cela ne se fait plus ! » Le père et grand-père est affecté par l’éclatement de la famille, même si ses deux fils continuent à le fréquenter. Me Villalongue assure que son client n’a pas mesuré la portée de ses gestes. Elle se dit persuadée « qu’il n’avait pas l’intention de leur faire du mal, ni d’abuser d’elles ». L’avocate demande une condamnation adaptée, face à quelqu’un qui a travaillé toute sa vie et qui n’a jamais fait parler de lui devant la justice. Elle propose un suivi avec une obligation de soins et demande de revoir à la baisse la demande de dommages et intérêts, compte tenu de ses faibles ressources.

Une condamnation assortie de restrictions sévères

Après en avoir délibéré, le tribunal a reconnu V. coupable des faits reprochés et le condamne à une peine de 12 mois de prison ferme, assortie d’un suivi socio judiciaire de 5 ans (3 ans de prison en cas de non-respect). Il lui est interdit d’entrer en contact avec des mineurs pour une période de 10 ans, interdiction de détenir une arme, inéligibilité pour une durée de 5 ans et inscription au Fijais (Fichier judiciaire automatisé des auteurs d’infractions sexuelles ou violentes). Le prévenu dispose d’un délai de 10 jours pour interjeter appel.

Chronique à retrouver dans La Vie Quercynoise de jeudi 6 février 2025.

(*) Constitue une agression sexuelle incestueuse punie de 10 ans d’emprisonnement et de 150 000 € d’amende toute atteinte sexuelle autre qu’un viol commise par un majeur sur la personne d’un mineur, lorsque le majeur est un ascendant ou toute autre personne mentionnée à l’article 222-22-3 ayant sur le mineur une autorité de droit ou de fait. Source Code Pénal (article Art. 222-29-3)



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